30 juin 2015, dernière seconde intercalaire?

mg22630272.600-1_1200Ce 30 juin aura lieu l’ajout d’une seconde (dite seconde intercalaire) à notre temps officiel. Cette seconde de temps supplémentaire est une manière de compenser le léger décalage entre le temps de référence des horloges atomiques (dit Temps Atomique International,TAI), et la longueur réelle du jour solaire (ou Temps Universel, UT), qui lui est nettement moins stable du fait que la vitesse de rotation de la Terre est fluctuante et tend à se ralentir. La synthèse du TAI et du UT donne le temps de référence mondial (Temps Universel Coordonné, UTC).

Il faut donc, de temps en temps, rajouter un peu de temps à nos horloges pour éviter un décalage avec le temps « naturel » imprimé par notre planète. Mais ce processus, ainsi que l’idée même de vouloir ainsi « rattraper » le temps astronomique, est depuis longtemps remis en question et l’on ne sais pas aujourd’hui si cette seconde intercalaire sera reconduite dans l’avenir. La problématique est à la fois technologique et philosophique.

Sur la plan technologique, le temps UTC  est utilisé par un vaste éventail de systèmes, du système GPS à la synchronisation des serveurs Google en passant par les horloges parlantes et tous nos systèmes mobiles. Il faut tout synchroniser en fonction de cette seconde intercalaire, ce qui n’est pas très compliqué en soi mais on ne peut jamais exclure l’émergence de problèmes plus ou moins sérieux, d’autant qu’il n’existe pas de standard international pour se faire, chaque système faisant à sa sauce. Ce qui veut dire par exemple que certains systèmes « tartinent » la seconde en question sur plusieurs minutes voir plusieurs heures avant l’instant « t », d’autres rajoutent le seconde manquante tout entière au dernier moment. Ce qui peut mener à des incompatibilités temporaires entre ces systèmes, et des crashs aux effets plus ou moins graves. Certains aimeraient donc se débarrasser de ces secondes intercalaires, ce qui aurait pour effet, à la grosse louche, de décaler le temps UTC de deux à trois minutes par siècle. Pas de quoi fouetter un chat.

Sur le plan philosophique par contre, le lien entre le temps naturel et le temps mesuré est depuis toujours un pilier des sociétés humaines, qui jusque dans les années 50 et l’avènement des horloges atomiques n’avaient que la nature comme repère absolu.C’est dans cette période que notre définition du temps a changé, passant d’une division du jour en un nombre fixe de secondes, à un nombre fixe d’oscillations d’un atome de cristal.

Rompre un lien qui remonte à la nuit des temps (!), qui plus est pour une simple question de facilité technique, n’a rien d’évident. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que les secondes intercalaires furent introduite quand on s’aperçu que le temps naturel se désynchronisait du temps atomique. Notre temps journalier est une chose, mais le Temps avec un grand T est un temps astronomique, mesuré au travers de notre relation au cosmos. S’en défaire serait couper encore un peu plus notre lien fondamental avec la nature. Comme le dit le philosophe des sciences James Ladyman: « Il y a quelque chose de symbolique dans l’idée qu’il existe un déterminant de la marche de l’univers qui soit autre chose que la puissance de l’argent« .

Cela dit, les deux approches ne sont pas incompatibles: Il serait tout à fait envisageable de séparer la mesure du passage du temps, de la position dans le temps. Ce passage du temps est aujourd’hui mesuré par le Temps Atomique International (TAI), temps de référence qui est la moyenne des oscillations de 400 horloges atomiques réparties de par le monde, et qui aujourd’hui est en avance de 35 secondes sur l’UTC – 36 secondes demain. Ce temps pourrait être celui des machines, qui se fichent de savoir l’heure qu’il est, pour autant qu’elles connaissent le temps qui passe. Et nous, humains, garderions notre temps UTC régulièrement resynchronisé avec le temps naturel.

roger penrosePour le mathématicien Roger Penrose, qui participait l’an dernier à une consultation publique anglaise au sujet de ces secondes intercalaires, ces propositions ne sont que des demi-solutions: il faut aller plus loin, et carrément faire un « reset » de notre mesure du temps. Il propose de remplacer TAI et UTC par un nouveau temps, simplement « T », dont on fixerait le zéro ici et maintenant, et dont on compterait ensuite les secondes. Ce « T » serait synchronisé avec la rotation de pulsars lointaines, permettant de garder un lien avec l’univers réel. Ensuite chaque pays, comme on le fait actuellement avec l’heure d’été / heure d’hiver, déciderait de ce qu’il fait de ce « T » en termes d’affichage du temps public: secondes intercalaires ou pas, sans que « T » en soit affecté.

La consultation publique se conclua sur la nette préférence du public envers le système actuel, mais la majorité des gens ne s’intéressent guère à la question: la consultation anglaise n’a généré, à ma connaissance, aucune démarche similaire ailleurs. La décision de garder ou non les secondes intercalaires, sans même parler de changer de système, reste en suspens. Un indice peut-être: le gouvernement anglais a fait passer la gestion du temps du ministère des sciences à celui des affaires… Time is money.

 

Source: NewScientist

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