De quoi la transition écologique devrait-elle être le nom?

Affaire du siècle, Greta Thunberg, Marche du siècle pour le climat, Extinction Rebellion, , énergies renouvelables avec ou sans le nucléaire… La est un vaste fourre-tout dans lequel chacun.e met un peu ce qu’il ou elle veut, où chaque pays décide de politiques énergétiques qui, même à l’opposé les unes des autres, se justifient par « la transition énergétique », principale sous-catégorie de la .

En France la transition écologique (T.E.) est généralement définie comme suit:

Aller vers un modèle énergétique qui permette de satisfaire de manière durable, équitable et sûre (pour les hommes et leur environnement) les besoins en énergie des citoyens et de l’économie française dans une société sobre en ressources naturelles, en énergie et en carbone


https://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_%C3%A9cologique

On voit ici que la production d’énergie est bien au centre des débats, mais le concept de T.E. intègre évidement d’autres aspects tels la transition agricole de l’industriel vers le soutenable type permaculture, la transition alimentaire qui découle des deux précédentes, la limitation des déplacements notamment aériens (1), la question de l’impact écologique du numérique qui consomme aujourd’hui 15% de la production d’électricité, etc…

Nos vies modernes dépendent en grande partie de l’accès à l’énergie, et donc du prix de l’énergie. La dérégulation en vogue depuis quelques décennies, aujourd’hui associée à la notion de prix du carbone (ou ), fait flamber ces prix. Le vieil argument de la concurrence visant à faire baisser les prix, par une meilleure productivité, face aux monopoles d’Etat inefficaces, a montré ses limites: le marché concurrentiel est en réalité une oligopole où quelques grands groupes font la loi et ne visent qu’une chose, la maximisation de leurs profits. Quitte à faire appel à l’argent public quand rien ne va plus…(2)

Selon les projections plus ou moins officielles cette montée des prix va continuer pendant encore longtemps, plus ou moins fortement selon le mix entre fossile, nucléaire et renouvelables mais, selon la logique économique, cette montée des prix aura l’effet bénéfique de nous obliger à réduire notre consommation et, argument définitif, à combattre le réchauffement climatique.

C’est l’argument en faveur des taxes sur les carburants et c’est en même temps le point de départ du mouvement des Gilets jaunes (3): le mode de vie périurbain ou rural, du fait de la voiture et de l’habitat plus ou moins isolé (dans les deux sens du terme), est gourmand en énergie et les budgets des ménages sont insuffisants pour faire face à cette taxe supplémentaire – de plus couplée à la « taxe » radars visant essentiellement la même population (4).

Ce qui nous amène à l’ambiguïté suivante: du fait de l’inélasticité de la demande en énergie, la montée des prix sert avant tout à renflouer les caisses de l’Etat et à maximiser les bénéfices de la filière énergétique, sans effet réel sur la consommation ni la production de GES, alors que c’est précisément la réduction des émissions de carbone qui est au centre de tout l’argumentaire des COP et du slogan « sauvons le climat ».

Force est alors de constater que les mouvements idéologiques « pro-climat » sont en réalité les idiots utiles du cynisme industriel et gouvernemental: si ces derniers croyaient effectivement que l’Humanité est en danger de mort du fait d’un réchauffement climatique nourrit essentiellement par les émissions de carbone issues de l’activité humaine, des mesures drastiques visant à un changement de société à la hauteur des enjeux serait proposés depuis longtemps.

Pourtant ce n’est pas le cas et donc, alors qu’ils sont à priori bien renseignés par le GIEC, soit ils n’y croient pas soit ils s’en foutent (5) et il est vital pour nous, société civile, de poser un regard non idéologique sur cette question: quel est, en réalité, le problème? Qu’est ce qui relève de la croyance ou de la manipulation plutôt que de l’examen rationnel? De quoi la transition écologique devrait-elle réellement être le nom?

Il est très difficile de faire le tri entre l’information objective et l’information orientée, le cynisme des uns et la prise d’otage moraliste des autres, l’instrumentalisation politicienne ici et la catastrophe réelle là-bas. « Sauver le climat » n’a aucun sens car on ne peut « sauver » le climat pas plus que l’on ne peut « sauver » la planète, tout au plus peut-on tenter de sauver un écosystème – le nôtre – qui ne survivrait pas à un certain niveau de changement climatique.

Mais que veut-on sauver, précisément? La réponse diffère fortement selon les gens à qui l’on pose la question, ce qui en fait une affaire politique avant tout: si l’on se sent globalement bien adapté au système actuel, la transition écologique se limite à la mitigation des impacts négatifs qu’un environnement en mutation risque d’imposer à ce système.

Les plus riches consommant et émettant jusqu’à 40 fois plus de GES que les plus pauvres pour un taux de taxe carbone 4 fois inférieur (6), il est évident que les premiers n’ont aucune intention de se mettre au niveau des seconds, et qu’ils ont tout intérêt à ce que les pauvres restent pauvres afin de compenser leur propre surconsommation.

C’est précisément le principe du néolibéralisme, en vogue depuis au moins 40 ans et dont le moteur, outre la prédation à outrance, est l’accroissement des inégalités, la séparation de plus en plus totale entre ceux qui sont « dedans » et ceux qui sont « dehors », entre ceux qui réussissent et « ceux qui ne sont rien » (7).

Les seconds par contre, dont l’empreinte est comparablement faible à titre individuel mais qui paient le plus lourd tribut environnemental, entendent maintenir et si possible augmenter leur propre niveau de vie matérielle et estiment que c’est aux riches de se préoccuper des problèmes climatiques.

Entre les deux existe une forme de classe moyenne pas vraiment pauvre mais proche de la ligne (des gilets) jaune, qui voit que c’est par là que le système la pousse. Cette classe prend conscience de la nécessité d’un changement de système qui, aujourd’hui, utilise la menace climatique pour l’enfoncer encore plus par la pression fiscale et l’imposition de normes « écologiques ». Un système qui pénalise, au nom de la transition écologique, chaque kilomètre fait en voiture par ceux et celles qui n’ont guère de choix, mais qui permet à ses bénéficiaires de faire des dizaines de milliers de kilomètres en avion à bas prix avec une empreinte écologique catastrophique (8).

Pire encore que la question de ce qu’il convient de « sauver », la question de « sauver de quoi ». Pas un jour sans que l’on entende parler d’une nouvelle menace liée au réchauffement climatique: disparition de la biodiversité, fonte des glaciers, échappement de méthane et autres gaz à effet de serre lié au dégel des steppes du Grand Nord, acidification des océans bref, tout y est et tout semble vrai. D’où un sentiment d’horreur mêlé d’impuissance car tout ceci doit avoir une cause et la cause, nous dit-on, c’est nous-même.

La technique « culpabiliste » de contrôle social consistant à persuader les gens qu’ils sont la cause de leur propre malheur est vieille comme le monde. C’est le modèle de base des religions (qui nous sauvent de nous-mêmes) comme du libéralisme de marché (le marché nous sauve de notre égoïsme naturel en faisant en sorte que la somme des égoïsmes individuels mène à la société optimale).

Je ne reviens pas ici sur les arguments qui peuvent pousser à prendre l’argument anthropique avec des pincettes (voir 5 et autres articles sur le C02) mais il n’empêche que si nous avions plus de certitudes sur ces aspects il serait plus aisé de prendre des mesures efficaces. Le simple fait que les institutions, les gouvernements, le G20, l’ONU ne proposent pas de solutions efficaces en relation avec l’hypothèse (pour beaucoup, la certitude) d’un lien prépondérant (ce mot est important) entre l’activité humaine et tous les symptômes d’un dérèglement climatique est, en soi, l’illustration d’un manque de foi.

Nous avons besoin d’un vrai débat public sur la question des causes et des conséquences. C’est ainsi qu’en ayant répondu aux questions sur ce qu’il convient de sauver, et le sauver de quoi, nous pourrons peut-être répondre à la question du comment.

Certes certaines réponses à cette dernière question existent déjà et sont relativement indépendantes de la question sociale ou anthropique: limiter la pollution en général notamment via les transports inutiles, ne pas manger de fraises l’hiver, recycler, bref des centaines de choses qui sont nécessaires de toute manière si l’on veut que la Terre supporte demain 10 milliards d’humains.

Tout cela est nécessaire mais pas suffisant et il y aura une adaptation de l’humanité aux changements qui s’annoncent. A nous de voir si nous voulons la subir via des guerres et des catastrophes, ou si nous voulons la gérer en en comprenant les tenants et aboutissants.

Liens et sources:

(1)

(2)
https://www.challenges.fr/entreprise/energie/edf-l-etat-feu-vert-renationalisation-nucleaire_653442

(3)

(4)

(5)

(6)
https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2018/11/20/en-france-les-tres-riches-emettent-40-fois-plus-de-carbone-que-les-pauvres-mais-les-pauvres-paient-plus-de-4-fois-plus-de-taxe-carbone-en-de-leurs-revenus

(7)

(8)
https://usbeketrica.com/article/climat-faut-il-taxer-ou-boycotter-l-avion

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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