USA 2020: Le cas Tulsi Gabbard.

Tulsi Gabbard est une américaine née aux îles Samoa en 1981, de confession hindoue, élue locale à Hawaï depuis 2002, membre du corps médical militaire ayant séjourné en Irak en 2004, membre du Congrès américain depuis 2012, et aujourd’hui candidate à l’investiture démocrate en vue des élections présidentielles américaines de 2020.

Tulsi Gabbard est une femme à la peau légèrement foncée, intelligente, qui s’exprime clairement avec une voix relativement grave et calme. Elle fait immanquablement penser à une version féminine de Barack Obama, prônant le changement et la paix entre les peuples. J’aime beaucoup Tulsi Gabbard, mais pas pour son côté a priori bobo-compatible pouvant passer à l’aise sur les ondes de France Inter. Je l’aime car elle représente une pensée nettement plus complexe, plus subversive et nettement moins bobo-compatible que ce qu’il n’y paraît. Une pensée à mon avis en phase avec la réalité actuelle.

Rejet de l’islamisme.

Tulsi Gabbard reprochait à Barack Obama de ne pas décrire l’Etat Islamique (ISIS en anglais) comme relevant d’une idéologie islamiste. Ce faisant elle s’attira de nombreuses critiques l’accusant d’islamophobie. Elle s’en défend en précisant la différence entre islam et sa dérive politique radicale qu’elle nomme islamisme (1). Gabbard suit une ligne morale appelée « Aloha » prônant le respect et l’amour envers toute personne irrespectif de sa religion, race, genre ou autres différences. Pour elle les religions ne sont recevables en tant que telles que si elles prônent ce même amour, ce qui n’est pas le cas de l’islamisme.

En termes de politique étrangère et d’immigration, Tulsi Gabbard est sur une ligne de désengagement des guerres menées à l’étranger depuis 2001 par les USA, et sur un renforcement du contrôle migratoire. Une ligne plus proche de celle de Trump que de Clinton. Là ca va encore plus ou moins mais, pour une opinion publique dite progressiste mais surtout moraliste nécessitant toujours un « bon » et un « méchant », elle frappe fort en ne considérant pas Bachar-el-Assad comme le monstre absolu dépeint par le discours politiquement correct occidental, et elle l’a d’ailleurs rencontré en personne.

Pire, suite à l’élection de Donald Trump en 2016 elle le rencontre aussi (décidément elle n’a pas peur des monstres) et on parle d’elle en tant que possible ambassadrice US aux Nations-Unies. Ce qui ne se fera finalement pas, la plus malléable Nikki Haley ayant été choisie à sa place.

Vous avez dit « conspirationnisme »?

Pire encore, elle met en doute en 2017 les allégations de ce même discours occidental sur « l’évidente » responsabilité dudit Bachar dans les attaques chimiques de Khan Cheikhoun et de Douma. Je ne peux qu’applaudir, ayant également certains doutes sur ce récit très arrangeant (2).

Tout ceci déplaît assez fortement à l’establishment démocrate qui, suite à sa défaite de 2016 ne pouvait faire rien d’autre que courir en rond tel un poulet hystérique dont on aurait coupé la tête. Certes cela va mieux aujourd’hui avec la reprise de contrôle par le trio Bernie Sanders, Joe Biden et Elizabeth Warren, mais Hillary Clinton déteste Tulsi Gabbard pour toutes les raisons citées ci-dessus, Clinton étant elle-même une vat-en-guerre profondément corrompue et inféodée à l’Etat profond US (3).

Ainsi, lors de l’annonce de Gabbard comme quoi elle concourrait pour la nomination démocrate de 2020, Hillary Clinton l’a promptement accusée d’être à la solde des Républicains et, par extension, des Russes (4). Ah les Russes, toujours là quand on cherche une excuse à sa propre incompétence. On se demande comment on ferait de la politique sans eux.

Mise en cause de l’Arabie Saoudite dans le cadre du 11 septembre 2001.

Inutile de dire que Gabbard ne se laisse pas faire, mais elle en rajoute encore une couche avec ceci:

Alors là c’est le pompon. Tulsi Gabbard s’attaque directement à deux piliers de la politique occidentale, la sanctuarisation de l’Arabie Saoudite et l’omerta sur la réalité des événements du 11 septembre 2001 (5). Tout le monde sait que l’Arabie Saoudite est un enfer wahhabite où les femmes sont des sous-humains et les travailleurs étrangers pauvres quelque part entre le chien et le rat. Que l’Arabie Saoudite finance l’islam radical à travers le monde, même si elle ne finance plus l’Etat Islamique qui se considère son ennemi direct (pour l’EI seul existe le Califat, il ne peut y avoir de royauté telle qu’installée en Arabie).

Mais surtout l’Arabie Saoudite est pour les USA (comme pour la France) un excellent client sur le marché de l’armement et de la technologie d’une part, et d’autre part un contre-pouvoir aussi bien à la tentative de domination du monde sunnite par les Turcs, qu’à l’emprise de l’Iran sur le Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite ayant de plus clairement reconnu l’existence d’Israël et ayant relégué la cause palestinienne au rang des pertes et profits, il est un principe sur lequel tout le monde s’accorde: on ne touche pas à l’Arabie Saoudite.

Et là badaboum, Tulsi Gabbard invoque le droit des Américains à connaître la réalité de l’implication de l’Arabie Saoudite dans les attentas du 11 septembre 2001. Elle veut la publication intégrale des dossiers secrets de la CIA et du FBI sur cette affaire, la délégation saoudienne résidant aux USA le jour des attentats ayant été la seule autorisée à quitter le pays, et la majorité des terroristes officiellement identifiés étant des Saoudiens.

C’est chaud. J’aime Tulsi Gabbard. J’espère juste qu’elle a un bon garde du corps et un gilet pare-balles.

Liens et sources:

(1) https://medium.com/@Harihar/rep-tulsi-gabbard-on-islam-vs-islamism-c87b1ceefb1#.tw32lddde

(2)

(3)

(4) https://eu.usatoday.com/story/news/politics/elections/2019/10/24/what-feud-between-tulsi-gabbard-and-hillary-clinton-about/4082268002/

(5)

Le site de Tulsi Gabbard: https://www.tulsi2020.com/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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