La blague de la journée internationale des migrants.

Il paraît que ce lundi est, comme chaque 18 décembre, la journée internationale des migrants. Sauf que cela n’existe pas. Ce qui existe est une convention de l’ONU rédigée en 1990, entrée en vigueur en 2003 après que vingt pays l’eurent signée (dont aucun pays occidental), et dont le nom exact est « La convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles ». (1).

Donc, nous célébrons quelque chose qu’aucun pays européen n’a signé et qui ne concerne que les travailleurs migrants, c’est-à-dire ceux qui ont un boulot et qui ont, cela va sans dire, des papiers en règle. Rien à voir avec la problématique dite « des migrants » que nous connaissons actuellement en Europe, et tellement mal gérée par l’Etat français.

On peut penser ce que l’on veut des positions hongroises, polonaises, serbes etc… en matière de fermeture brutale à toute idée de migrants sur leurs territoires (et je n’en pense que du mal), ces pays ont au moins le bénéfice de la cohérence: les « droits de l’homme » ne les concernent pas, ils sont ouvertement racistes et islamophobes, l’Europe ne les intéresse que dans la mesure où ils peuvent en tirer un profit, et donc ils font ce qu’ils disent: niet, et à nous les kilomètres de clôtures de lames de rasoirs, les milices fascistes, les humiliations, coups et blessures au nom du droit et de la protection de la Nation. Ce sont sans doute de sales cons n’ayant rien à faire dans l’Union Européenne, mais au moins ce ne sont pas des hypocrites. Alors qu’ici…

Alors qu’ici on nage dans un océan d’hypocrisie, de novlangue insupportable entre un Président qui se présente à chaque occasion comme le défenseur sans peurs et sans reproches des droits de l’homme (2), mais qui a pour ministre de l’Intérieur un vieux con n’ayant absolument rien compris à la réalité du problème, ne voyant dans la problématique migratoire que l’occasion d’élargir l’emprise policière et technocratique envers cette classe de sous-humains. Exactement ce que veut par ailleurs le FN qui, pourtant, n’a pas été élu.

Gérard Collomb n’a aucun problème avec les flics déchirant les tentes et brûlant les couvertures de pauvres hères grelottant sous les ponts de Calais ou d’ailleurs. Il faudrait aussi trouver un autre nom pour ces flics qui ne sont en réalité que des usurpateurs d’uniformes de gardiens de la paix assermentés, passés du côté obscur de la République: celui des nostalgiques de Vichy et des collabos, des GMR (ancêtres des CRS, crées par Pétain) et de l’obéissance aveugle à la hiérarchie même la plus immonde. Comment, sinon, expliquer que des hommes et des femmes, souvent eux-mêmes parents, acceptent de mener de telles actions?

En ce jour de célébration de cette inexistante journée des migrants, le défenseur des droits Jacques Toubon, associé à une multitude d’associations impliquées dans l’aide humanitaire, attaquent le durcissement de la politique anti-migrants annoncée pour 2018 (3). Il y a clairement un fossé entre la logique technocratique et policière de l’Etat et la réalité de ces milliers d’hommes, femmes et enfants ayant bravé, au péril de leurs vies, des situations cauchemardesques pour retrouver un avenir. Pour se retrouver, en fait, traités pire que des chiens par la force publique alors même qu’Emmanuel Macron se pavane devant les caméras en grand humaniste.

Gêne.

A tel point que le premier ministre Edouard Philippe se dit qu’il est peut-être temps de reprendre le contrôle de la place Beauvau. Non pas que Philippe soit nécessairement très concerné par la misère des migrants sous la férule Collombique, mais parce que ça commence à râler dans ses propres rangs (4), et qu’un tel décalage entre les discours et la réalité commence à se voir même hors de France.

L’argument de Collomb et Cie est évidemment la stricte application de la loi. La loi dit que les « dublinés » doivent être renvoyés dans le pays d’entrée (pour la plupart, la Grèce ou l’Italie, deux pays exsangues portant un fardeau migratoire déjà bien plus élevé que la France), que ceux qui veulent aller en Angleterre ne peuvent pas du fait des accords du Touquet déplaçant la frontière franco-anglaise sur le territoire du Pas-de-Calais, et qu’un réfugié économique est une si lourde charge pour la France qu’il vaut mieux qu’il aille crever ailleurs.

Pour ce dernier argument, la réalité est en fait l’inverse: la France souffre d’un déficit de population (une densité nationale qui est le tiers de celles de l’Angleterre ou de l’Allemagne), ce qui a pour effet qu’elle n’a pas les moyens de maintenir les services publics en dehors des centres urbains. La repopulation des zones rurales et péri-urbaines, par des gens aptes au travail – ce qui est le cas de la majorité des migrants – serait d’un grand bénéfice économique pour ce pays.

Ah mais on risque de disparaître sous la marée islamiste, entendons-nous souvent. Sauf que le problème islamique, en France, est en grande partie lié à la troisième génération d’immigrés maghrébins. La France a mal géré cette population, concentrée dans des ghettos où règne la culture de la délinquance et où l’islam radical a remplacé les valeurs dites de la Républiques qui en sont, depuis longtemps, quasi absentes. On n’est pas obligés de refaire les mêmes erreurs.

De manière plus générale, l’argument légaliste de Collomb & Cie illustre le simple fait que le Droit n’est jamais que la justification des intérêts de ceux qui ont le pouvoir. Sous Vichy, le Droit stipulait l’obligation de dénoncer les juifs. Jusqu’en 1944, les femmes françaises n’avaient pas le droit de vote. Les lois, elles se changent en fonction des réalités, des mouvements structurels afin que la société s’adapte à ces réalités plutôt que de sombrer dans des ambiguïtés menant droit à la dictature. Voir ce qui se passe actuellement en Turquie où Erdogan crée du « droit » dans l’unique – et inique – but d’éliminer toute opposition politique. En France, du fait notamment de gens tels Collomb et ses prédécesseurs, la tentation est grande de glisser sur la même pente.

L’Europe doit absolument changer les dispositions kafkaïennes dites de Dublin, et la France – qui s’estime en droit de ne pas obéir au droit européen quand cela ne lui convient pas, comme pour le glyphosate – doit de son côté modifier son droit sur les migrants afin de trouver des solutions plutôt que de déplacer, ou envenimer, la situation actuelle.

 

Notes:

(1) http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001435/143557f.pdf(2) http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/31/le-plaidoyer-d-emmanuel-macron-pour-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme_5208490_3224.html

(2) http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/31/le-plaidoyer-d-emmanuel-macron-pour-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme_5208490_3224.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/12/18/controle-des-etrangers-des-associations-saisissent-le-defenseur-des-droits_5231165_3224.html

(4) http://www.europe1.fr/politique/une-deputee-lrem-interpelle-collomb-sous-les-applaudissements-de-la-france-insoumise-3525677

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