S’il est encore possible de parler du couple classique…

Ceci n’est pas un billet sur le mariage homosexuel! N’étant pas moi-même pratiquant du mariage, quoique hétéro, j’ai du mal à m’intéresser à la question, j’avoue. Par contre j’ai récemment lu deux articles qui traitent de situations au sein de couples hétéro, que je trouve autant marrants que révélateurs:

Le premier, publié par le site Huffington Post en septembre 2012, s’intitule D’après une étude norvégienne, plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il risque le divorce. On y lit: Selon l’institut de recherche en sciences sociales Nova, la proportion de divorces parmi les ménages qui partagent les tâches domestiques de manière équitable est environ 50% plus élevée que chez ceux où l’essentiel du travail est accompli par la femme.

Et un peu plus bas, heureusement:  Pour les chercheurs, il n’y a aucun, ou presque aucun lien de causalité, et cette corrélation est plutôt un signe de la « modernité » des couples. « Les couples modernes le sont à la fois pour ce qui est de la répartition des tâches et dans leur perception du mariage », moins sacralisée, a expliqué M. Hansen, soulignant qu’il s’agissait d’une question de « valeurs ».

En réalité, c’est seulement à la marge que la causalité entre divorces et répartition des tâches se retrouverait. « Peut-être est-ce parfois vécu comme positif d’avoir des rôles bien répartis avec beaucoup de prévisibilité (…) où l’un n’empiète pas sur les platebandes de l’autre », a estimé M. Hansen. « Ça peut générer moins de querelles alors qu’on peut plus facilement se chamailler si on a les mêmes rôles et si on a le sentiment que l’autre ne fait pas sa part », a-t-il ajouté.

La seconde étude, publiée dans la même veine par ce même site en janvier 2013, s’intitule Plus un homme fait le ménage, moins il a de rapports sexuels

Parce que c’est plus « moderne » de ne pas être attiré par cette activité? En effet on connait le mouvement « no sex » qui se développe chez les jeunes gens. Une forme de contre-culture contre l’exhibitionnisme ambiant, comme l’explique cet article de Street Génération, et qui toucherait environ 1% de la population occidentale.  Au Japon, le no-sex est aussi une forme de narcissisme qui fait que l’on est tellement préoccupé par sa propre personne qu’il n’est plus envisageable de prendre en compte qui que ce soit d’autre. L’image parfaite et sophistiquée que l’on projette de soi-même ne souffrirait pas d’une mise en intimité qui pourrait venir  désorganiser cette belle mise en pli ou compliquer quelque peu cette vie réglée au millimètre…

Mais non, il ne s’agirait même pas de cela. Selon Sabino Kornrich, chercheur à l’Institut Juan March de Madrid qui co-signe l’étude: « Il existe une sorte de scénario sexuel bien défini par le genre, dans lequel se conduire selon ce genre est important pour la création du désir sexuel et l’accomplissement de l’acte« .

Voila qui risque de fâcher les féministes pures et dures qui voient les comportements liés au « genre » comme une construction et non pas comme une réalité fondamentale. Et certainement il existe un niveau d’artificialité dans les comportements-type des hommes et  des femmes, du fait que la société les pousse dès l’enfance à adopter ces comportements (lui les soldats, elle les poupées). Mais peu importe finalement l’origine, naturelle ou sociale, de ces comportements, à partir du moment où ils existent il faut bien faire avec. Et comme il n’est évidemment pas question d’utiliser cet argument pour en revenir au schéma classique de l’homme-dominant-qui-travaille et de la femme-soumise-au-foyer (et d’ailleurs cette même étude note que la non-participation des hommes aux tâches ménagères provoque conflits et insatisfaction des femmes, avec effet néfaste sur leur propre désir sexuel), il faut peut-être trouver des activités ou situations qui permettent à ces comportements-type de s’exprimer plus librement au sein du couple, sous forme de jeux, de danse ou que sais-je.

Au final, il n’est pas surprenant qu’il existe une certaine corrélation entre le conservatisme d’un couple et sa longévité, puisque par définition un couple conservateur aura une répartition claire et prévisible (et généralement assez traditionnelle) des tâches et des responsabilités, et considérera que « le couple » est une entité en soi, a minima une façade sociale,  qu’il faut préserver sinon à tout prix, au moins au prix de concessions ou d’arrangements (vies sociales très distinctes, et pourquoi pas maîtresses pour l’un et amants pour l’autre, etc..). A l’inverse, le couple moderne et égalitaire (je caricature un peu, la plupart d’entre nous se promenant quelque part entre ces deux extrêmes) offre certainement une bien plus grande satisfaction intellectuelle et communicationnelle, mais au prix d’une fragilité implicite du couple qui n’est alors « que » la somme de deux désirs et n’a plus vraiment d’importance en soi.

Moins évidente par contre est  l’idée qu’un couple « moderne » puisse avoir une incidence néfaste sur la libido masculine du fait du décalage entre comportement-type et comportement réel, à une époque qui revendique l’orgasme sans concessions pour toutes et tous. Mais peut être que, comme trop d’impôt tue l’impôt, trop d’orgasme tue l’orgasme et le mâle moderne (je ne peux pas parler pour les femmes) sent qu’il ne pourra jamais rattraper le décalage entre l’homme parfait que la société demande qu’il soit (beau, riche, intelligent, un dieu au lit, doux, attentif, bon cuisinier, sportif, gentil avec la belle-mère) et ce qu’il est réellement. Ce qui peut se traduire, à l’extrême, par un retrait pur et simple de l’activité sexuelle, comme on peut le lire dans cet extrait de ce même article de Street Génération:

« Depuis quelques années, confirme J.-D Nasio, je vois arriver des puceaux de 30 ou 33 ans, sortis depuis longtemps de la crise d’acné, et qui me confient leurs difficultés à passer à l’acte. En quarante ans de pratique, souligne le psychiatre, je n’ai jamais vu ça. La perspective de faire l’amour déclenche en eux une réaction de peur panique. Peur du regard du jugement des femmes, en particulier sur leur physique- les hommes étant soumis maintenant à ces nouveaux diktats esthétiques ». L’asexualité masculine serait donc une réaction des hommes face aux nouvelles exigences des femmes ? Pour la psychologue Hélène Vecchiali, auteure d’un essai très remarqué et controversé Ainsi soient-ils (Calmann-Levy) sur le malaise des hommes cela ne fait aucun doute. « Je sais que je peux choquer », souligne la psychologue. Mais les hommes d’aujourd’hui jugent les femmes trop agressives sur le plan sexuel ». Et l’anxiété de performance à laquelle ils sont soumis les fait fuir.

Parfois, on est quand même bien content de ne plus être trentenaire…

 

 

3 thoughts on “S’il est encore possible de parler du couple classique…

  1. devis de mutuelle

    Bonjour
    Ce problème vient souvent du mental de chaque personne. Ce n’est pas pour rien que les femmes et les hommes tiennent chacun leurs roles bien distinct dans la famille. Les couples d’aujoud’hui favorisent le divorce dans leur démarche.

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