Maltraitance animale, à tort et à Travert.

Voici quelques temps une personne ayant travaillé dans un abattoir m’a raconté l’ambiance très spéciale régnant dans la salle d’abattage, où se côtoient volatiles et petits quadrupèdes en voie de transformation de vivant à mort emballé sous vide. Je vous passe les détails sauf la chaîne des canards, où le principe est de plonger le canard vivant, pendu par les pattes à un rail, dans un bain de cire bouillante.

L’idée première était que la cire d’une part tue le canard, d’autre part facilite grandement son déplumage. Le rythme étant soutenu (genre: roller coaster tête en  bas), le canard était censé mourir très vite. Un jour pourtant, le législateur (enfin, je suppose que c’est lui) décida que malgré la supposée rapidité du processus, c’était quand même pas sympa de plonger ainsi le canard vivant dans la cire et qu’il fallait l’assommer ou le tuer avant, ce qui impliquait deux choses: installer un poste permettant de rendre KO les canards, de manière automatique par décharge électrique en amont du bain, et réduire la vitesse du rail.

Très bien, sauf qu’électrocuter les canards coûte en matière de consommation électrique, et que l’appareil fonctionne généralement plutôt lors des contrôles, et plutôt pas le reste du temps. Résultat: le canard arrive toujours vivant dans le bain de cire, mais maintenant c’est plus lent et il en profite donc plus longtemps.

Là se trouve l’essence de la raison pour laquelle il faut mettre des caméras dans les abattoirs. La loi qui sera votée par la majorité ce 30 mai n’impose qu’une version édulcorée de cette proposition, malgré un vote en première lecture à l’AS en janvier 2017 (1) en faveur de cette obligation, démontrant la puissance du lobby qui ne veut pas que l’on vienne regarder de trop près ses pratiques.

Cette loi ne propose que ceci: installer des caméras aux postes de saignée et de mise à mort pour une période expérimentale de deux ans. Mais à une double condition : que l’abattoir se porte volontaire et après l’accord des instances représentatives du personnel. (2)

Le point de départ de tout ceci est l’association L214 (3), qui avait remué l’opinion par la publication d’images terribles de bêtes maltraitées dans des abattoirs, émoi ayant mené à la mise en place d’une commission d’enquête sous Olivier Falorni et au premier vote de l’AS en faveur de caméras obligatoires.

Bien sûr, la caméra n’est pas la panacée. Souvent elles ne marchent pas quand il le faudrait (typique des commissariats de police), et il faut qu’à un moment donné quelque’un les regarde. Pourtant, vu la législation anglaise, les abattoirs qui exportent là-bas ont bien dû les installer, donc pourquoi cela pose-t-il un problème pour les autres? Question de pognon d’une part, les marges des abattoirs n’étant sans doute pas énormes, et surtout désir de ne pas risquer de mauvaise publicité en cas de maltraitance avérée révélée par ces caméras.

Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, a trouvé ce compromis acceptable même s’il ne change pas grand chose dans les faits, et malgré la promesse de campagne de Macron de se pencher sérieusement sur ce problème. Certes, la loi imposera de mieux former les ouvriers en abattoirs, mais ceux-ci sont souvent des intérimaires car le métier est dur, et les ouvriers spécialisés aux postes de mise à mort, devant respecter des quotas, sont complètement blindés à la souffrance animale. Et heureusement pour eux, sinon ils se suicideraient face à une telle horreur quotidienne vécue sans filtre.

La meilleure défense animale reste de ne pas en manger, du moins de ne pas manger ce qui sort de la filière industrielle, et de limiter la consommation de viande de toutes manières. Certains l’éliminent complètement mais je n’en suis pas là. Une alternative est de développer l’abattage local sous forme coopérative, avec une charte éthique et des procédure garantissant un traitement « correct » des bêtes. (4)

De ceci découle la question de l’alimentation à base animale, vaste débat où le premier boulot est de séparer le dogmatisme quasi religieux d’une réflexion plus universaliste du rapport homme – animaux. Sujet d’un prochain article.

 

Notes:

(1) https://www.lci.fr/societe/cameras-dans-les-abattoirs-lutter-contre-la-maltraitance-animale-sans-video-c-est-comme-dire-qu-on-lutte-contre-l-insecurite-routiere-en-enlevant-les-radars-2077349.html

(2) https://www.la-croix.com/Economie/France/Loi-alimentation-cause-animale-enflamme-debat-2018-05-28-1200942434

(3) https://www.l214.com/video

(4) https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/abattoir-de-bourgueil-une-cooperative-qui-se-veut-exemplaire-pour-son-territoire-1459529283

Image de bannière: les Anonymes montrent aux passants, lors de la marche du 26 mai à Mâcon, les vidéos de L214 sur la maltraitance animale.

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