Le cimetière de Bure.

Bure, petite commune de la Meuse mondialement connue pour le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à vie longue et haute radioactivité, dit Cigéo, piloté par l’agence en charge des déchets radioactifs dite Andra. C’est mon troisième passage dans ce possible futur cimetière de quelques milliers d’hectares du Grand Est français, oeuvre d’une technocratie aussi corrompue que corruptrice et objet d’articles antérieurs sur ce blog (1).

L’Andra ayant pour méthode l’achat du consentement populaire en l’arrosant d’argent public, secondée par les troupes gendarmesques associées à une justice de pacotille pour faire taire ses opposants (2), je me suis dit que vu la future destination du village on devrait sans doute y trouver un large projet d’agrandissement du cimetière local.

Le cimetière de Bure entoure la petite église située à l’entrée du village, face au fameux bois Lejuc d’où devraient, selon l’Andra, un jour jaillir les grandes cheminées d’évacuation des gaz radioactifs émis par les milliers de tonnes de déchets chauds (très chauds) en pourrissement lent à quelques centaines de mètres sous terre.

Image d’un vaste four crématoire recrachant les restes vengeurs d’une population décimée et d’un territoire rayé de la carte.

A peine illuminé par les très jolis lampadaires payés par l’Andra, le cimetière de Bure est en fait tout petit et visiblement peu touché par les largesses du lobby nucléaire. Evidemment, l’Andra a beau être peuplée de dangereux imbéciles ils n’en sont pas idiots pour autant, et se doutent bien que si l’agence avait proposé quelques centaines de milliers d’euros pour l’agrandissement du cimetière local cela aurait pu mettre la puce à l’oreille de certains.

Les tombes penchées, parfois recouvertes de feuilles tombées, semblent discuter entre elles des problèmes de surpopulation à venir. Pourtant ce n’est pas la place qui manque, le muret du fond donnant sur de vastes champs qui, si rien ne change, vivent leurs dernières années avant stérilisation définitive.

C’est alors que nous croisons un jeune homme, un agriculteur local qui vient s’inquiéter de cette paire d’étrangers rôdant au village en cette fin de journée hivernale. Nous sympathisons, il nous parle de la bérézina qui règne de temps à autre dans le patelin lors des manifestations des anti-nucléaires et la répression policière qui va avec.

Il n’aime pas trop les « antis » du fait de leur style de vie trop extrême, mais n’aime guère plus les patrouilles gendarmesques et andratesques (une milice privée de l’Andra dont les 4×4 arpentent à fond la caisse les chemins locaux à la recherche d’éventuels opposants encore en liberté), patrouilles qui ont transformé le coin en zone d’occupation et traversent les champs sans se soucier du travail agricole.

Bure-lesque si la situation n’était aussi grave.

Et justement, alors que nous discutons au bord de la route, une jeep bleue débouche du village, passe à côté de nous, s’arrête quelques secondes sans que personne n’en sorte, le temps sans doute de prendre quelques photos, puis repart vers le bois. J’ai connu pire, pour l’instant les combis de gendarmes mobiles ne stationnent pas aux entrées du village, seule la jeep fait ses rondes.

Tout est calme pour l’instant, mais selon notre interlocuteur cela risque de ne pas durer. Le « justice » française fait tout ce qu’elle peut pour casser le mouvement de contestation anti-nucléaire à Bure, mais le retour des beaux jours signalera aussi le retour des « antis » qui campent sur le petit terre-plein privé du QG des militants au centre du village, QG régulièrement dévalisé par les flics mais toujours debout. Qui campent aussi dans les quelques fermes et habitations des environs achetées par des opposants, et bien sûr également sous surveillance policière.

Le futur crématoire de Bure n’est pas encore joué. La critique de principe des anti-nucléaires est secondée par une critique technique qui dit clairement que rien ne permet de garantir le bon fonctionnement d’un tel site sur les siècles de son existence, et qu’il est aujourd’hui préférable de garder ces déchets en surface et sous haute surveillance le temps de trouver de meilleures solutions – car évidemment ces déchets vont rester même si l’on sort du nucléaire.

Cette politique de l’attente pourrait bénéficier de recherches telle celle ayant récemment mené Gérard Mourou au prix Nobel de physique: un traitement par laser permettant de réduire la radioactivité de manière massive (3). L’Andra ferait mieux de dépenser ses millions dans ce type de recherche plutôt que dans la corruption des communautés rurales et des travaux de terrassement en vue d’un vaste cimetière radioactif.

Liens et sources:

(1)

(2) https://reporterre.net/A-Bar-le-Duc-une-parodie-de-justice-contre-les-opposants-a-Cigeo

(3) https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/avec-le-laser-on-peut-reduire-la-radioactivite-d-un-million-d-annees-a-30-minutes-gerard-mourou-prix-nobel-de-physique-792642.html

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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