La 5G, point G technologique ou complot orwellien?

Après la 3G qui nous permettait de lire nos mails et surfer sur les réseaux depuis un téléphone, la 4G nous a apporté le streaming et la conversation vidéo temps réel. Avec à chaque fois nécessité de changer de matériel. Et maintenant la 5G.

D’après leurs promoteurs, la 5G c’est le nirvana en poche, c’est le point G de la sexualité mobile, c’est le streaming super haute définition, c’est la capacité à connecter des milliards d’objets « intelligents », c’est la route vers les voitures autonomes, etc… C’est aussi, bien sûr, de nouvelles infrastructure et de nouveaux – et chers – smartphones pour tout le monde. C’est surtout, pour les amateurs de la série Terminator du moins, la porte ouverte à Genisys et, comme vous le savez (ou devriez le savoir si vous voulez survivre), Genisys is Skynet.

Mais qu’est-ce donc réellement que cette 5G, et pour faire quoi?

Avant tout, contrairement à la 4G, ce n’est pas un standard mais un ensemble de trois gammes de fréquences visant des usagers différents. Le haut de la gamme, 24 gigahertz, doit permettre des débits de 1000 mégabits par seconde, 50 fois la vitesse moyenne d’une connexion 4G. Mais pour faire quoi? Actuellement la limitation de performance d’un smartphone est rarement le réseau mais le phone lui-même. Ce type de très haut débit pourrait permettre à toute une foule de recevoir le même flux en même temps, mais avec une limite de distance car plus on monte en fréquence, plus vite on perd le signal.

D’où la nécessité, pour que ce très haut débit soit accessible en dehors de certains lieux particuliers, de semer des antennes relais absolument partout, genre tous les 200m. Très coûteux, très énergivore, et sans doute dangereux d’un point de vue de santé publique mais là, vu que du point de vue officiel il n’existe pas de preuves concluantes de la nocivité de ce type d’onde à ce niveau de puissance, le problème est censé ne pas exister (1).

Sous le 24 gigahertz, la 5G offre une autre plage de fréquences dans les 3 à 6 gigahertz permettant un débit de l’ordre de 100 Mbps, 10 fois moins que la très haute fréquence mais toujours plus rapide que le 4G. Enfin la 5G basse fréquence, de l’ordre de 700 mégahertz, permettrait des débits comparables à la 4G. Cette 5G « bas débit » serait en fait une 4G bis dont le seul avantage irait aux fabricants, qui pourront ainsi obliger les utilisateurs et les opérateurs à changer de matériel pour pas grand chose en contre-partie.

Donc selon les choix que feront les opérateurs d’un pays à l’autre, les qualités de connexion seront variables et un smartphone 5G ici pourrait ne pas fonctionner sur un réseau 5G là-bas du fait que les fréquences ne sont pas les mêmes. Le 5G est en réalité une pure offensive marketing de la part des fabricants de matériel, avec des conséquences géopolitiques autant que techniques et financières.

La Chine est le premier fournisseur de ce type de matériel, infrastructure comme smartphones, et la guerre autour de Huawei (premier fournisseur mondial de 5G) entre Chine et USA (2) repose sur le fait que les fabricants, et notamment chinois et américains, ont tendance à intégrer des « backdoors », des « portes pour espions » dans leurs infrastructures afin d’épier leurs clients. Les USA interdisent donc à Huawei de vendre leur matériel aux USA, et en réponse Huawei traîne les USA en justice.

Les infrastructures des quelques fournisseurs de 5G n’étant pas compatibles entre elles, un pays qui s’équipe doit se décider sur un fabricant, c’est donc véritablement une décision stratégique avec un réel impact sur la sécurité dudit pays.

Cela dit il y a sans doute quelques applications dépendantes de la 5G: les voitures autonomes qui nécessitent une connexion fiable et rapide au système de gestion du réseau routier, des applications de contrôle industriel permettant de connecter en temps réel des centaines ou des milliers de machines sans passer par des câbles, des applications militaires genre pilotage de drones, des applications de réalité virtuelle de masse où des milliers d’utilisateurs mobiles se connectent en même temps.

La 5G permettra aussi, bien évidemment, d’augmenter de manière significative les capacités de surveillance des Etats notamment grâce aux drones et véhicules autonomes avec caméras de reconnaissance faciale. La connexion des objets de tous les jours, du frigo à la voiture en passant par la télévision et les gadgets sexuels donneront à ceux qui auront accès à ces données un pouvoir accru de modélisation et de prédiction de nos moindres faits et gestes, donc de capacité de manipulation.

D’autant que la facture écologique va être sévère. Le numérique est très gourmand (de l’ordre de 10% de la production énergétique mondiale aujourd’hui, en progression exponentielle) et la 5G va nécessiter encore plus de puissance. L’empreinte écologique du matériel technologique, notamment les batteries et les écrans, est catastrophique (3).

Les initiatives anti-5G ne manquent pas, bien évidemment (4), mais le sujet est loin de faire les Unes médiatiques. On parle beaucoup plus des partouzes géantes en réalité virtuelle, des voitures qui conduisent toutes seules et de l’inévitable « progrès » que constitue la 5G sans trop s’attarder sur le pourquoi, sur l’impact environnemental et sur les risques inhérents à la mise en oeuvre de cette technologie. Il est temps de s’informer.

N’oubliez pas, Genisys est Skynet et il a besoin de la 5G.

Liens et sources:

(1) https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/15/le-developpement-de-la-5g-est-il-dangereux-pour-la-sante_1709354

(2)

(3) http://www.up-magazine.info/index.php/transition-numerique/transition-numerique-2/8115-technologies-du-numerique-la-facture-environnementale-s-emballe

(4) http://www.alterinfo.net/Petition-avant-le-1er-decembre-2018-contre-la-5G-qui-exposera-tout-le-monde-a-beaucoup-plus-de-transmissions_a143065.html

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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