Sociophysique, ultra-brève introduction

Comment se propagent les opinions minoritaires, les rumeurs, les choix pour ou contre telle ou telle proposition ou réforme, les choix de vote ?

La sociophysique, fondée par le prof Serge Galam (physicien, théoricien du désordre, directeur de recherche au CNRS) propose un outillage mathématique permettant de modéliser, apparemment de façon  précise à en croire les prédictions réelles (le non au réferendum pour la Constitution Européenne, la présence de Le Pen au second tour en 2002) le cheminement d’opinions et sa probabilité de devenir majoritaire.

Je résume ici, en termes très simples, le concept de base. N’oublions pas : on ne décrit pas ici « la » réalité, mais un modèle hautement simplifié d’où on tire certaines conclusions.

Prenons un petit groupe de gens ayant des opinions différentes sur une question donnée, qui se rencontrent de manière informelle pour en discuter (tiens, ca me fait penser à quelque chose… un média participatif peut être ?). Au fil de la discussion, une opinion majoritaire se dessine, et pour les besoins du modèle assumons un simple choix binaire (oui ou non) ainsi qu’au terme de la discussion tous les participants partageront la même opinion. Ce processus se répète de groupe en groupe, et il est mathématiquement démontrable que si l’opinion majoritaire au départ dépasse 50%, cette opinion l’emportera. Jusque là, rien d’extraordinaire.

Compliquons : les groupes sont constitués de paires de participants, donc on a la possibilité qu’aucune majorité ne se dégage des groupes de discussion. Dans ce cas s’installe le doute : « je pense avoir raison, mais… ». Afin de trancher, on va naturellement faire appel aux « croyances partagées » de la société à laquelle on appartient (par l’éducation, les valeurs, etc…) et faire un choix final conforme à cette tradition. Mais plus particulièrement dans le cas d’un choix oui/non, on va se baser sur le principe « dans le doute, abstiens-toi ». Cet adage implique que pour accepter un changement il faut une conviction, et sans cette conviction on préfère ne rien changer. C’est le biais en faveur du status quo. Le développement mathématique de ce scénario révèle que le seuil d’opinion majoritaire de départ en faveur du changement passe de 50% à 77%.

Autrement dit, pour que l’opinion qui supporte la réforme survive au débat démocratique, il faut qu’elle démarre avec un soutien supérieur à 77%, ce qui est quasiment impossible.

Alors qu’à l’inverse, il suffit que l’opinion contre la réforme démarre au-dessus de 23% pour finir par l’emporter démocratiquement, pour autant que la campagne dure suffisamment longtemps.

Lien vers la discussion

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