Brexit Poker 8 – Communes sous haute tension.

Ce mardi le projet de sortie de l’Union Européenne proposé par la Premier Ministre Theresa May fut rejeté à 2 contre 1, précisément 432 voix contre 202. Un camouflet tout à fait exceptionnel pour un gouvernement en place, mais un camouflet que tout le monde voyait venir depuis longtemps.

Seulement un tiers des parlementaires britanniques acceptent l’idée d’un soft Brexit dans lequel le RU serait tenu par des règles douanières imposées par l’UE sans pour autant avoir son mot à dire. Autant parmi les tenants du « non » au projet de May une minorité préférerait un hard Brexit, c’est-à-dire une rupture brutale à l’avenir incertain, autant cette alternative est fermement rejetée par une large majorité du Parlement.

La défaite du projet de May a mené dès le lendemain, ce mercredi donc, à une proposition de vote de censure contre Theresa May et son gouvernement, vote qui vient d’avoir lieu après une journée de débats d’une rare intensité (1). Les députés se sont visiblement rendu compte qu’ils, et elles car les femmes sont très présentes dans ce débat, sont acteurs et actrices d’un moment clé de l’histoire du Royaume-Uni.

La harangue du député travailliste et Shadow Secretary of State Tom Watson, debout à quelques pieds de Theresa May au centre de la Chambre des Communes, est à mon avis un grand moment symbolique du débat: il reconnaît la droiture, l’effort, l’abnégation, l’esprit civique de Theresa May mais en souligne ensuite l’inefficacité, l’inaptitude à négocier un accord de sortie acceptable, l’incapacité à reconnaître la défaite et la nécessité de démissionner afin de permettre au processus politique de suivre son cours.

Cette capacité britannique à gérer des moments critiques, à passer du lyrique à l’humour dans une langue riche et imagée restera, quoi qu’il arrive, un symbole de civilisation.

L’enjeu: en cas de défaite du gouvernement, de nouvelles élections et un nouveau Premier Ministre qui pourrait être le chef des travaillistes Jeremy Corbyn, mais pas pour autant de solution à la crise du Brexit vu que, même si une majorité des députés travaillistes semble en faveur d’un second référendum, Corbyn lui-même reste très ambigu à ce sujet.

Mais le gouvernement conservateur de May a gagné ce vote, certes par seulement 19 voix, et essentiellement du fait qu’en dehors de Corbyn personne ne voulait le job et que l’ambiguïté de Corbyn n’a pas convaincu. Nous en sommes donc de retour dans la logique de l’amendement Grieve (2), où Theresa May a trois jours pour proposer un nouvel accord.

Que peut-elle proposer? La crainte au centre du rejet du projet de May est le fameux backstop irlandais. Cet élément clé de l’accord entre May et l’UE stipule que la frontière entre Irlande et Irlande du Nord doit rester ouverte (afin de respecter les accords de Good Friday qui ont mis fin à la guerre civile) mais que, en contrepartie, le RU doit se soumettre aux règles douanières de l’UE, et ne peut pas se retirer sans l’accord de l’UE même après la période de transition de deux ans.

Cette provision implique, en fait, que le RU resterait à jamais otage de l’UE en matière douanière. Sa capacité à établir des accords commerciaux indépendants en serait donc fortement réduite, sans que le RU lui-même – n’étant plus membre de l’UE – puisse y changer quoi que ce soit. Ceci, bien évidement, ne peut satisfaire une majorité de MPs, qu’ils soient pro ou anti-Brexit.

Suite au vote en sa faveur, Theresa May a indiqué qu’elle continuait sur la voie actuelle d’une recherche d’un accord sur le Brexit, et qu’en cas d’impossibilité d’arriver à un accord l’option du hard Brexit restait sur la table. Ce à quoi Jeremy Corbyn a évidemment répondu que, vu l’opposition du Parlement aussi bien au Brexit de May qu’à un hard Brexit, il n’était pas possible de construire une quelconque collaboration au sein des Communes pour un Brexit acceptable tant que May n’évacuait pas définitivement toute possibilité de hard Brexit. Ce qu’elle se refuse à faire.

Prochain épisode dans quelques jours avec la présentation par Theresa May d’un Plan B. The heat is on.

Liens et sources:

(1) https://www.theguardian.com/politics/live/2019/jan/16/brexit-vote-theresa-may-faces-no-confidence-vote-after-crushing-defeat

(2) https://zerhubarbeblog.net/2019/01/09/brexit-poker-7-lamendement-chagrin/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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