Les dangers de la course aux armes hypersoniques.

En ce 14 juillet 2019 la France a montré son nouveau gadget dit « le flyboard », plateforme volante à réaction (1) d’une autonomie ridicule (10 km) et seulement pilotable par son créateur Francky Zapata, mais l’idée est évidemment de frapper les esprits et surtout, j’imagine, les porteurs de gilets jaunes.

Mais hors ce coup de pub et peu avant le lancement du premier sous-marin nucléaire d’attaque « Suffren » de la nouvelle génération Barracuda, instrument de destruction massive surement très pratique pour lutter contre les islamistes – ou fantasmatique sextoy pour femmes de pouvoir, allez savoir – la ministre des Armées François Parly dévoilait en janvier le plan français pour le développement d’un « planeur hypersonique », et l’entrée de la France dans la course à l’armement hypersonique (2). Sans oublier l’annonce du 13 juillet par Emmanuel Macron pour la création d’un commandement militaire de l’espace (3).

Il n’y a plus d’argent pour les hôpitaux ou le service publique, par contre pour ce genre de conneries, comme pour la vaisselle et les homards, il y a tout ce qu’il faut. Mais reprenons.

Le principe des armes hypersoniques est d’aller tellement vite qu’elles en deviennent impossible à détruire. Lancées à partir d’avions ou de lanceurs de missiles, elles volent à quelques 6000 km/h dans l’atmosphère (et non pas en passant par l’espace, comme pour les missiles balistiques traditionnels), restent contrôlables en vol, et sont – pour le moment du moins – intouchables par les systèmes de défense sol-air type S-400 (4) ou Patriot.

Dotées ou non de têtes nucléaires, il s’agit d’armes offensives ou de réaction rapide destinées, sans doute, à remplacer les missiles de croisière qui sont aujourd’hui vulnérables de par leur relative lenteur. Susceptibles de toucher leurs cibles en quelques minutes, ces armes hypersoniques réduisent à presque rien le temps de réaction de l’ennemi visé (ou qui se croit visé), d’où le danger majeur de ces armes: l’escalation immédiate.

Hors la France, trois pays se sont lancés tête baissée dans la course aux armements hypersoniques: les Russes, les Chinois et les Américains. Les Russes sont déjà apparemment dotés de systèmes très performants « Kinzhal » (5), lancé depuis un avion, « Avangard » (6), un « planeur hypersonique » lancé par un lanceur de missiles, et Zircon (7), un missile tactique mer-mer à base de statoréacteur (ramjet ou scramjet) selon les modes de combustion, ces moteurs pouvant atteindre Mach 10 dans l’atmosphère.

Le principe de ces moteurs est d’extraire l’oxygène nécessaire à la combustion de l’air ambiant, à l’inverse des moteurs de fusées classiques qui transportent leur propre oxygène. Les premiers développements datent de la seconde guerre mondiale, l’actuel record de vitesse officiel (Mach 10) datant de 2004.

Les Chinois sont très actifs, ayant développé les missiles hypersoniques Xingkong-2 (8) et Jia Geng-A (9), également à statoréacteur. Les Américains, évidemment pas en reste, développent des systèmes aéroportés (Air-Launched Rapid Response Weapon) ou de type missile de croisière hypersonique (Hypersonic Conventional Strike Weapon).

Cette course hypersonique à l’armement, qui ne date pas d’hier, a pris une allure de sprint depuis la répudiation en début 2019, par les USA et conséquemment par les Russes (qui n’en voulaient plus non plus du fait que la Chine n’était pas incluse), du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 entre Reagan et Gorbatchev:

Le traité INF concerne l’élimination de tous les missiles de croisière et missiles balistiques américains et soviétiques lancés depuis le sol et ayant une portée se situant entre 500 et 5 500 km. Il est le premier traité à avoir éliminé totalement une catégorie d’armement.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_les_forces_nucl%C3%A9aires_%C3%A0_port%C3%A9e_interm%C3%A9diaire

Depuis lors c’est open bar. Est-ce qu’un nouveau traité sera négocié, est-ce que ces armes seront intégrées dans le traité New START qui devrait être renégocié en 2021 (10), je l’ignore. En tout état de cause cette nouvelle course à l’armement entre puissances nucléaires, qui réduit fortement le temps de réaction et donc la marge d’erreur, promeut les conditions qui facilitent l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les systèmes d’armement, tel décrit dans « IA arme fatale du futur » (11). Combinaison potentiellement fatale, en effet.

Liens et sources:

(1) https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/transports/le-flyboard-interesse-l-armee_129790

(2) https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/drones/la-france-developpe-une-spectaculaire-arme-hypersonique_131684

(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/13/armees-macron-annonce-la-creation-d-un-commandement-militaire-de-l-espace_5489134_3210.html

(4)

(5) https://en.wikipedia.org/wiki/Kh-47M2_Kinzhal

(6) https://en.wikipedia.org/wiki/Avangard_(hypersonic_glide_vehicle)

(7) https://en.wikipedia.org/wiki/3M22_Zircon

(8) https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/vehicules-hypersoniques-chine-missile-hypersonique-starry-sky-2-reussit-son-premier-lancement-test-72373/

(9) https://handofmoscow.com/2019/04/26/china-has-tested-a-hypersonic-reusable-missile-jia-geng-number-1/

(10) https://en.wikipedia.org/wiki/New_START

(11)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

4 réponses

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.