La voiture autonome Tesla ou la révolution robotaxis.

Tesla, la société présidée par Elon Musk produisant des voitures électriques depuis 2008. Début 2019 Tesla lançait son nouveau modèle de base, la Model 3 au prix de 35 000 USD. En avril 2019 Tesla annonçait le lancement de son nouveau système de conduite autonome basé sur un processeur spécifiquement développé à cet effet.

Un processeur révolutionnaire.

Ce processeur, fondamentalement, est un accélérateur de réseau neuronal: il permet d’accélérer le traitement des images en provenance des multiples caméras intégrées au véhicule (et autres senseurs) à une cadence suffisante (de l’ordre de 2000 images par seconde). Le logiciel de conduite autonome utilise alors ces informations pour effectivement conduire le véhicule sans assistance humaine.

Voici la présentation de ce nouveau système lors du Tesla Autonomy Day, ce 22 avril 2019. C’est long et pas très « marketing », un peu technique mais tout à fait passionnant. Cette présentation restera sans doute, si ce système fonctionne à grande échelle, comme la présentation la plus importante de l’histoire de l’automobile. Pourtant personne n’en parle. Pourtant, c’est une révolution qui peut nous mener bien au-delà de la simple conduite automatique.

Une IA nourrie par des montagnes de données.

La technologie de conduite autonome présentée ici est d’ores et déjà intégrée dans tous les modèles 3, et pourra être rétrofittée sur les modèles antérieurs. La seule chose qui doit encore être finalisée est le logiciel de conduite, ce qui – selon Musk – sera le cas courant 2020. Outre le processeur neuronal, la clé du fonctionnement de ce logiciel est l’accès aux données qui permettent « l’entrainement » de l’intelligence artificielle embarquée. Et ces données, Tesla les récupèrent depuis des années via les caméras embarquées sur leurs véhicules.

Autrement dit il sera techniquement possible, d’ici un an ou deux, d’acheter une voiture capable de conduite autonome à 100% Si les questions d’autorisation de mise sur le marché et d’assurances (qui serait responsable en cas d’accident? Le propriétaire de la voiture même s’il ne la conduit pas? Tesla? Le développeur du logiciel?) sont résolues – et aux USA en tout cas elle le seront rapidement, pression du marché oblige – ceci veut dire qu’il sera bientôt commercialement possible d’acquérir un véhicule électrique autonome pour un prix autour de 35.000 euros.

L’avènement du Robotaxi.

Votre voiture pourra vous emmener toute seule au boulot ou en vacances mais, surtout, elle pourra rouler toute seule pour emmener d’autres personnes contre rémunération. L’avancée technologique à prix abordable annoncée par Tesla ouvre en réalité la porte à l’invasion des robotaxis, des hordes de voitures privées roulant principalement pour d’autres que leurs propriétaires quand ces derniers n’en ont pas besoin, et leur rapportant de l’argent.

Supposant qu’un tel robotaxi réalise un chiffre d’affaire modeste de 60 euros par jour (soit quelques courses relativement courtes), cela fait 1 800 par mois soit plus de 20 000 euros par an. La voiture peut être rentabilisée sur deux ans. Et ensuite rapporter cette somme chaque année, voire nettement plus si la voiture est dédiée à cette activité, faisant non plus 60 mais par exemple 300 euros de recette par jour.

Le robotaxi, voiture 100% autonome, pourrait devenir un business à part entière et signaler la mort du taxi conventionnel avec chauffeur et ses avatars type Uber. Des particuliers ou des entreprises pourraient acquérir des flottes de Model 3 dans le seul but de les mettre sur le marché du taxi, sans devoir payer le moindre chauffeur.

Des conséquences majeures.

La législation tentera sans doute de freiner ce développement tout comme elle tente de freiner les taxis privés, mais en l’absence de tout « travailleur » quelle différence il y aurait-il entre louer un véhicule privé classique sans chauffeur, ce qui est parfaitement légal et faisable aujourd’hui via des applications telle Ouicar.fr, et un véhicule autonome? A priori aucune et donc il est possible d’envisager un scénario routier du futur proche où la majorité des véhicules seraient en réalité des robotaxis.

Le prix très inférieur d’une course en robotaxi par rapport à un taxi ou même un Uber conventionnel décimerait le marché de la voiture avec chauffeur. Un Model 3 autonome de Tesla coûtant 35 000 euros mais rapportant quelques 20 000 euros par an sur dix ans serait un investissement évident que de très nombreuses personnes pourraient réaliser. Et un grand nombre, parmi ceux et celle ne le pouvant pas, en viendraient à louer ces robotaxis plutôt que d’acheter des voitures classiques.

Plus besoin de savoir conduire pour rouler en voiture. Plus besoin de passer par le racket du marché du permis de conduire, plus de contraventions, plus de restrictions de circulation urbaine visant les véhicules à essence/diesel. La mort probable des constructeurs automobiles de masse incapables de se convertir au modèle autonome compétitif avec Tesla.

Une opportunité pour le marché de la publicité et de la surveillance.

Sur ce marché viendraient alors se greffer le marché publicitaire et les rentes associées à la vente des données des utilisateurs récupérées via l’application de réservation des robotaxis. Partageant nécessairement votre heure et point de départ ainsi que votre heure et point d’arrivée, vous devenez une cible de rêve pour tout un marché de la publicité, du divertissement, de la consommation médiatique et de la surveillance.

Le remplacement de la flotte des voitures à carburant fossile par des voitures électriques autonomes impacterait massivement l’infrastructure électrique et l’industrie des bornes de chargement. La simple diminution (car on est encore loin des camions électriques) de la demande en carburants routiers diminuerait le revenu fiscal de l’Etat, qu’il chercherait à récupérer ailleurs.

Un impact écologique encore indéterminé.

En matière écologique, le gain en termes de pollution locale ne serait pas nécessairement un gain global du fait que le véhicule électrique (et notamment ses batteries) est encore loin d’être « propre », et que la production d’électricité à grande échelle est encore loin d’être majoritairement renouvelable. La transformation du véhicule électrique d’un marché de niche en marché de masse pourrait néanmoins faire évoluer les choses dans le bon sens.

Nous sommes donc peut-être à l’aube d’une révolution dans le domaine du déplacement motorisé. Si Tesla ne bluffe pas, et ils ont les moyens de ne pas avoir à bluffer, le véhicule de masse 100% électrique et autonome est en passe de devenir réalité. Les conséquences probables d’une telle innovation sont majeures en termes d’accès à la mobilité, de spéculation, de l’avenir industriel du secteur automobile, de gestion du mix énergétique, du métier de taxi.

Si vous n’avez pas le temps de regarder toute la vidéo de la conférence, voici une courte vidéo prise de l’intérieur d’une Tesla en mode autonome:

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

2 réponses

  1. Un passant

    «Si Tesla ne bluffe pas […]»
    Le hic, c’est que ce verbe pourrait résumer le CV d’ Elon Musk… Attirer sans cesse de nouveaux investisseurs pour éviter la faillite, dans des grands shows avec écrans géants, images en HD et jolis discours bien rôdés à base de phrases-slogans et de mots-clés typiques de ce genre de business («imagine», «creative», «future»). C’est un Emmanuel Macron version high-tech, à la différence que Musk, lui, sait y faire. Enfin, l’avenir me donnera peut-être tort, mais pour moi c’est un arnaqueur – mais attention, un génie de l’arnaque.

    Il a compris que les marchés financiers, ces asiles de fous capables de détruire des pays entiers en brassant des milliards pour faire du vent, pouvaient être utilisés exactement dans le but inverse, à savoir brasser du vent pour faire des milliards. En ponctionnant les aspirants loups de Wall Street, il leur donne finalement une utilité, comme les start uppers qui ont bien profité de la bulle Internet.

    Dans tous les cas, même si Tesla s’impose seulement au côté des autres constructeurs en se taillant une petite part de marché, la déception sera énorme par rapport à ce qui a été annoncé. Pour que Musk soit à la hauteur de l’énergie et des brouzoufs qui ont été investis en lui, il devrait limite songer à la conquête de la Terre (et de Mars, tant qu’on y est…)

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