Sidaction: Poison de poisson

1er avril, début du Sidaction 2016 (1). Pour une fois que la date est bien choisie! Cette année le Sidaction a récolté pour 4,25 millions d’euros de promesses de dons, contre à peu près la même chose l’an dernier mais moins qu’en 2014 et 2013 (5 millions). Selon le dernier bilan que j’ai pu trouver, 2014, l’association Sidaction avait un budget global de plus de 18 millions d’euros, dont près de 5,3 millions passés en « charges courantes et de collecte » et 3 millions en salaires et charges sociales. Toujours selon le site de l’association, sur 100% de dons collectés 73% servent à la recherche, 20% aux frais de collecte (soit 840 000 euros quand même), et 7% aux frais de gestion.

Je ne sais pas ce que recouvrent précisément les « frais de collecte » mais ce n’est visiblement pas perdu pour tout le monde. Si encore c’était pour une cause pour laquelle il n’existait pas, via la recherche privée issue des revenus industriels et/ou la recherche publique, de financement adéquat il n’y aurait pas grand chose à redire et finalement chacun fait ce qu’il veut de ses sous. Mais ce n’est pas le cas, l’industrie du Vih étant une pompe à fric extraordinaire: hors pays émergents où les génériques sont rois, les revenus du marché des antirétroviraux en 2012 était de 19,2 milliards de dollars, pour un « marché » de gens sous traitement de l’ordre de 2,3 millions de personnes (Europe et USA). Je n’ai pas de chiffres plus récents, mais avec une marge bénéficiaire entre 30% et 50% – voir mon article sur le Sidaction 2013 (4) – cela fait un paquet de milliards de dollars disponibles pour la recherche. L’industrie fait donc un chiffre d’affaire de l’ordre de 8 300 dollars par patient – ce qui correspond effectivement au coût annuel d’une tri-thérapie ici.

VentesVIH2012

Dans les pays dits émergents, où les génériques sont rois, le chiffre d’affaire global est de l’ordre de 2 milliards de dollars « seulement » pour un « marché » de 9 millions de personnes sous traitement (soit un CA par patient de 220 dollars…), avec des marges évidemment très faibles mais cela risque de changer: selon ce rapport de MSF (5), d’une part le nombre de gens sous traitement antirétroviral est appelé à augmenter considérablement (55 millions en 2030 selon l’OMS) et d’autre part les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce obligent les pays producteurs de génériques (Inde et Afrique du Sud en tête) à associer des brevets aux développement de nouveaux médicaments (même si ce sont des copies). Pour MSF, on pourrait assister au développement, dans ces pays, d’un marché générique bas de gamme avec des produits anciens (donc a priori moins efficaces et doublés d’effets secondaires importants), et d’un marché haut de gamme cher (du fait des brevets) même si pas aussi cher que le marché occidental. Et donc que la plupart des dizaines de millions de séropositifs supposés accéder aux traitements n’auront en fait accès qu’au bas de gamme. Business is business.

En France, l’ARNS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les hépatites virales) conduit la recherche publique et est dotée d’un budget aux alentours de 50 millions d’euros, dont à peu près 70% (moins quelques millions de frais de gestion), disons 32 millions consacrés au vih. Cette proportion semble diminuer au fil du temps en faveur de la recherche sur les hépatites (6). Cela plus le Sidaction ça fait dans les 50 millions de budget recherche directement financé par l’Etat et les citoyens. Peu, évidement, en comparaison avec la trentaine de milliards de dollars au budget 2016 des USA pour la recherche contre le Vih. Mais on estime qu’il y a 100 000 séropositifs en France, plus 50 000 qui s’ignorent (?) soit une population de 150 000 pour laquelle est allouée un budget public de 50 millions, soit dans les 330 euros par séropositif par an en recherche publique.

Mais ce n’est pas tout: depuis la grande victoire de l’industrie pharmaceutique associés à l’association AIDES pour la distribution gratuite du Truvada (enfin gratuite, c’est la société qui paie quand même) – épisode décrit dans mon article « Truvada mon amour » (7) – et dont je cite ce paragraphe de synthèse (je vous encourage quand même à lire tout l’article pour bien contextualiser les choses): Donc nous allons avoir de nombreux homosexuels séronégatifs qui vont commencer à prendre du Truvada à titre préventif afin de pouvoir avoir des relations non protégées avec d’autres homosexuels, séropositifs, qui eux prennent du Truvada à titre thérapeutique pour garder leur charge virale autour de 200 copies/ml. Tout cela aux frais de la princesse, à raison de 5 000 euros/an pour la PrEP et le double pour le traitement « curatif ».

Vu comme cela, je ne vois pas pourquoi des gens en bonne santé du fait de faire l’effort de mener une vie saine ne pourraient pas demander à l’Etat une prime équivalente en bons d’achats dans les épiceries bio et les salles de sport, mais c’est sans doute juste que ces industries là ne proposent pas d’enveloppes assez épaisses.

On constate donc d’une part l’immense profitabilité de l’industrie du Vih et d’autre part le sentiment d’une justice médicale à deux vitesses quand on calcule l’argent public versé au dossier Vih (toujours sans solution curative après 30 ans et plus de 100 milliards de dollars de fonds publics alloués à la recherche) par rapport par exemple à l’autisme: le budget annuel de recherche publique française est comparable à celui pour le Vih (dans les 40 millions d’euro) mais l’autisme touche 800 000 personnes, et aujourd’hui un nouveau-né sur 100 (8). Pas très étonnant donc que les gens se pressent de moins en moins au portillon pour apporter leur obole à une cause à mon avis de moins en moins défendable.

Certes, la communication de l’industrie du Vih ne manque pas de rappeler l’accroissement des séropositifs et les bienfaits de la tri-thérapie pour justifier tout ceci (sans trop parler de ses  mirifiques bénéfices évidemment), avec moult exemples de cas dramatiques visant à mettre la larme à l’oeil du donneur potentiel, mais un regard critique sur les aspects économiques et de politique de santé peut faire voir les choses un peu différemment: tout ceci n’est avant tout qu’une immense pompe à fric sur le dos de patients captifs (traitement à vie), un marché dont l’industrie à tout intérêt à maximiser et la taille (c’est en  bonne voie) et le niveau de prix. Alors que le risque réel de transmission du Vih – selon les sources les plus officielles  – est en fait assez faible: hors traitement, de l’ordre de une infection pour 70 rapports annaux réceptifs (de loin le pire des cas), une infection pour 900 rapports annaux insertifs, une infection pour  1 250 rapports vaginaux réceptifs (l’homme transmet à la femme) et une infection pour 2 500 rapports vaginaux insertifs (la femme transmet à l’homme). (9)

On peut raisonnablement se demander au nom de quelle logique de santé l’accès gratuit au Truvada a un sens sachant qu’il concerne quasi exclusivement les homosexuels (les plus à risque) qui peuvent se protéger bien plus efficacement avec un préservatif (d’autant que le Truvada ne protège pas des autres MST). La réponse est qu’il ne s’agit pas d’une logique de santé mais d’une logique de lobbying, contre laquelle tout opposant court le risque de se voir traiter d’homophobe. Et cela, tout en restant dans l’orthodoxie la plus pure. Les lecteurs récurrents de ce blog savent qu’il existe d’autres approches sur la question de la nature du Vih et des causes possible du Sida. Ces alternatives, classées « conspirationnistes » voir « négationnistes » par les médias et la société mainstream, survivent du fait que l’industrie du Vih n’est toujours pas parvenue à définir précisément ce qu’est le Vih, donc à définir des tests spécifiques (les faux positifs sont courants, les tests étant influencés par divers facteurs et non  homogène d’un pays à l’autre). Sans parler de l’incapacité à trouver un remède curatif.

L’idée alors que le Vih n’y soit finalement pour pas grand chose dans la problématique Sida – qui elle est bien réelle – et qu’il faille donc chercher ailleurs persiste encore et toujours, même auprès de gens médicalement qualifiés (10). Mais sans aller jusque là, la possible désaffection du public vis-à-vis du Sidaction est sans doute le signe qu’à trop vouloir tirer la couverture à soi quand on est déjà chaudement habillé, ça fini par se voir.

 

 

 

Notes:

(1) https://don.sidaction.org

(2) http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/sidaction-2015-les-dons-continuent-de-baisser-7777172275

(3) https://don.sidaction.org/public/Sidaction-RA2014-BD.pdf

(4) http://rhubarbe.net/2013/04/05/sidaction-lincomprehensible-foutage-de-gueule/

(5) http://www.msf.fr/sites/www.msf.fr/files/msf_access_utw_16th_edition_2013.pdf

(6) http://www.anrs.fr/Ressources-et-publications/Publications/Publications-ANRS/Rapport-d-activite-2013-2014

(7) http://rhubarbe.net/2015/11/24/truvada-mon-amour/

(8) http://www.vaincrelautisme.org/sites/default/files/rapport_situAutism2013_synthese_web.pdf

(9) http://www.catie.ca/en/pif/summer-2012/putting-number-it-risk-exposure-hiv

(10) http://rhubarbe.net/2015/04/28/fausses-illusions-de-la-medecine-moderne-la-causalite-vih-sida/

2 thoughts on “Sidaction: Poison de poisson

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