Test ADN, auxiliaire d'injustice?

Le test ADN est reconnu comme étant le test définitif en matière d’identification des personnes, et à ce titre très utilisé par la plupart des polices. On pouvait par exemple lire sur RFI en avril 2001, au sujet de l’affaire Dickinson:

« Depuis la fin des années 1980, l’utilisation de l’ADN a permis d’élucider des milliers de crimes à travers le monde et ouvre la voie à des applications des plus variées comme les tests de filiation. Les expertises d’ADN peuvent établir avec certitude s’il existe une concordance entre un spécimen retrouvé sur la scène d’un crime et un suspect ou entre une victime et un suspect dans un dossier d’agression sexuelle.

Chaque individu possède dans ses cellules des molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique) qui lui sont propres. A partir d’un cheveu ou d’un peu de salive, les scientifiques peuvent décomposer les indices biologiques de tout un chacun sur la base de sept marqueurs. Cette méthode appelée plus communément test ADN a pris récemment une envergure exceptionnelle notamment dans l’affaire Dickinson… »

L’outil ADN plait bien entendu aux technocrates xénophobes qui nous gouvernent, enfin un moyen infaillible et scientifique pour séparer le bon grain de l’ivraie!

Oui mais…

Infaillible, dans quelle mesure précisément? Et bien c’est pas terrible en fait, ce d’après une étude menée par le New Scientist utilisant un échantillon d’ADN d’une personne reconnue coupable de viol aux USA (sur base d’un test ADN et d’une dénonciation d’un de ses acolytes). NS a envoyé à 17 laboratoires américains spécialisés dans ce type de test un échantillon issu de la scène du crime, un échantillon de la personne reconnue coupable et actuellement en prison, un échantillon de la victime, et deux échantillons prélevés sur deux autres suspects. Les labos ne savaient évidemment pas quel échantillon correspondait au reconnu coupable, afin d’éviter tout biais.

On aurait pu s’attendre à ce que les 17 labos valident le reconnu coupable comme était bien le porteur de l’ADN découvert sur la scène du crime, abstraction ayant été faite de l’ADN de la victime. Et bien  non. Seul un laboratoire considéra qu’il y avait une correspondance possible (et pas certaine). Quatre considéraient que l’on ne pouvait rien démontrer sur base de ces échantillons, et douze considéraient la personne inculpée comme non suspecte sur base de ces tests!

Comment cela se peut-il? Plusieurs facteurs entrent en jeu.

D’abord le fait que les échantillons récupérés sur les scènes des crimes sont souvent réduits  et que les labos (qui cherchent à faire le plus de tests possible, business is business) ont tendance à réduire encore l’échantillon de test (pour gagner du temps), travaillant ainsi sur des échantillons ou « profils » incomplets. Il arrive donc que ces profils « ratent » des allèles (qui sont les éléments effectivement comparés) qui seraient apparues sur un profil plus complet. De plus, il ne semble pas y avoir de norme commune à tous les laboratoires de ce qui représente une corrélation ou pas. Certains laboratoires peuvent donc « voir » des corrélations là ou d’autres n’en voient pas simplement du fait de leur procédure interne.

Ensuite survient le problème du mélange des ADN récupérés sur le lieu du crime, et ceci n’est pas pris en compte par les labos. On peut arriver à des situation où l’ADN mélangé issu de la scène du crime ressemble assez bien à celui d’une personne n’ayant en fait rien à voir. Une étude de 5000 échantillons aux USA a montré que 34% étaient des échantillons mixés en provenance de deux personnes, et 11% correspondent à des mélanges de trois ou quatre personnes.  A ce sujet, une étude spécifique réalisée par la Wright State University d’Ohio sur base de 956 profils complets d’ADN a modélisé tous les mélanges de 3 et 4 personnes pouvant exister à partir de ces échantillons. Il s’avère que 3% des mélanges à trois pouvaient passer pour des mélanges à deux, et plus de 70% des mélanges à quatre pouvaient passer pour des mélanges à trois (Journal of Forensic Science).

Et finalement le problème du biais des analystes: confrontés à des résultats de test peu concluants, ces derniers vont intégrer dans leur décision (test positif ou pas) leur propre opinion subjective. Autrement dit s’ils pensent que la personne incriminée est coupable et que le test  ne confirme ni n’infirme la chose, ils auront tendance à dire que le test est concluant à l’encontre de leur présumé coupable. Il faudrait déjà faire en sorte que les analystes ne puissent pas connaître les identités derrière les échantillons.

Que conclure? les tests ADN ont certainement permis à des innocents d’échapper ou de sortir de prison, mais à l’inverse combien sont en prison sur base de tests non concluants?

Cette étude du NS est essentiellement américaine et il est possible que les procédures françaises soient un peu différentes, mais de toute manière la sacro-sainte infaillibilité des tests ADN issus de scènes de crimes doit être sérieusement remise en question. Enfin elle devrait l’être si la présomption d’innocence avait le moindre poids aux yeux des parquets et des juges d’instructions.

Source: Faillible DNA evidence can mean prison or freedom – New Scientist, 11 août 2010

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