Pourquoi Trump?

A quelques jours de l’élection présidentielle américaine, ce 8 novembre, la course entre Hillary Clinton et Donald Trump est plus incertaine que jamais. D’un côté une figure majeure de l’establishment, profondément corrompue et incompétente (1), aux amitiés douteuses mais gardienne du camp du « business as usual »: clientélisme,  interventionnisme au seul bénéfice du complexe militaro-industriel, enrichissement des plus riches et paupérisation des classes moyennes encerclées par une police militarisée. Clinton est l’égérie de l’Etat prédateur si bien décrit par James Galbraith en 2008 (2).

De l’autre côté Trump, magnat de l’immobilier le jour et guignol le soir, hors système mais récupéré par le parti républicain qui espérait ainsi s’en débarasser via les primaires, qu’il a finalement gagnées. Trump a quelque chose de Boris Elstine, le premier président Russe post-Gorbatchev qui tirait au canon sur la Duma et se saoulait la gueule sans complexe. Trump est inculte, arrogant, grossier au dernier degré ce qui en fait l’antithèse brutale du sacro-saint politiquement correct, forme de non-pensée victimaire visant à annihiler la liberté d’expression. Il est raciste, islamophobe et misogyne mais surtout paléoconservateur: les « paléocons » veulent un retour à une Amérique non-interventionniste, focalisée sur elle-même, bien hiérarchisée avec des valeurs nationalistes fortes. Il se démarque donc politiquement d’une Hillary Clinton de facto néo-conservatrice, c’est-à-dire interventionniste, prédatrice  et adepte de la loi du plus fort.

Que les USA en soient là, obligés de choisir entre une pouffiasse vendue aux plus offrants et un bouffon issu de la télé-réalité peut faire peur et interroge certainement sur la pertinence de l’idée même de représentation d’Etat. Mais on peut voir les choses autrement et juger que l’existence même d’un Trump encore en lice à quelques jours de l’élection, après avoir battu tous les néoconservateurs que l’establishment a mis sur son chemin, est le signe qu’une partie au moins du peuple américain, aujourd’hui honnis par presque tous les habitants de la planète, évincé de ses maisons par la mafia bancaire (le scandale des foreclosures), ne sachant pas le matin s’il aura encore un boulot le soir, terrorisé par une police d’occupation et une justice pourrie, ne se résigne finalement pas à courber l’échine et s’accroche à celui qui prétend vouloir mettre une bombe au sein de l’establishment. Ne serait-ce que par vengeance.

En France les supporters de Trump sont assimilés à des fascistes, grosses brutes xénophobes, membres du KKK et autres joyeusetés et c’est évidemment le cas pour un certain nombre d’entres eux, mais il est par ailleurs éclairant d’écouter ce qu’en pense le réalisateur Michael Moore, gauchiste dans le sens américain du terme et auteur des quelques films remarquables sur le déclin de l’industrie US, sur la problématique des armes ou sur l’expansionnisme américain (3). Moore s’est penché sur le monde selon Trump pour la réalisation de son dernier documentaire, Trumpland, et lors d’une conférence (vidéo ci-dessous) il tente de communiquer ce qu’il a compris de « l’esprit Trump » en commençant par défendre ces fameux Trump supporters. 

Il dit qu’après les avoir côtoyés il les trouve plutôt corrects, et il raconte l’histoire d’un Donald Trump en visite au Detroit Economic Club où il rencontra l’état-major de Ford en les menaçant de leur imposer un tarif douanier de 35% s’ils délocalisent leurs usines de voitures au Mexique. Pour Moore, c’était la première fois qu’un candidat, démocrate ou républicain, affrontait ainsi ces gens riches et puissants!

Cette posture parle aux familles d’Etats désindustrialisés tels l’Ohio, le Wisconsin, la Pennsylvanie ou le Michigan, que Moore appelle « les Etats Brexit »: s’ils pouvaient quitter les USA ils le feraient. Moore continue ainsi: « Que Trump pense ce qu’il dit ou non, peu importe car il dit ce que les gens qui ont mal veulent entendre. Et c’est pourquoi chaque prolétaire soumis, sans nom, oublié et qui faisait partie de ce que l’on appelait autrefois la classe moyenne adore Trump. Il est le cocktail Molotov humain qu’ils attendaient. La grenade humaine qu’ils peuvent légalement balancer dans le système qui leur a volé leurs vies. »

Une victoire de Trump reste malgré tout improbable, les scandales ont la vie courte et Trump s’est tiré lui-même pas mal de balles dans le pied. Mais Clinton file un tellement mauvais coton et tout reste possible. Si Clinton gagne, l’Amérique deviendra encore un petit peu plus pourrie et on devra envisager la possibilité de conflits directs entre les USA et la Russie ou la Chine. Si Trump gagne, il prendra peut être rapidement une balle signée CIA, sinon il mettra probablement un bordel monstre chez lui mais ira boire des bières avec Poutine pour se reposer. Et finalement, si chacun ne s’occupait d’abord que de ses moutons le monde irait peut être mois mal.

 

Notes:

(1) https://www.contrepoints.org/2016/11/03/270534-campagne-dhillary-clinton-explose-plein-vol

(2) https://rhubarbe.net/2010/05/16/letat-predateur/

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Moore

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