La Valls à Dieudo ou le dialogue aux enfers

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Les torrents de bêtises qui coulent depuis quelques jours sur les ondes radio et numériques de la médiasphère bien propre sur elle, laissent percevoir un abîme de ridicule dans lequel pourrait se perdre le zeste d’honnêteté intellectuelle de l’establishment français. Si le ridicule tuait, la décimation au sein du petit monde politico-médiatique serait dantesque. Et bienfaitrice. Reprenons.

Le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête préliminaire pour «incitation à la haine raciale» sur les propos antisémites de Dieudonné visant le journaliste de France Inter Patrick Cohen. Je cite Dieudonné: «Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Quand je l’entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage»

Propos guère défendables certes, la presse (Le Monde, Libération) précisant quand même que ceci est en réponse au fait que Cohen, lors d’une émission avec Frédéric Taddeï sur le plateau de «C à vous», demandait à ce dernier s’il continuerait à inviter «des personnalités telles que Tariq Ramadan, Dieudonné, Alain Soral, Marc-Edouard Nabe(…) que les autres médias n’ont pas forcément envie d’entendre». On peut, du point de vue de Dieudonné, y trouver à redire mais le plus grave du propos de Cohen n’est pas là: le plus grave vient quelques secondes plus tard lors de la même émission, où Cohen défend l’idée que l’on a tout simplement pas le droit de penser ce que l’on veut, et que ceux qui ne pensent pas comme lui (cad qui ne s’en tiennent pas aux versions officielles des événements et osent critiquer les élites) sont des malades. Voir la vidéo de l’entretien, cela devient intéressant à partir de 1:40. Propos qui vont à l’encontre du principe même de la liberté fondamentale de tout être humain de penser ce qu’il veut; mais peu de chance de Valls et consorts s’en prennent à Cohen pour cela. Par contre, une réaction – certes déplacée mais dont le fond de virulence est à la hauteur de la gravité du propos de Cohen – de la part d’un humoriste poil-à-gratter et provocateur, et on se permet de donner un nouveau grand coup de couteau dans un autre principe fondateur, supposément, de ce pays: la liberté d’expression. Ce qui en même temps fait un énorme coup de pub pour Dieudonné, qui n’en demandait sans doute pas tant.

Mais le clash Dieudonné – Cohen n’est pas le seul élément de l’affaire, loin de là. Comme l’analyse plutôt bien cet article de Contrepoints intitulé Le calcul Quenelle de Manuel Valls, l’ombre du calcul politicien de Valls plane sur la mise à feu des mortiers anti-Dieudonné. Et tout le monde se précipite dans la mêlée, sûr de sa supériorité morale et matérielle pour faire tomber le bouffon dont la popularité doit, en plus, faire pâlir d’envie pas mal de gens en mal de reconnaissance publique. Outre l’ouverture d’enquête, Manuel Valls essaie de tordre la loi pour arriver à interdire les spectacles de Dieudonné pour troubles à l’ordre public, alors qu’il n’y a pas de troubles à l’ordre public lors des spectacles de Dieudonné. Je suggère humblement à ce crétin de ministre d’interdire les matchs de football, là au moins il y aurait un minimum de cohérence. Et, bonus, il trouvera beaucoup plus de vrais racistes et de fachos dans les stades que dans les spectacles provocateurs d’un humoriste noir…

Heureusement que l’accident malheureux de Schumacher vient à point pour attirer les hordes médiatiques décérébrées sur une autre proie, sinon on se taperait la « Valls à Dieudo » en long et en large à chaque bulletin. Comme s’il ne se passait rien d’intéressant ailleurs. Ah si, la Centreafrique… mais cela n’est pas vraiment à la gloire du régime, vite autre chose .. Ah! Volgograd et les barbus du Caucase qui ne supportent pas de voir les JO s’installer à leurs portes. Cet extrait d’un article paru sur le site Slate en 2011 est prémonitoire:

Photo stringer. Reuters

Photo stringer. Reuters

« Il semble aujourd’hui (fin 2011) que l’organisation des Jeux olympiques de Sotchi, entre sécurisation et stratégie d’influence, permet à la Russie de mettre en scène son contrôle territorial sur le Caucase, notamment l’Abkhazie, et faire étalage de sa réussite économique pour renouveler son influence sur les États voisins de la mer Noire et son «étranger proche» eurasiatique.

Mais les autorités russes s’exposent par là-même au risque de voir leurs Jeux mis en danger par des contestations politiques violentes, face auxquelles les organisateurs tentent aujourd’hui d’apporter des réponses notamment par la surveillance et ses technologies de pointe, comme le décrit très bien un ouvrage collectif britannique publié récemment intitulé Terrorism and the Olympics, Major event security and lessons for the future (Routledge, Londres, 2011). On peut constater aujourd’hui que la mise en exergue de ces hypothétiques menaces est également instrumentalisée par l’État russe afin de justifier des mesures exceptionnelles de contrôle des individus. »

Ce parallèle entre l’affaire Valls-Dieudo et les attentats en Russie n’est pas anodin. Dans chaque cas, le bouffon (Dieudonné ou les islamistes) est utilisé par le régime pour justifier de pouvoirs liberticides à l’encontre de sa population, au nom de la lutte contre l’anti-sémitisme ici ou la lutte contre le terrorisme là-bas. Manipulation et opportunisme, ou la victoire définitive de Machiavel sur Montesquieu. Lire le Dialogue aux Enfers

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