Chronique des Journées d’écriture de Cluny – 4

Samedi matin, jour de marché et temps correct: c’est la foule à Cluny.

Plusieurs lectures en parallèle dans des lieux différents, donc marché fait et le sac rempli des provisions de la semaine j’arrive juste à temps à la salle Justice de Paix pour suivre la présentation du livre Médecin de guerre de l’Afghanistan à Paris – La guerre sans front, de Elie Paul Cohen, en présence de l’auteur et avec une lecture d’un extrait du livre, en anglais, par Marcia Hadjimarkos – pianiste américaine et clunisoise de son état.  

Ici on n’est plus du tout dans la poésie. Elie Paul Cohen est un musicien devenu médecin urgentiste qui se retrouve pour deux mois dans un camp militaire anglais en plein Afghanistan en 2011, le Camp Bastion, où il se forme aux techniques de médecine de guerre visant à minimiser les dommages, ou la mort, au soldats blessés et notamment à ceux qui sautent sur les mines – dit polytraumatisés. L’auteur, idéaliste et antimilitariste de nature, questionne également les causes réelles de cette guerre et l’éthique d’une communication visant à tout prix à faire oublier les horreurs qui s’y déroulent, afin que l’opinion publique laisse les mains libres aux bénéficiaires de ces guerres sans fin et sans front.

Marcia nous lit un chapitre relatant une intervention d’une unité de secours dans un patelin afghan où un jeune soldat anglais de 24 ans, Greg, vient de sauter sur une mine. Un cas terrifiant: plus de jambes, un seul bras, sans doute plus de testicules, un presque mort sur lequel s’active une unité médicale mettant en oeuvre le protocole d’urgence dit Damage Control Resuscitation, que l’auteur est sur place pour étudier pour le compte de l’armée française, et accessoirement du SAMU, et dont certains éléments seront mis en oeuvre lors des attentats du Bataclan.

Au bout du compte, et après une débauche d’efforts et de moyens dont un hôpital civil ne peut que rêver, le jeune soldat décède – et heureusement pour lui vu son état. C’est une question que pose l’auteur: pourquoi s’acharner à sauver des gens dont la vie sera de toute façon impossible? Réponse: car les médias ne comptent que les morts sur le terrain, et qu’il faut tout faire pour les minimiser – peu importe si ces gens meurent chez eux plus tard dans d’atroces souffrances. En cas de décès, toutes les communications civiles sont coupées au Camp Bastion le temps d’informer la famille, pour que rien ne fuite.

Cette histoire illustre un fait que nos politiques et leurs alliés médiatiques ne veulent pas ébruiter: les guerres actuelles sont déclarées entre gens qui se connaissent, faites par des gens qui ne se connaissent pas, sans front défini, où la plupart des victimes sont des civils, au profit d’intérêts politiques et commerciaux. La province où se situe ce Camp Bastion est le Helmand, d’où provient 90% de l’opium mondial. Les soldats occidentaux sont là, avant tout, pour protéger et contrôler les champs de pavots, sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Ce n’est sans doute pas lié, mais en sortant de la salle je tombe sur une patrouille Sentinelle en villégiature…DSC02728_JEC

Une petite bière au Nord entre amis avant de rentrer ranger les courses.

 

Liens vers les chroniques précédentes:

https://zerhubarbeblog.net/2017/09/15/chronique-des-journees-decriture-de-cluny-3/

https://zerhubarbeblog.net/2017/09/15/chronique-des-journees-decriture-de-cluny-2/

https://zerhubarbeblog.net/2017/09/14/chronique-des-journees-decriture-de-cluny-1/

 

 

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