Jean-Claude Chermann, l’oublié du Nobel de Médecine 2008

C’est en 1970 que le jeune et brillant chercheur Jean-Claude Chermann lance, au sein de l’Institut Pasteur à Garches, les premières recherches françaises en matière de rétrovirologie, persuadé que se trouvait là une réponse au problème du cancer. En 1971 il recrute une jeune chercheuse, Françoise Sinoussi, qui le secondera dans ses recherches jusqu’à son départ de Pasteur en 1985. En 1972 il découvre le premier agent antirétroviral, le HPA23.

En 1974, suite à la fermeture de Garches, il remonte un laboratoire de recherche sur les rétrovirus au sein du département d’oncologie du Dr Montagnier.

En 1982 il s’intéresse à cette nouvelle maladie appelée SIDA, qui touche seulement des homosexuels mâles. Il estime, avec Robert Gallo du CDC américain qu’il connait bien, que la cause de la disparition des cellules CD4 (marqueur de la condition SIDA) pourrait bien être du à un rétrovirus, du type HTLV1 précédemment découvert par Gallo comme étant la cause de la leucémie T – en ce cas multipliant plutôt que tuant ces mêmes céllules.

JC Chermann oriente sa recherche sur des échantillons provenant de gens « a risque » (des américains homosexuels non sidéens) et au printemps 1983 il travaille sur un ganglion « prometteur » qu’il fait d’abord préparer par l’équipe du Dr Montagnier (le laboratoire de ce dernier ne présentant auncun risque de contamination par d’autres rétrovirus, ce que Chermann ne pouvait pas garantir au sein de son propre labo), et c’est là que quelques jours plus tard il se rend compte que quelque chose est en train de tuer les cellules CD4 de son ganglion, le rétrovirus tueur – ou du moins intitulé tel – est découvert.

Ce rétrovirus est appellé LAV (Lymphadenopathy Associated Virus) et un article en accord avec Robert Gallo est publié en mai 1983 dans Science, intitulé en Français « LAV, un nouveau virus humain T lymphotrope » mais en anglais ca donne « Human T Lymphotropic Virus » ou HTLV – le même nom que le virus précédemment découvert par Gallo et appellé « Human T Leukemia Virus »  mais n’ayant – pour Chermann du moins – rien à voir.

Cette manoeuvre subtile sèmera la confusion dans les esprits et servira Gallo au moment du combat entre la France et les USA pour la paternité (et les royalties, surtout) du LAV/HTLV qui deviendra ensuite VIH / HIV.

JC Chermann se rend compte également que sa découverte de 1972, le HPA23, bloque la transcriptase reverse et retarde la perte des cellules CD4 chez les sidéens. Dès 1985 des centaines de sidéens américains débarquent à Paris pour se faire soigner au HPA23, jusqu’à que l’industrie pharmaceutique américaine lance l’AZT, nettement plus cher et plus toxique que le HPA23, mais surtout nettement plus rentable.

C’est une période très confuse où les américains disent ne pas trouver de LAV mais bien du HTLV1 (puis du HTLV3, version américanisée du LAV de Chermann mais supposé cousin du HTLV1 de Gallo…) dans leurs échantillons de sidéens, où Gallo manque de se rétracter de l’article de Science, et où l’establishment amércain décide, lors de la fameuse déclaration du 23 avril 1984, qu’il s’agit bien d’un nouveau virus, découvert par Gallo, que l’on aura un test de dépistage dans six mois et un vaccin dans dans deux ans.

Les équipes françaises et américaines se disputent la paternité du virus et le marché des tests de dépistage de par le monde, et c’est à ce moment qu’intervient Montagnier en tant qu' »ambassadeur » du LAV au sein des congrès américains, seul face à la machine US menée par Gallo qui compte bien s’approprier cette découverte. Chermann mène croisade en Europe, et Sinoussi en Asie.

En 1986, les USA ayant refusé pour la seconde fois d’homologuer le kit de dépistage français (le marché du dépistage étant à l’époque presque totalement américain), l’institut Pasteur décide d’intenter un procès. Un accord est finalement conclu, contre l’avis de Chermann, pour se partager les royalties des tests 50-50. Montagnier veut signer et le patron de l’Institut ordonne à Chermann de signer cet accord, ce qu’il fait. Chermann quittera Pasteur un an plus tard.

Bond en avant, octobre 2008: JC Chermann a monté un nouveau laboratoire ou il poursuit ses recherches sur le HPA23. Il est en partie financé par… la famille de Carla Bruni, et c’est par ce biais qu’il rencontrera Nicolas Sarkozy peu de temps après l’annonce du fameux prix Nobel de Médecine 2008 et obtiendra la Légion d’Honneur des mains de ce dernier, une forme de compensation franco-française sans doute.

Ce prix Nobel 2008 récompensera Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi pour la découverte du VIH – mais pas Jean-Claude Chermann, qui fut pourtant la personne-clé de toute cette recherche.

L’insulte fut poussée au point où la troisième place du Nobel, qu’aurait du occuper Chermann, fut allouée au Dr Zur Hausen pour ses travaux sur le HPV (Papillomas Virus Humain). Cette récompense étant elle-même entachée de soupçons d’influence du lobby pharmaceutique dont j’ai déjà parlé ici.

En réaction à cette extraordinaire injustice, JC Chermann a publié un livre intitulé « Tout le monde doit connaître cette histoire », éditions Stock, octobre 2009, d’ou je tire les informations présentées dans ce billet.

Cette histoire dénonce l’immoralité d’une science sous influence, fondement d’une industrie du VIH/Sida dont le chiffre d’affaire annuel est de l’ordre de 8 milliards de dollars.

Je n’entrerai pas ici dans la controverse au sujet du rôle réel de ce VIH – controverse à laquelle JC Chermann ne participe évidemment pas, je tiens à le souligner – mais j’y reviendrai ultérieurement. Au risque de me répeter, je trouve déjà fort intéressant d’écouter ce que le Dr Montagnier lui-même dit aujourd’hui à propos du VIH.

Jean-Claude Chermann termine son livre sur la conclusion suivante:

« …quelques soient les difficultés et leur durée, la roue tourne. Et le fait de résister et de persévérer finit toujours par ammener la réussite. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, et plus que jamais après toute cette histoire que je viens de raconter, je crois en ma bonne étoile.

Quand on sort de « rien », plus que les autres on doute. Toujours. On veut prouver. Toujours. On ne cesse de se remettre en question. Et, le plus souvent, on en sort grandi« .

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