Conscience et synchronicité.

En voilà un joli titre New Age tendance développement personnel pour chasseurs de bonheur quantique! Que nenni pourtant, il s’agit ici d’une proposition de lien entre deux questions très concrètes et étudiées par la science contemporaine, à savoir la nature de la conscience et le phénomène physique de la synchronicité. Synchronicité (ou synchronie) à comprendre ici au sens où des lucioles se synchronisent entre elles pour clignoter en phase, ou encore au sens où des planètes synchronisent leurs orbites.

Ce blog contient quelques article sur l’épineux sujet de la nature de la conscience, par exemple « Le dur problème de la conscience » (1) où l’on se pose la question de comment un tas de neurones humides arrive à développer une conscience de lui-même, et où je présente la théorie des agents de conscience du Pr David Hoffman. 

Cet article-ci est basé sur des travaux parallèles à ceux de Hoffman, par Tam Hunt de l’Université de Californie à Santa-Barbara (2) qui postule, dans la foulée d’autres chercheurs et philosophes tels Alfret North Whitehead (3) et David Ray Griffin (4), qu’il existe des « sujets simples » qui seraient les constituants fondamentaux de la matière et de la conscience (Hunt utilise le terme d’esprit ou mind plutôt que conscience, mais ici cela revient au même). Matière à l’extérieur et esprit/conscience à l’intérieur, chaque sujet simple étant un objet pour les autres sujets, et chaque sujet oscillant entre son aspect matière et son aspect conscient. Cette approche est aussi connue sous le terme de panpsychisme.

A partir de ces sujets simples se créent des sujets complexes au sein d’une hiérarchie de complexité croissante, et le sentiment de réalité vient de cette oscillation permanente entre matière et conscience. Oscillation qui implique une réalité temporelle, le temps ne pouvant plus être perçu comme un artefact, une simple perception sans réalité concrète mais bien comme un élément fondamental de la réalité. Ceci peut sembler évident mais, en physique, la réalité du temps est un vrai sujet de débat (5).

Partant de cette hypothèse de sujets simples faits de matière et de conscience, se pose la question de comment se forment ces sujets complexes – nous, par exemple. C’est ce que Hunt appelle le « problème de combinaison » ou combination problem, et qui peut se poser ainsi: comment expliquer en même temps la notion d’expérience (le fait d’être conscient) et l’appareillage physique qui permet à cette expérience d’exister. Les approches purement matérialistes se focalisent sur le second aspect, partant du principe que la notion d’expérience, donc de conscience de soi, découle à un moment donné de la complexité de l’appareillage physico-chimique de notre système nerveux. Problématique présentée ici dans l’article « A la recherche du code neural » (6).

La réponse de Hunt et de son collègue professeur de psychologie Jonathan Schooler est le principe vibratoire – les bonnes vieilles vibrations. Tout, fondamentalement, est fait de vibrations au sens où tout, fondamentalement, est issu de champs électromagnétiques, gravitationnels et quantiques. Une particule existe au sens où une vague se crée et se déplace sur un lac, une vibration associée à une certaine énergie et à une certaine fréquence (7). Un mode vibratoire particulier s’appelle la résonance, une oscillation entre deux états avec une fréquence particulière, et qui « résonne » avec un autre élément. Le cas classique de la chanteuse qui fait exploser un verre de cristal. Et c’est la communication entre ces oscillations qui génère de la synchronicité, autrement dit de l’auto-organisation spontanée. C’est le cœur de l’argument.

Dans le cas des lucioles par exemple, chaque luciole possède un métronome interne qui tourne avec une grande précision et fait que la luciole clignote à un rythme précis. Quand plusieurs lucioles se retrouvent brusquement au même endroit, elles clignotent d’abord en parfaite désynchronisation mais elles se coordonnent en quelques instants, chacune s’adaptant au timing de sa voisine. Des îlots synchrones se forment d’abord ici et là au sein de l’espace occupé par les lucioles, avant d’arriver à la synchronisation complète du groupe.

De même, un laser fonctionne sur le principe de la synchronisation des photons, et la Lune est synchronisée avec la Terre avec pour effet que nous en voyons toujours la même face. Ces exemples sont donnés par le mathématicien Steven Strogatz qui s’est spécialisé dans ces questions de synchronicité, publiant un livre en 2003 intitulé « Sync, comment l’ordre émerge du chaos dans l’Univers, la Nature et la vie de tous les jours » (8).

Strogatz a pu démontrer mathématiquement que pour tout ensemble de sujets dotés d’oscillateurs (ou métronomes) internes fonctionnant à des fréquences comparables et reliés par quelque chose (une lumière, un champ gravitationnel, des habitudes communes), on obtient à terme la synchronisation de l’ensemble. Des femmes qui vivent ensemble ont tendance à synchroniser leurs règles, et l’épilepsie est causée par la décharge synchronisée de millions de neurones. Selon Strogatz, tous ces phénomènes ont en commun un principe d’auto-organisation qui est décrit mathématiquement, et ce principe est au cœur de la matières à toutes ses échelles, des photons à la dance des galaxies en passant par les lucioles et les étourneaux.

Dans le même ordre d’idée, le neurophysicien Pascal Fries (9) a analysé les relations entre certains motifs de synchronisation dans le cerveau et le type de conscience que cela induit. Ce serait cette capacité qu’ont les neurones à se synchroniser qui les rends efficaces, bien plus qu’ils ne le seraient si chacun se déchargeait indépendamment de ses voisins.

Hunt et Schooler récupèrent toutes ces données, d’un côté le panpsychisme associant une face consciente et une face matérielle à chaque sujet, de l’autre l’existence au sein de toute matière de métronomes, pour développer une réponse au problème de combinaison entre une multitude de sujets simples pour arriver à un sujet complexe – genre, nous.

Leur principe est que les liens (au sens de liens permettant la synchronisation) qui permettent l’existence d’une conscience développée, telle la nôtre, résulte de la résonance entre les éléments qui nous constituent, et ainsi étage de complexité par étage de complexité. On passe ainsi de l’atome à la molécule à la cellule à l’organe etc… La taille du sujet complexe est déterminée par la vitesse des ondes de résonance, chaque sujet ayant une taille correspondant à la vitesse à laquelle ces ondes se propagent. De plus, plus cette résonance se propage vers d’autres sujets, plus l’entité qui en résulte croit en complexité (10).

Illustration relative à la conscience humaine, la complexité est plus grande (ou la conscience plus élevée) sous un régime d’onde gamma que sous ondes alpha et béta, et ceci est relié au fait que beaucoup plus de neurones sont impliqués dans les ondes gamma que pour les autres.

Cette théorie de la conscience par résonance se propose d’apporter des réponses aussi bien aux questions physiologiques que philosophiques de la nature de la conscience. A la base et selon l’hypothèse du panpsychisme, conscience et matière sont les deux faces d’une même pièce. Cela est déjà quelque part un acte de foi irréconciliable avec le matérialisme classique, mais comme le disait Schopenhauer « Le matérialisme est la philosophie du sujet qui oublie de se prendre lui-même en compte ».

C’est également un principe très proche de celui des monades de la Grèce antique, repris  par Liebniz au 17ème siècle: Tout être est soit une monade soit un composé de monades. Quant à leur nature, les monades sont des substances simples douées d’appétition et de perception. Quant à leur structure, ce sont des unités par soi, analysables en un principe actif appelé « âme », « forme substantielle » ou « entéléchie », et en un principe passif, dit « masse » ou « matière première » (11).

L’impasse matérialiste ouvrant (ou ré-ouvrant) la porte à des approches plaçant le principe conscient, c’est à dire capable d’expérience et de distinction entre sujet (soi) et objet (l’autre), la recherche menée par des scientifiques tels Hunt et Schooler, Hoffman, Chalmers et bien d’autres va peut-être mener à une prise de conscience – c’est le cas de le dire – de la nature d’un Univers qui ne serait plus un générateur d’entropie laissant accidentellement place ici et là à quelques îlots de complexité consciente, mais un ensemble ontologiquement conscient. Conscient de quoi et dans quel but si but il y a, c’est une autre affaire.

Notes:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2018/03/13/le-dur-probleme-de-la-conscience/

(2) https://www.researchgate.net/profile/Tam_Hunt

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_et_r%C3%A9alit%C3%A9

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Ray_Griffin

(5) https://www.pourlascience.fr/sd/physique-theorique/le-temps-est-il-une-illusionnbsp-6184.php

(6) https://zerhubarbeblog.net/2016/03/25/a-la-recherche-du-code-neural/

(7) https://www.symmetrymagazine.org/article/july-2013/real-talk-everything-is-made-of-fields

(8) https://www.hachettebookgroup.com/titles/steven-h-strogatz/sync/9781401304461/

(9) http://www.esi-frankfurt.de/research/fries-lab/

(10) https://theconversation.com/could-consciousness-all-come-down-to-the-way-things-vibrate-103070

(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Monade_(philosophie)

 

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