Brexit Poker 7 – L’Amendement Chagrin.

Le Parlement britannique vient de voter en faveur de l’amendement Grieve, ou amendement « chagrin » si l’auteur dudit amendement ne s’appelait pas Dominic Grieve.

Reste que l’humour anglais, c’est quand même génial car cet amendement implique que si le vote prévu sur le plan de sortie de Theresa May, ce 14 janvier, se révèle négatif (et la probabilité d’un tel résultat semble prépondérante), alors les députés britanniques obtiendront le droit de soumettre leur(s) plan(s) alternatif(s).

Chagrin pour May car, jusqu’à peu, la bataille de pouvoir entre le gouvernement de May et les députés sur le question du Brexit donnait l’avantage à May: en cas de vote négatif c’était le Brexit dur, la sortie immédiate sans conditions, événement pour lequel le gouvernement britannique se prépare activement – voir Brexit Poker 6 – Seabourne Freight (1). Gros chagrin.

Cependant les députés ont d’abord réussi à imposer à May l’obligation, en cas de vote négatif, de proposer un plan B qui soit autre chose que la sortie sans conditions. Elle devrait alors le faire endéans 21 jours, avec un vote sur cette nouvelle proposition endéans 7 jours ouvrés – sachant que la deadline se situe toujours le 29 mars. Mais à part faire chuter le gouvernement, les députés n’avaient toujours pas de pouvoir de proposition.

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, les députés ont alors réussi à faire voter le fameux amendement Grieve, 308 pour et 297 contre – à nouveau certains MPs (Members of Parliament) conservateurs se sont associés à l’opposition du Labour pour faire passer une motion de contrainte envers Theresa May.

Avec cet amendement, non seulement le délai imparti à Theresa May pour la proposition d’un Plan B est passé de 21 jours à 3 jours, mais les MPs peuvent faire des propositions de leur côté ce qui pourrait donner lieu à des plans C, D, etc… dont à ce jour personne ne semble connaître la possible teneur mais il me semble inévitable que les deux options évidentes, d’une part repousser la date de sortie du RU et d’autre part demander un second référendum, devraient faire partie des propositions.

Encore faut-il, bien sûr que les MPs votent contre le Plan A de May la semaine prochaine, et tout reste possible si elle arrive à les convaincre que la frontière irlandaise ne posera pas de problème. Côté européen en tout cas, toute tentative de renégociation de dernière minute sera reçue par un niet définitif, tout au plus May pourrait-elle peut-être obtenir quelques précisions sur ce que l’UE voudrait faire, à terme, avec cette question du Backstop irlandais.

A ceci s’ajoute l’animosité du parti nord-irlandais DUP, censé donner au gouvernement sa majorité parlementaire mais qui a annoncé qu’il voterait contre le plan de May, sans parler de celle de la Première Ministre écossaise Nicola Sturgeon, qui menace sans détours qu’en cas de Brexit l’Ecosse organiserait un nouveau vote d’indépendance. Le dernier vote, en septembre 2014, fut perdu (44% contre 56%) par les indépendantistes, mais ça c’était avant le Brexit.

La question écossaise.

Il est évident que pour l’Ecosse, tout type de Brexit serait catastrophique et ils le savent. Lors du référendum de 2016 les Ecossais ont massivement voté contre le Brexit, 62% à 38%. Le plan de May, qui privilégie l’Irlande du Nord en maintenant une pseudo-frontière avec l’UE, enfermerait l’Ecosse dans un cul-de-sac à des années-lumière de l’Europe. Un Brexit dur, encore pire. La probabilité d’un vote en faveur d’une sécession du RU, immédiatement suivi d’une demande d’adhésion à l’UE, est donc très forte.

Que ferait l’Angleterre face à une sécession de l’Ecosse, nobody knows mais vu le degré de folie de toute cette opération on ne peut pas exclure une guerre, une de plus dans une longue suite de conflits dont le premier remonte au VIème et le dernier au XVIème siècle. Côté européen par contre, difficile de dire si une telle demande serait acceptée car ce type de vote se fait à l’unanimité. Certains pays, et notamment l’Espagne, pourraient ne pas vouloir donner à d’autres régions à visées indépendantistes le moindre espoir de monter une opération similaire.

La saga Brexit va de surprises en rebondissements, tenant en haleine tout un peuple qui semble divisé à égalité entre les « pour » et les « contre » et dont les protagonistes sont le gouvernement de Theresa May, qui tient par miracle, et des députés au pied du mur à la recherche d’une porte de sortie entre un Plan A foireux, un hard Brexit potentiellement catastrophique, et la peu légitime remise en cause du choix référendaire. Prochain épisode autour du 18 janvier…

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2019/01/04/brexit-poker-6-seabourne-freight

Le « live » politique du Guardian: https://www.theguardian.com/politics/blog/live/2019/jan/09/brexit-latest-news-debate-pmqs-may-corbyn-grieve-mps-launch-bid-to-ensure-they-vote-on-plan-b-within-three-days-if-mays-deal-defeated-politics-live

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3 Comments

  1. Vincent Verschoore

    La bataille entre le gouvernement et le parlement britannique sur le Brexit: http://www.politics.co.uk/blogs/2019/01/09/parliament-is-now-at-war-with-government-and-it-s-winning

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