L’Etat et le racket des radars mobiles.

Dans mon département de Saône-et-Loire, département rural comptant environs 550 000 âmes et nettement moins dense que la moyenne française (65 hab/km2 contre 110 hab/km2), on compte pas moins de neuf radars mobiles dans des voitures banalisées  dont 4, selon le site Radars-auto.com (1), dits « radars mobiles mobiles » ou « radars de nouvelle génération » permettant le contrôle et le flash en roulant. De l’ordre de 380 radars mobiles mobiles tournent déjà en France, et de nombreux autres sont prévus.

Ces radars mobiles embarqués sont soit utilisés par des policiers ou gendarmes « banalisés » sans doute trop cons ou bourrés pour faire autre chose, soit par des sociétés privées qui embauchent des mercenaires disposés à racketter leurs concitoyens contre salaire.  Contrairement à certains radars fixes placés là où existent de vrais risques, et dont on peut accepter la légitimité d’autant que leur position est connue, voire contrairement à certains radars mobiles classiques (voiture à l’arrêt) qui peuvent être placés à des endroits à risques même si la plupart sont aussi des pièges à PV, les radars mobiles mobiles ne relèvent que d’une volonté de racket par l’Etat à l’encontre de la population.

En effet une voiture roulant sans danger sur une route dégagée à quelques km/h au-dessus de la vitesse légale ne peut être considérée comme un problème de sécurité routière. D’autant moins quand cette vitesse légale est abaissée à un niveau frisant le ridicule, baisse arbitraire visant uniquement à maximiser les revenus de ces radars en imposant une vitesse très difficile à tenir dans une voiture moderne sur une route dégagée – tellement on a l’impression de se traîner et tellement on ressent le décalage entre l’imposition des 80km/h et la réalité du terrain où l’on pourrait rouler à 90 sans risques.

Pire encore les conducteurs de ces voitures radarisées, informés de leur propre vitesse réelle par GPS, peuvent « coller » un véhicule qui les précède et ainsi pousser le conducteur à la faute si ce dernier accélère un peu trop, ne serait-ce que l’espace de quelques secondes. Autre astuce, rouler un poil en deçà de la limite autorisée, obligeant ainsi la voiture suiveuse à dépasser la voiture radar en accélérant et paf, dans la boîte.  J’imagine que les enfoirés au volant de ces voitures doivent bien rigoler à ce petit jeu, et les sociétés qui les emploient toucher de jolies commissions.

Au-delà des questions légalo-légales voire constitutionnelles qui découlent (ou devraient découler) de la mise en oeuvre de systèmes de punition automatique aux mains de mercenaires sous couvert de légitimité de la puissance publique, se pose surtout la question de fond: quel est le but? Car en effet si le but est uniquement mercantile, ce qui semble être le cas, il s’agirait en fait d’une taxe déguisée. Pourquoi, alors, ne pas faire une taxe légale, comme par exemple l’était la vignette automobile? Elle tomberait automatiquement, ne nécessiterait pas tout le matériel et le personnel (donc les coûts importants) associés au fonctionnement des radars embarqués, et on la paierait – certes à contre-coeur – sans pour autant se retrouver dans la catégorie « délinquance » associée au fait de recevoir un PV.

Cette taxe déguisée sous couvert de « sécurité routière » est de plus illégitime voire illégale du fait que, toutes choses par ailleurs égales, tout le monde n’y est pas soumit. En effet seuls les gens se faisant flasher paient alors que beaucoup d’autres passent encore entre les mailles du filet. Elle est aléatoire, vous payez ou pas selon que vous vous trouvez ou non au mauvais endroit au mauvais moment. Elle est imprévisible vu que vous ne savez pas à l’avance à quelle vitesse précise vous serez flashé. Et elle peut avoir des conséquences tout à fait dramatiques selon que vous avez plus ou moins de points sur votre permis (on estime à 600 000 le nombre de gens roulant sans points sur leur permis…), que vous avez plus ou moins besoin de votre voiture pour vivre, et que vous avez plus ou moins les moyens de payer l’amende.

Une taxe déguisée et arbitraire basée sur un rapport de force a un nom, cela s’appelle un racket. Un racket organisé par l’Etat qui n’ose pas annoncer qu’il impose en réalité une taxe de plus aux automobilistes (le prix du carburant étant déjà composé à 60% de taxes), et qui utilise les profits de ce racket pour financer ce que bon lui semble – à commencer par les fabricants de radars et les sociétés de mercenaires qui doivent bien verser quelques rétro-commissions à des fonctionnaires et politiques bien placés.

Sur le prévisionnel de 1,230 milliards d’euros que rapporteront les radars en 2019, 340 millions sont budgétés au poste « Radars » (2). Belles commissions en perspective. 452 millions d’euros iront au désendettement de l’Etat, dont 92 millions proviennent directement des amendes radars. Chiffres validant ainsi le côté impôt déguisé de cette opération, le désendettement de l’Etat n’ayant rien à voir avec la sécurité routière qui est pourtant la raison invoquée pour la mise en place des radars en premier lieu.

La croissance rapide de ces chiffres depuis 2012 est aujourd’hui boostée par le passage à 80 km/h et la mise en oeuvre des radars mobiles « privatisés », qui fonctionnent huit heures par jour au lieu des deux heures /. jour des radars de police ou gendarmerie. C’est une poule aux œufs d’or à croissance quasi éternelle vu qu’il suffit de rajouter des radars et complexifier les régimes routiers. Quand on passe tout le temps de 30 à 50 à 70 à 80 à 90, à 110 et retour en sautant aléatoirement l’une ou l’autre case il faut avoir le regard bien acéré pour ne pas louper un panneau. On en arrive à scruter le côté de la route et le compteur de vitesse avec bien plus d’attention que les voitures devant nous.

Cette affaire de racket est représentative d’un Etat géré par des mercenaires sans honneur, des arrivistes plus ou moins corrompus placés à la tête de ministères dans le but essentiel d’enrichir leurs amis. C’est une situation que l’économiste James Galbraith décrivait déjà en 2008 au sujet des USA dans son livre « L’Etat Prédateur »: la subversion des institutions publiques au profit d’intérêts particuliers (3). Huit ans plus tard la réaction du public américain à été violente, permettant l’élection d’un Donald Trump sur une promesse de tout casser. Il ne faudra pas s’étonner si la même chose arrive ici.

 

Notes:

(1) http://www.radars-auto.com/emplacements/saone-et-loire/radars-embarques/

(2) http://www.radars-auto.com/actualite/actu-radars-general/les-recettes-record-des-radars-participent-toujours-plus-au-desendettement-1455

(3) https://zerhubarbeblog.net/2010/05/16/letat-predateur/

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One comment

  1. Article intéressant et documenté sur la sécurité routière: https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/80km-h-sur-les-routes-200410

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