Ce 17 novembre, voir la vie en gilet jaune.

J’ignore ce qu’il va se passer dans quelques jours lors des manifestations de blocage auxquelles appellent les organisateurs des « gilets jaunes », manifestations d’ores et déjà interdites par les autorités. Par contre je vois bien comment le sujet divise. Il suffit de regarder les réactions conflictuelles de nombreux « amis » croisés « en vrai » et – surtout – sur les réseaux sociaux, du nombre non négligeable de voitures arborant un gilet jaune derrière le pare-brise pour se rendre compte que l’enjeu politique, social, économique et écologique est réel.

Pendant 30 ans les gouvernements français ont activement fait la promotion des véhicules diesel pour tout un chacun, le parc diesel français étant de loin le plus grand (en proportion du parc total diesel + essence + autres) de tout pays comparable. Une raison initiale pour ce développement a pu être l’idée que le diesel polluait moins que l’essence, mais cela fait bien longtemps que le problème des particules fines issues du diesel est reconnu. Qu’il faille réduire la consommation de diesel, et la consommation de carburants tout court, est aujourd’hui une évidence que partage la plupart des gens des deux côtés de la barricade des gilets jaunes, mais la manière d’y parvenir, elle, est loin de faire l’unanimité.

Pour ceux et celles qui bénéficient de revenus confortables, pour les cadres, hauts fonctionnaires et ministres qui se font rembourser leurs frais de déplacements par les boîtes ou le trésor public, pour les urbains et notamment les parisiens qui se déplacent essentiellement en transports en commun et qui, en plus, souffrent particulièrement de la pollution, pour ceux et celles qui se déplacent plus souvent en avion qu’en bagnole, bref pour tous ceux et celles sur lesquelles le prix du carburant n’a guère d’impact mesurable il est évident que les gilets jaunes représentent une menace, des égoïstes sans conscience manipulés par les populistes de tous bords et qu’il convient de traiter comme les grosses merdes qu’ils sont.

Pour ces « merdes » par contre, qui souvent habitent en zone rurale sans autres moyens de transport que leurs voitures, qui ont de plus faibles revenus et doivent rouler sur d’importantes distances pour aller au boulot ou faire leurs courses, qui souffrent moins de la pollution liée au diesel du fait de la faible densité de population en dehors de zones urbaines, pour tous ces gens le fait de changer brutalement un système établi de longue date sur base du diesel, qui plus est selon des arguments de « financement de la transition écologique » très discutables, et de manière à leur en faire porter l’essentiel de l’effort via l’augmentation artificielle du prix du diesel, est parfaitement inacceptable.

Après avoir bien graissé la patte des plus riches via la fin de l’ISF, après avoir vendu au rabais les autoroutes françaises, les voies de circulation les plus sûres, à des « amis » qui en font un véritable racket, la clique macronesque cherche à se reverdir les pompes via l’alignement fiscal entre essence et diesel. Son argument est que c’est absolument nécessaire dans le cadre de la transition écologique, mais qu’est ce qui est absolument nécessaire? Gagner plus d’argent via les taxes sur les carburants, ou réduire la consommation réelle de carburant? On pourrait penser que l’urgence écologique serait de réduire la consommation, seule chose qui compte in fine, mais comme pour l’affaire des radars mobiles (1) il n’en est évidemment rien.

D’abord, ceux qui n’ont pas de soucis d’argent rouleront tout autant. Ensuite, ceux qui ont des soucis d’argent et qui tombent dans les critères d’aides mis en place par l’Etat…. et bien rouleront tout autant vu que les aides doivent compenser plus ou moins la hausse des prix. Pour les autres qu’ils se démerdent mais, si diminution de consommation il y a, elle sera tout à fait marginale car la plupart des gens financièrement serrés ne roulent pas pour le plaisir mais par obligation. Certes on peut faire un peu plus de covoiturage, certes on peut décider de ne pas aller au cinéma le samedi soir car c’est encore 40 km aller-retour, mais tout cela reste marginal.

Ensuite, l’argent récolté via les taxes ne va qu’en partie à l’effort de transition énergétique. Sur les 33,8 milliards que ceci rapporte à l’Etat, 7,2 milliards sont fléchés « environnement » mais le reste va dans le budget commun, c’est un impôt comme un autre. Faut bien compenser les pertes liées à l’ISF.

Le discours sur la nécessité écologique est donc parfaitement démagogique: argent facile pour l’Etat, sans réelles conséquences écologiques positives, et pénalisant largement les populations plutôt rurales qui roulent beaucoup car tout est loin depuis la fermeture, par ce même Etat, des bureaux de poste, des écoles, des hôpitaux qui structuraient cet espace.

Qui plus est, le pouvoir Macro-démago ne pénalise pas les vecteurs de pollution inutile. Le libre-échange fait que les fruits et légumes importés par avion ou par bateau, souvent vendus moins chers que la production locale, peuvent se permettre une empreinte carbone quasiment pas taxée.

J’ai vérifié, un boeing 737 typiquement utilisé par Ryanair consomme, sur un trajet Charleroi-Budapest, de l’ordre de 50 litres de kérosène par passager, 100 litres pour un AR. A 1,50 euro le litre, rien que le coût du carburant serait de 150 euros par personne s’il était taxé comme le diesel ou l’essence. Or le billet AR, avec le carburant, l’amortissement de l’avion, le salaire de l’équipage et tous les frais généraux, n’est que de 50 euros. Cherchez l’erreur. Idem pour les gros navires qui carburent au fuel lourd. Certes aviation et trafic maritime représentent globalement moins que le parc auto+camion, mais ce n’est pas négligeable non plus alors pourquoi une telle différence de traitement?

En conclusion, autant je comprends que les gens pas ou peu touchés par le prix des carburants puissent se draper dans une indignation très écologiquement correcte face à la grogne des gilets jaunes, autant je suis évidemment d’accord avec le principe d’une réduction effective de notre consommation globale de carburant, autant la démagogie gouvernementale, l’injustice de ce retournement de politique qui pénalise tout particulièrement une partie de la population, l’inefficacité de cette prise d’otage fiscale sur la consommation réelle alors que tant de choses intelligentes pourraient être mises en place, font que je soutiens le mouvement des gilets jaunes même s’il déborde ici et là du strict cadre du prix des carburants, même s’il est récupéré ici et là par des mouvances politiciennes opportunistes.

Sources: Afin de ne pouvoir être accusé d’user de sources biaisées voir négationnistes, les données viennent d’un article des Décodeurs du Monde publié le 5 novembre sous le titre »Prix du carburant: un débat pollué par des intox »: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/05/le-debat-sur-le-prix-des-carburants-pollue-par-des-intox_5379195_4355770.html

(1) https://zerhubarbeblog.net/2018/10/10/letat-et-le-racket-des-radars-mobiles//

8 comments

  1. Les gilets jaunes sont un beau mouvement uni par le désir de faire reculer un gouvernement macron qui s’est malheureusement illustré par une accumulation de nuisances et d’injustices.Notre dignité retrouvée est à portée de main contre un pouvoir qui en est désormais privé.

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