SpaceX en route vers Mars.

Ce samedi 28 septembre, au Texas, Elon Musk présentait le dernier-né de SpaceX, un vaisseau spatial pour aller sur Mars. La scène sur le pas de tir de Boca Chica était quelque peu surréaliste: une fusée en acier sortie d’une bande dessinée des années 50, un homme au discours brouillon patron de deux entreprises ayant marqué leur temps (Tesla (1) et SpaceX), un parterre de fans, et l’annonce du début d’une nouvelle ère où le voyage dans l’espace veut devenir aussi accessible que le voyage aérien.

Le SpaceX Starship est une version revue et corrigée de l’antique navette spatiale américaine. Il est construit en acier inoxydable afin de consolider sa résistance au frottement lors des rentrées atmosphériques (talon d’Achille des navettes de la NASA), et propulsé par trois (ou six) moteurs « Raptor », moteur spécifiquement développé par SpaceX pour ce projet.

Le principe est de lancer le Starship avec un énorme lanceur réutilisable, sur le modèle des Falcon, baptisé « Super Heavy » propulsé par 35 moteurs Raptor. offrant une poussée double de celle de la fusée Saturne 5, la plus grosse fusée de la NASA ayant permit les vols vers le Lune. Une fois en orbite, le Starship est ravitaillé avant le départ sur Mars. Il atterrit à la verticale tout comme la fusée de Tintin, utilisant ses deux immenses ailerons pour réguler sa descente à travers l’atmosphère.

Un premier vol cargo vers Mars est prévu pour 2022, suivi par un vol habité en 2024.

Scott Manley est un observateur de l’actualité spatiale, voici son commentaire avertit en vidéo (en anglais) sur cette présentation:

Et voici une version en français:

Entre rêve et dystopie.

Faut-il alors admirer cette jonction entre la SF et la réalité, ce premier pas d’un acteur privé à vocation aussi bien aventurière que commerciale dont l’objectif est d’arracher l’Homme à sa Terre natale pour l’envoyer à la conquête de l’espace? Vivons-nous la genèse de Star Wars, ou sommes-nous juste témoins d’un spasme technologique issu de la volonté d’une (richissime) secte transhumaniste (3) déconnectée des enjeux réels de l’Humanité? Une secte qui, voyant les ravages que génère la prédation capitaliste et financière débridée qui l’a tant enrichie, préfère développer les moyens de sa fuite vers d’autres cieux plutôt que contribuer à l’amélioration du monde pour tous?

A titre personnel j’ai un pied dans les deux camps. Amateur de SF de longue date, j’estime recevable la proposition que si l’Homme a un objectif fondamental c’est bien l’exploration de l’Univers car pourquoi, sinon, un tel Univers existerait-il? Mais par ailleurs l’Homme n’est absolument pas fait pour voyager dans l’espace, et les ressources nécessaires à ces aventures ne semblent pas compatibles, du moins à l’heure actuelle, avec la nécessité de revoir fondamentalement le modèle technologique productiviste et sa construction d’inégalités qui étaient encore inimaginables voici un siècle.

L’exploration spatiale sera le domaine d’expéditions robotisées, seules à même d’y survivre et de s’y reproduire sur des millions d’années. Ou l’affaires de bactéries, d’organismes quasi indestructibles capables de voler d’un monde à l’autre sur le dos de comètes et d’y faire germer la vie lorsque c’est possible. Dans un cas comme dans l’autre, notre fragilité humaine et notre dépendance absolue à l’environnement terrestre (nous mourrions sans les milliards de bactéries qui nous habitent) nous interdisent autre chose que des sauts de puce et des vies précaires sur des mondes hostiles.

Quoi qu’il en soit l’aventure de SpaceX illustre cette tension entre le désir de s’échapper, ouvert à quelques privilégiés, et la nécessité de reconstruire un monde pour tous.

Liens et sources.

(1)

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Falcon_9

(3)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

1 réponse

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.