Le combat de Gabriel Dufils, petit paysan.

Voici l’intégralité de la lettre ouverte du comité de soutien de Gabriel Dufils, petit éleveur bio dans l’Eure. Je la publie ici car elle fait écho à l’affaire Jérôme Laronze, point de départ d’un précédent article intitulé « Avis de mort par bureaucratie » (1). L’éleveur a récemment tenté de faire régulariser cette situation kafkaïenne, en vain (2). Ce cas a également fait l’objet d’une émission sur France Inter, ce 13 octobre, intitulée « Le petit paysan, l’administration et l’agrobusiness » (3).

En ces temps où l’instrumentalisation politicienne du judiciaire par le pouvoir exécutif se fait sans mettre de gants, il ne faut pas perdre de vue que l’instrumentalisation des administrations au bénéfice des amis du pouvoirs (ici le lobby de l’agriculture industrielle, mais aussi le lobby pharmaceutique dans le cas des onze vaccins obligatoires (4), ou encore le racket routier (5)) est un cancer social au moins aussi grave, et dont le stade terminal est une dictature qui refuse de dire son nom.

Ce type de situation doit nous obliger à faire face à une question centrale: où mettre la limite entre le dogmatisme bureaucratique ancré à l’origine dans l’intention louable de protéger les populations à travers la traçabilité des produits agricoles, et la nécessité de préserver l’essence de l’humanité, ce mélange honni des technocrates fait de beauté, de liberté et d’un peu de risque. Et concernant ce dernier, je recommande d’ailleurs vivement la lecture de l’Eloge du risque, de feu Anne Dufourmantelle.

Liberté pour la ferme et les vaches de Gabriel Dufils.

Gabriel Dufils est paysan (en agriculture biologique) par sa ferme et son art de vivre depuis plus de 40 ans. Sa ferme comporte 5 hectares dont 4 hectares en prairie pour élever, en temps normal, 2 vaches jersiaises et leurs 3 descendants, (5 bovins, le maximum que peut contenir sa ferme), dont il utilise le lait pour fabriquer yaourts et fromages, 30 ares en maraîchage, des arbres fruitiers dont il fait du jus de pommes et du cidre : toute sa production est vendue sur le marché local. Un havre de paix et de poésie subsiste encore dans l’Eure.


L’administration agricole a pourtant décidé, il y a plus de 7 ans, que cela ne pouvait pas continuer. En effet, à l’issue d’un contrôle effectué en juin 2011 par des agents de la DDCSPP de l’Eure (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) son troupeau est bloqué parce que les boucles ne sont pas encore mises sur les oreilles des 3 plus jeunes. Il faut donc les abattre.
En 2016 le Conseil d’État annulera les décisions de la DDCSPP de l’Eure car le contrôle est invalide. (pas de vérifications, aucune conclusion insatisfaisante exposée, aucun compte rendu de contrôle n’a été rédigé, à aucun moment Gabriel Dufils n’a pu présenter ses observations, etc…)
Les trois bovins sont sauvés de l’abattoir mais la DDCSPP de l’Eure retient les cartes d’identité, le troupeau reste paralysé, troupeau qui s’est agrandi pendant que Gabriel Dufils tentait, par voie judiciaire, de faire reconnaître ses droits.
En effet, les administrations agricoles, par l’intermédiaire des normes de traçabilités (respectées par Gabriel Dufils) et par l’exercice abusif de leur pouvoir se donnent des prérogatives afin d’éliminer des fermes et notamment celle de Gabriel Dufils car elles font tâches dans le paysage agro-industriel d’aujourd’hui.
Le nombre d’agriculteurs conduit au suicide, même dans la région prouve un malaise sérieux.
L’acharnement dont l’administration agricole fait preuve auprès de Gabriel Dufils, depuis 7 longues années, est d’autant plus frappante qu’elle n’a de cesse d’user de tous les stratagèmes possibles (tests génétiques non communiqués, abus de pouvoir, intimidations, humiliations, destruction des denrées sur le marché…) pour ne pas permettre à Gabriel Dufils de continuer son activité dans la sérénité.
Aujourd’hui, la ferme de Gabriel Dufils est un bagne en terme de charge de travail (16 bovins sont présents sur sa petite ferme) car le troupeau est toujours immobilisé par l’administration.
Il est aujourd’hui, plus que nécessaire, de libérer les vaches de Gabriel Dufils et par la même, lui et sa famille dont la situation économique et de santé sont devenues très préoccupantes.
Cette situation n’est malheureusement pas un cas unique. L’assassinat de Jérôme Laronze, éleveur bovin en Saône et Loire, par les « forces de l’ordre » au printemps 2017, à la suite d’un acharnement administratif similaire à celui subi par Gabriel Dufils et sa famille, a permis à beaucoup d’agriculteurs de rompre le silence et leur isolement. Grâce à ces paroles, un système normatif apparaît au grand jour avec sa véritable fonction : non pas protéger l’intérêt général et la sécurité de l’alimentation, mais éliminer les petites fermes et accélérer l’industrialisation de l’agriculture.

Soutenir Gabriel Dufils et sa famille, c’est donner une chance aux volontés paysannes de ne pas être définitivement anéanties par l’industrialisation de la vie sur terre.

Notes:

  1. https://zerhubarbeblog.net/2018/10/02/avis-de-mort-par-bureaucratie/
  2. https://www.paris-normandie.fr/region/l-eleveur-gabriel-dufils-se-voit-opposer-une-fin-de-non-recevoir-apres-avoir-investi-les-locaux-de-la-ddpp-d-evreux-CD13987849
  3. https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court/comme-un-bruit-qui-court-13-octobre-2018
  4. https://zerhubarbeblog.net/2017/07/05/sur-vaccination-le-lobby-pharma-en-marche-avec-edouard-philippe/
  5. https://zerhubarbeblog.net/2017/07/05/sur-vaccination-le-lobby-pharma-en-marche-avec-edouard-philippe/

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