Rencontre avec le Festival du Mot

Belle occasion cette année d’aller faire un tour au Festival du Mot à la Charité-sur-Loire. Temps festival voir très estival dans un beau site Clunisien en bord de fleuve dont les plages sauvages sont à un jet de pierre du petit centre très animé. Lieu paradisiaque à condition de ne pas devoir emprunter en voiture le pont sur la Loire, en travaux…

DSC01939_festivaldumotChaque année le festival organise un vote pour le « mot de l’année ». L’an dernier c’était « réfugiés », cette année c’est « renouveau » à partir d’une pré-sélection incluant aussi « Brexit », « populisme » et « matraque ». Je pense que ce dernier aurait gagné s’il c’était s’agit d’élire le mot de la décennie, mais bon, on a encore le temps.

Je ne parlerai ici que de ce que j’ai vu, c’est-à-dire une toute petite partie de l’offre mais dont un élément clé fut la prestation de Vincent Roca chaque jour à 12h30, place des Pêcheurs, avec une animation intitulée « J’ai deux mots à vous dire » et dont on retrouve l’intégralité sur le site ou la page Facebook du festival. J’ai trouvé l’intervention de vendredi particulièrement jouissive, vidéo ci-dessous (à partir de 2:34):

Une conférence par Jean Pruvost, « Précieux mots arabes », nous plonge dans les racines de la langue française et, en particulier, la présence souvent insoupçonnée de mots d’origine arabe récupérés au fil des siècles. On connaît bien sûr les « zéro » et autre « algèbre », « couscous » ou « bled » mais moins « ramdam » signifiant la fête les soirs de Ramadan – c’est d’actualité – ou encore moins « alcool », « épinards » ou « jupe ». Jean Pruvost est un invité récurrent de plusieurs radios pour des émissions traitant de linguistique, et notamment une émission sur le Mouv où il analyse le vocabulaire du rap, sous le pseudo de Doc Dico. Auto-diagnostiqué grand malade de sémantique, Doc Dico avoue être propriétaire de 10 000 dictionnaires…

DSC01949_festivaldumotC’est un pur hasard mais j’ai pu assister quelques instants plus tard à une autre conférence en rapport avec le monde arabe, cette fois par le journaliste et expert en islamisme Wassim Nasr. Connu pour ses interventions sur la chaîne d’info France24 et la pertinence de ses analyses, il présente ici son livre « Etat Islamique, le fait accompli », sorti en 2016 chez Plon – et que je suis en train de lire avec le plus grand intérêt. Cela fera l’objet d’un prochain billet, mais Wassim Nasr nous plonge dans l’immense complexité et la longue histoire du Moyen-Orient menant à la situation actuelle. Histoire, car on ne peut rien comprendre si on ne connait pas l’histoire de l’Islam depuis ses origines et son age d’or autour du XIIème siècle, devenu le mythe de la grandeur perdue du monde musulman. Complexité de part le système des familles, des clans, des allégeances mouvantes, des guerres fratricides entre Etat Islamique et les multiples déclinaisons d’Al-Qaïda, des profonds effets des changements ou disparition de régimes en Irak ou en Libye, et de l’impact des créations de frontières arbitraires par l’Occident qui aujourd’hui sont remises en cause par le retour aux frontières claniques et confessionnelles. L’auteur nous précise le rôle et les enjeux de l’Arabie Saoudite et des monarchies du Golfe, ainsi que l’organisation sociale, militaire et médiatique aussi bien de l’EI que des autres mouvances, et l’origine du terme « Daech » inventé par les occidentaux – et notamment la France – visant à nier la réalité d’un proto-Etat islamique et le réduire au rang de mouvance djihadiste. Bref, aussi passionnant qu’instructif et nécessaire pour comprendre ce qui se passe, au-delà de la propagande gouvernementale et médiatique.

DSC01943_festivaldumotSur une note plus légère, la conférence de Mariette Darrigrand « Voyage dans la chair des mots » retrace l’histoire de mots à caractère érotique. Où les aspects moins connus de la sémiologie, tel l’origine du mot « galimardiser » faisant référence à un peintre, Auguste Galimard, spécialiste des œuvres pieuses et qui décide un jour de faire une peinture un peu lascive de Leda, concubine de Zeus, refusée par la censure du XIXème siècle.  On retrouve Mariette Darrigrand dans plusieurs émissions de radio ou télé, et elle a récemment sorti un livre « Sexy corpus, voyage dans la chair des mots » d’où fut tirée sa conférence.

Dans un tout autre registre, le chercheur en linguistique Julien Longhi nous proposait ensuite un exposé intitulé « La campagne en 140 signes » où il analyse les stratégies des politiciens sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter. Où l’on se rend compte que la possibilité d’intégrer des images et vidéos permet aux tweets de largement dépasser la limite des 140 signes et que tout compte, de la photo de profil au timing des messages, est pensé dans les moindres détails. Il démontre comment la communication politique est devenue un clone de la communication commerciale, avec le profilage des « cibles », l’auto-référencement  avec des liens entre sites proposant le même message, la pseudo-personnalisation via des « bots » dans le but de vous faire croire que vous pouvez vraiment dialoguer avec tel ou tel candidat. Mais c’est aussi un moyen pour ces mêmes politiques de s’émanciper de la sphère médiatique traditionnelle, des filtres et analyses plus ou moins partiales des commentateurs employés par des magnats de la presse aux intérêts bien compris.

DSC01950_festivaldumotDimanche matin, enfin, participation à une autre animation récurrente du festival, les »P’tits dej’de mots » où l’on boit un café en grignotant un croissant et en écoutant une bande de joyeux drilles interpréter des extraits d’œuvres avec fond sonore « live ». La thématique de dimanche était autour des mots « Reproduire », « suggérer », « libérer » et « dénoncer ». Salle pleine à craquer.

Une visite aussi intéressante que stimulante, très accessible du fait que les conférences sont gratuites, seuls les spectacles étant payants. Les orateurs étant généralement auteurs de livres, des séances de dédicaces sont organisées après les conférences, permettant de creuser le sujet si intérêt. En parallèle de tout cela se tenait une expo de reproductions de manuscrits de grands noms de la littérature française, où j’ai pu me rendre compte avec satisfaction que les grands aussi, pour certains du moins, ont une écriture de cochon.

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(1) http://www.festivaldumot.fr/

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