Syrie: où est la diplomatie européenne?

Deux événements concomitants illustrent parfaitement la disparition de l’Europe diplomatique sur le théâtre syrien et, plus globalement, mondial: d’une part l’attentat de Berlin qui, comme ceux de Nice ou du Bataclan en France, nous rappelle à quel point l’Europe est impliquée dans la crise syrienne et moyen-orientale en général car nous sommes considérés comme des cibles légitimes par les islamistes. D’autre part le sommet de Moscou entre Russes, Iraniens et Turcs installant un monopole de fait sur le contrôle de la Syrie. Monopole d’où nous sommes exclus, tout comme les américains d’ailleurs mais eux, en gros, s’en foutent.

Nous, on ne s’en fout pas. Outre le terrorisme islamiste dont la percée au rang de problème mondial est grandement due à des années d’ingérence et de politiques catastrophiques mises en branle suite au 11 septembre 2001, nous sommes les témoins d’une vague d’immigration sans précédent où la bonne volonté et l’humanisme des uns (nombreux et nombreuses) se heurte à l’ignominie des calculs et de la récupération politicienne et policière engendrant la peur et la haine auprès des autres. Les divisions, voir les fractures ainsi générées au sein de la population européenne font le jeu des islamistes qui ne cherchent rien d’autre qu’à dresser la population européenne contre sa fraction musulmane, et lancer ainsi la machine infernale du renforcement identitaire et tout ce qui va avec. Je ne doute pas que Merkel en fasse des cauchemars, malheureusement elle est sans doute la seule encore en Europe a pouvoir ressentir dans sa chair ce que « tout ce qui va avec » veut vraiment dire.

Vu les enjeux, comment peut-on analyser l’inexistence de la diplomatie européenne sur le théâtre syrien? Par quel enchaînement d’erreurs, d’inepties, d’hypocrisies politiques et d’intérêt commerciaux en est-on arrivé là? Comment comprendre la nomination d’un Laurent Fabius à la tête du Conseil Constitutionnel, un homme dont l’incompétence totale à largement facilité la montée de Daech en Syrie, un homme qui se dit ami du sanguinaire (mais riche, évidemment) régime saoudien argentier de Daech qui, par ailleurs, pilonne le Yémen depuis vingt mois sans résultat autre que la mise en danger mortel de famine de 90% de la population?

La catastrophe diplomatique de l’Union Européenne a sans doute aussi beaucoup à voir avec la nomination de Catherine Ashton, de 2009 à 2014, à la tête de diplomatie européenne. Technocrate sans culture internationale, unilingue, elle accède au poste par effet de « compensation politique » suite à l’échec de Tony Blair pour la présidence du Conseil Européen. Donc une anglaise incapable est nommée à ce poste crucial du simple fait de l’échec d’un autre anglais incapable ayant, lui, activement participé à la création du problème islamiste par son amour pour la clique mafieuse Bush/Cheney/Rumsfeld et son aventure irakienne. Finalement, le Brexit… Cela dit l’actuelle chef de la diplomatie européenne, Frederica Mogherini, a beau sembler plus adéquate (elle fut au moins ministre italienne des affaires étrangères sous Renzi), elle est tout aussi inaudible.

Aujourd’hui nous européens ne pouvons que regarder le match syrien, compter les corps, prendre des coups et tenter d’accueillir le moins mal possible les populations fuyant la zone de guerre. L’incompétence, sinon la corruption de nos représentants ont laissé la porte de la Syrie grande ouverte à la Russie qui, quoi qu’on s’en lamente dans les colonnes et sur les ondes bien pensantes, a stoppé Daech et vise à rétablir une forme de stabilité dans la région après des années d’ingérence occidentale catastrophique.

Il y a sans doute au moins un constat à faire de tout ceci: l’imposition, par action extérieure directe ou indirecte d’un changement de régime, même d’un régime dictatorial, est toujours contre-productive. La situation après est le plus souvent pire qu’avant et au mieux… pas mieux. Saddam Hussein contrôlait l’Irak et ses islamistes. Tout comme Kadhafi en Libye. Tout comme Bachar el-Assad en Syrie. Aujourd’hui, suite à l’interventionnisme occidental, c’est le bordel et les islamistes sont partout. Et la guerre totale. Et des millions de réfugiés en marche vers l’Europe. A un moment donné, soit le système politique institué change de logiciel, soit le populisme réactionnaire gagne et on change de régime.

Aux USA, le grand coup de pied dans l’establishment que symbolise l’élection de Trump permet une prise de conscience de la responsabilité américaine dans le désastre mondial. Une députée Démocrate, Tulsi Gabbard, a récemment rencontré l’équipe Trump pour faire avancer sa proposition de loi visant à interdire tout financement, licite ou illicite, par les USA de groupes rebelles ou terroristes en tous genre même au nom du renversement d’un régime peu sympathique:

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FVoteTulsi%2Fvideos%2F1254409227948827%2F&show_text=0&width=560

Une prise de conscience de l’establishment européen, voir la sanction de politiques étrangères de membres individuels – à commencer par la France et ses relations douteuses avec l’Arabie Saoudite par exemple – est-elle envisageable? Elle existe de fait au travers de l’avancée des partis nationalistes programmant la fin de l’UE en tant qu’entité politique. Faut-il alors préempter cette désintégration européenne et retrouver une stabilité à un niveau moins ambitieux, en bref faire un retour vers l’UE demandée par les Britanniques: une zone de libre -échange sans transfert de souveraineté nationale, sans Schengen et sans représentation politique?

On peut aujourd’hui légitimement se demander, sans tomber dans le nationalisme mais au simple vu des résultats, si l’UE en tant qu’entité politique a encore le moindre sens. Ses institutions roulent avant tout pour elles-mêmes, son arrogance et irrespect envers le processus démocratique est tellement évident qu’il en devient presque burlesque: le TAFTA négocié en secret au profit d’on ne sait trop qui, les nominations purement politiciennes, la députation européenne servant de garage de luxe à d’anciens porte-flingues parfaitement inutiles ou de militants anti-système s’empiffrant des avantages dudit système (on pense à Hortefeu et Dati dans le premier cas, Marine Le Pen dans le second…).

La bureaucratie européenne livrée à elle-même mène inexorablement vers une forme de soviétisation de l’Europe, avec sa Nomenklatura bien au chaud dans ses privilèges et sa classe moyenne qui ne contrôle plus rien et se paupérise. Sans parler de la corruption rampante (on dit lobbying dans les cercles polis (1)) où l’intérêt général passe presque toujours après les intérêts sonnants et trébuchants de ceux ayant l’oseille – pardon, l’oreille – des faiseurs de lois. A un moment donné il faut que cela cesse, la question étant de savoir s’il faut attendre que ça se casse tout seul sous la pression populiste, ou trouver en amont le moyen de jeter l’eau du bain tout en gardant le bébé.

En attendant, le résultat des courses est que nous payons aujourd’hui le prix de nos inepties en matière de politique étrangère et en particulier vis-à-vis du Moyen-Orient, et que malgré tout il n’y ait point de débat sérieux en cette période électorale française sur la mise en place d’une politique étrangère et européenne cohérente et pragmatique plutôt que faussement moraliste, une politique visant à trouver des solutions réalistes plutôt qu’a alimenter les fantasmes politiciens et les caisses des marchands d’armes.

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(1) Selon l’ouvrage récemment publié par le groupe Corporate Europe Observatory sur le lobbying auprès des institutions politiques à Bruxelles, il y aurait entre 15 000 et 30 000 personnes employées sur place dans le but d’influencer les travaux des institutions européennes, et dont les deux tiers opèrent au nom d’intérêts commerciaux. Cette industrie du lobby bruxellois représenterait un volume d’affaire de un milliard d’euros annuel, en deuxième place derrière le lobby de Washington. https://rhubarbe.net/2011/11/07/transmutation-non-choix-et-corruption/

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