Iran, USA, pognon et pétrole.

Quelque chose ressemblant à la provocation du golfe du Tonkin d’août 1964, où les américains inventèrent une attaque nord-vietnamienne afin de justifier leur entrée en guerre officielle au Vietnam (1), se joue en ce moment dans le golfe Persique.

Le week-end dernier quatre pétroliers subissaient des « actes de sabotage » non revendiqués, événements qui surviennent juste après le déploiement par les USA d’un porte-avion et de bombardiers B-52, et l’annonce d’un déploiement de porteur de véhicules amphibies et de missiles de défense Patriot dans la région:

Durant le week-end, un nouvel épisode est venu mettre de l’huile sur le feu. Quatre pétroliers, dont deux navires sous pavillon saoudien et un émirati, ont été la cible de mystérieux « actes de sabotage » dans la mer d’Oman, au large des Émirats, ont rapporté Riyad et Abou Dhabi. L’Arabie saoudite, ennemi de l’Iran et proche des États-Unis, vient elle aussi de renforcer sa présence militaire dans le Golfe.

https://www.france24.com/fr/20190513-etats-unis-arabie-saoudite-tensions-iran-golfe-ue-pompeo-guerre-militaire

Hier, mardi 14 mai, des installations pétrolières saoudiennes ont été la cibles d’attaques de drones. Attaques cette fois revendiquées par les séparatistes Houthis qui se battent au Yémen contre la coalition saoudienne.

Cette attaque est « une réponse aux crimes » et au « blocus » imposé par l’Arabie saoudite au Yémen, a déclaré Mohammed Abdelsalam, porte-parole des houthis. « Notre peuple n’a d’autre choix que de se défendre de toutes ses forces ».
L’Iran soutient les houthis mais dément leur fournir des armes comme l’en accuse Riyad.

https://www.france24.com/fr/20190514-arabie-saoudite-installations-petrolieres-attaque-drones

Tout ceci s’inscrit dans la suite de la dénonciation par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire signé par Obama avec l’Iran. Accord que l’Iran, lui, respectait jusqu’à peu. Acculé par la soumission internationale à la dictature américaine interdisant à toute entité de commercer avec l’Iran sous peine de sanctions sévères, l’Iran tente une sortie:

Mercredi (8 mai), Téhéran avait donné deux mois aux Européens pour sortir réellement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de leur isolement provoqué par les sanctions américaines, faute de quoi la République islamique renoncerait à des engagements pris dans l’accord international de 2015.
Le même jour, l’Iran avait fait savoir qu’il cessait de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi, revenant sur des restrictions consenties par l’accord conclu à Vienne en juillet 2015.

https://www.france24.com/fr/20190509-nucleaire-iranien-europeens-rejettent-ultimatum-teheran-veulent-eviter-escalade

L’axe USA-Israël-Arabie saoudite est clairement passé en mode offensif contre l’Iran. Ayant perdu le contrôle de la Syrie, étant parfaitement à l’aise avec le massacre des yéménites aux mains des saoudiens armés par les USA et la France, étant en phase de retrait de l’Irak dont l’allégeance aux USA est de plus en plus douteuse du fait du lien chiite entre les pouvoirs irakien et iranien, la logique de guerre contre l’ennemi régional n°1 est clairement en marche.

Les retraits américains en cours ou prévus d’Afghanistan (2) et de Syrie affament la machine de guerre US. La Corée du Nord étant actuellement en stand-by, ne reste actuellement que l’Iran et éventuellement le Venezuela. La guerre est un immense business, le budget de la « défense » US pour 2019 s’élevant à 686 milliards de dollars (3) pour nourrir un vaste complexe militaro-industriel dont la raison d’être est la domination mondiale au profit de ses intérêts. Intérêts auxquels tout Président américain finit par se soumettre.

Pétrole US contre pétrole iranien.

Mais il existe un autre paramètre, relativement nouveau sur la scène géostratégique: les USA sont passés, en dix ans, du statut d’importateur de pétrole à exportateur. Le fracking ou fracturation hydraulique (4), technique écologiquement irresponsable visant à extraire le pétrole par fracturation mécanique des roches saturées, a donné aux américains l’illusion d’une source inépuisable de pétrole bon marché.

La production de pétrole US a fait baisser le prix de marché international. C’est même une catastrophe pour le principal allié US, hors Israël, au Moyen-Orient qu’est l’Arabie saoudite. Engluée dans sa guerre au Yémen, contrainte d’acheter au prix fort les armements US, la dictature wahhabite fait face à un déficit budgétaire (5) et une fonte de ses réserves financières dont la cause première est la baisse du prix du pétrole.

Les bruits de bottes et provocations symboliques contre les sources d’approvisionnement en pétrole saoudien, associés à l’interdiction mondiale faite par les US d’acheter le pétrole iranien, aurait pour effet de faire monter le prix du brut au profit de tout le monde sauf des Iraniens.

Pour ces gens-là, les guerres ne sont rien d’autre que des opportunités pour réaliser de bonnes affaires. Depuis le 11 septembre 2001, les USA ont dépensé près de six trillions de dollars ayant mené à la mort d’un demi-million de personnes. Pour rien sauf la bonne santé du business militaire (6).

Liens et sources:

(1)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin

(2)

(3)
https://en.wikipedia.org/wiki/Military_budget_of_the_United_States#Budget_request_for_FY2019

(4)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fracturation_hydraulique

(5)
https://www.aa.com.tr/fr/monde/arabie-saoudite-d%C3%A9ficit-budg%C3%A9taire-de-34-1-milliards-de-dollars-en-2019/1268783

(6)
https://www.newsweek.com/us-spent-six-trillion-wars-killed-half-million-1215588?fbclid=IwAR36w40JLmPRjjcGN8XvgdqHPZt27x_krdHGoyK0bd9AlkUyzYv3QS7QgmQ

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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