Jérusalem, la fin des oliviers palestiniens.

La fin des oliviers, car c’est sans doute plus parlant que les haricots. La déclaration de Donald Trump concernant le relocalisation de l’ambassade US de Tel Aviv à Jérusalem fait couler beaucoup d’encre, et sans doute aussi de sang dans les jours à venir, marquant un passage surtout symbolique dans la posture US vis-à-vis du conflit israélo-palestinien: en réalité la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d’Israël par les US date de 1995, sous Clinton, date à laquelle le Congrès a voté une loi pour le déménagement de son ambassade vers la cité sainte.

Depuis lors, pour éviter que cette loi ne prenne effet chaque président, tous les six mois, devait rendre un « waiver », un ordre repoussant la mise en application de la loi. Trump a laissé passer la dernière échéance, donc pas de surprise au fait qu’il fasse cette annonce, ce d’autant qu’elle faisait partie de son programme électoral. La question étant alors pourquoi, et qu’en seront les conséquences.

La conséquence immédiate de cette décision est qu’il n’y aura pas de solution a deux états avec Jérusalem pour capitale commune. Cela, c’est le résultat du très fort rapprochement entre l’administration Trump et le gouvernement de Netanyahou par le biais du beau-fils de Trump, Jared Kushner, dont ce blog a déjà fait le portrait. En résumé, Jared Kushner est un juif orthodoxe, millionnaire comme son beau-père, ami intime de Netanyahou comme l’était son propre père. Kushner est le conseiller spécial du président US, l’artisan du grand amour US-Israël actuel mais aussi, et peut être surtout, artisan de la remise en marche de l’axe US-Israël-Arabie saoudite et communauté sunnite en général (1).

La décision symbolique de déménager l’ambassade n’aurait pu se faire sans l’approbation des Arabes, qui malgré les protestations d’usage ont clairement choisis leur camp: l’Arabie craint par-dessus tout la montée en puissance du monde chiite avec l’Iran à sa tête, et doit sortir de son isolement pétro-dépendant pour faire face à un avenir incertain. Pour ce faire, l’Arabie saoudite est devenue le troisième pilier de l’axe US-Israël face à l’Iran, et se débarrasse du problème palestinien afin de se laisser les coudées franches dans le relookage de ce pays ultra-conservateur, ce « Daech qui a réussi » mais qui doit, désormais, attirer des investisseurs étrangers (y compris juifs) pour développer une offre de tourisme, de technologie et de services haut de gamme. C’est tout l’enjeu du récent coup d’Etat mené par le nouvel héritier au trône saoudien, Mohammed ben Salman (MbS pour les intimes), qui a mis au placard le mois dernier toute l’ancienne garde, et a désormais en ses mains tous les pouvoirs du royaume.

L’opération de distanciation de l’Arabie de la question palestinienne ne date pas d’aujourd’hui: cela fait quelques temps que plusieurs porte-paroles du régime, analystes ou journalistes tels Turki al-Hamad et Hamzah Muhammad al-Salim, écrivent que les palestiniens ayant eux-même abandonné le combat, pourquoi l’Arabie devrait-elle sacrifier son développement pour eux? Que la Palestine ne doit plus être un enjeu prioritaire au yeux des saoudiens, qui ont d’autres chats à fouetter. Que si les relations entre l’Arabie et Israël devenaient normales, Israël deviendrait la première destination touristique des saoudiens! Que les juifs ne tuent pas de saoudiens, alors que ces derniers se tuent entre eux (référence aux saoudiens membres de groupes terroristes). Que dans le meilleur des cas la Palestine ne sera jamais qu’un autre pays arabe pauvre (sous-entendu: sans intérêt). Et que finalement il est temps de passer à autre chose (2).

Mots incroyables, jamais répétés en Occident mais devenus communs en Arabie et dans les monarchies du Golfe. Mode de pensée partagé par l’autre poids-lourd sunnite, l’Égypte. Tous ces pays ont une vision commune de l’avenir: des dictatures arabes sous un vernis moderne visant à prendre leur part du gâteau du marché des services et de la technologie, du tourisme, de l’accueil de grands événements diplomatiques comme le faisait Charm el-Cheikh sous Moubarak, et comme devrait le faire la nouvelle Smart City Neom que MbS veut faire surgir des sables d’Arabie (3).

La récente présentation du robot Sophie en Arabie et son intronisation en tant que citoyenne saoudienne (j’ignore si elle doit désormais se présenter voilée), l’autorisation faite aux femmes de conduire une voiture font tous partie de l’effort de dé-ringardisation du royaume. Sous ce vernis, bien sûr, la société saoudienne restera esclavagiste, misogyne, wahhabite chez elle et décadente à l’extérieur, grand argentière des mosquées salafistes de part le monde même si, et là encore un petit signe de bonne volonté qui ne mange pas de pain, deux imams et deux employés de mosquées saoudiennes fichés S en France ont récemment été limogés (4).

Ce contexte installé, il n’est pas sûr que tout se passe comme prévu et l’appel du Hamas, récemment réunifié au Fatah, à une nouvelle Intifada pourrait dégénérer et obliger les saoudiens à se distancier à nouveau de l’axe US-Israël, le temps que cela se calme. D’autant que l’Iran pourrait bien saisir l’opportunité pour’entrer dans le jeu en offrant de l’aide aux Palestiniens, comme il le fait avec les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban. Et bien sûr avec les syriens de Bachar el-Assad qui n’a certainement pas avalé l’annexion inconditionnelle du Golan par Israël (territoire conquis à la Syrie en 1967, annexé par Israël en 1981 en opposition à la résolution 242 du Nations Unies – comme quoi quand il s’agit d’Israël il y a vraiment deux poids et deux mesures…). Bref, Johnny ou pas les candidats à l’allumage de feux ne manquent pas dans la région.

Les territoires gérés par l’autorité palestinienne, y compris aujourd’hui la bande de Gaza, n’ont pas les moyens de faire bouger Israël, cela est clair pour tout le monde. Les intifadas n’ont rien apporté. La situation palestinienne est en fait désespérée, contrainte à rester dans son état actuel ou d’accepter un arrangement qui ne serait guère différent de la situation présente, une sorte de réserve plus ou moins autogérée. Situation que la majorité des palestiniens connaissent d’ailleurs depuis leur naissance.

Qui, aujourd’hui, va s’engager dans le bourbier moyen-oriental pour imposer un réel Etat palestinien aux côtés d’Israël? Personne. Cela fait quinze ans que tout le monde se bat là-bas, pour rien. Dos au mur, Jérusalem annexée par Israël, réunifiés mais isolés, les palestiniens ont le choix entre une dernière grande bataille avant anéantissement, ou se rendre et survivre en attendant des jours meilleurs.

 

Notes:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2017/11/23/maison-de-saoud-et-moyen-orient-game-of-thrones-en-vrai/

(2) http://www.middleeasteye.net/columns/axis-arab-autocrats-standing-behind-donald-trump-2085383039

(3) http://www.france24.com/fr/20171026-arabie-saoudite-prince-heritier-presente-ville-futur-neom-promet-retour-islam-modere

(4) http://islamisation.fr/2017/11/24/deux-imams-francais-fiche-s-licencies-de-la-mosquee-saoudienne-de-geneve/

 

2 thoughts on “Jérusalem, la fin des oliviers palestiniens.

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