Attaque chimique sur Douma, rififi à l’OIAC.

Allez c’est bientôt Noël et la fête de la naissance du petit Jésus d’une mère vierge, une « vérité alternative » datant de 2 000 ans et générant toujours des milliards d’euros de chiffre d’affaire, donc je ne vais pas me gêner pour replonger à mon tour dans une histoire « alternative » ayant généré, elle, des milliards de dollars de dépenses militaires et des centaines de milliers de morts et de déplacés.

Douma, Syrie, avril 2018,

Souvenez-vous: l’armée du « boucher de Damas » bombarde un quartier proche de Damas, Douma, afin d’en éliminer les dernières poches islamistes. Dans la foulée de cette attaque, les islamistes accusent le régime d’avoir utilisé des armes chimiques et en veulent pour preuve des vidéos montrant des enfants suffocants, voire des morts:

Branle-bas de combat du côté des blanches colombes, Trump menace Evil Bachar de représailles militaires, tout comme Macron (qui à l’époque était encore copain du premier) s’il s’avère que la « ligne rouge » a été franchie. Néanmoins et sans attendre, américains et israéliens se délestent de quelques dizaines de missiles sur la tronche des syriens. Business is business.

Le contexte de cette affaire fut résumé sur ce blog avec l’article « Pour chlore Al-Qaïda en Syrie » (1). Le présumé coupable niait en bloc mais acceptait la venue sur place d’une équipe technique de l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques) (2), dont l’objectif était de démontrer, via prélèvements et enquêtes in situ, si oui ou non cette attaque (que personne ne nie par ailleurs) s’était faite avec des armes chimiques (et lesquelles). Conclusions qui conditionneraient évidemment la conduite à tenir par la « communauté internationale » ensuite.

Affaire qui n’est pas la première du genre mais la troisième ayant fait les gros titres dans le contexte syrien. La précédente concernait une présumée attaque chimique contre la ville de Khan Cheikhoun en 2017, sur laquelle je me suis aussi penché (3). Celle encore avant, une attaque chimique présumée sur La Ghouta évidemment attribuée à Bachar, était à l’origine de cette fameuse « ligne rouge » édictée par Obama mais qui ne fut jamais mise en oeuvre vu que personne n’a pu démontrer que l’armée syrienne en était effectivement responsable (4).

Le rapport officiel de l’OIAC sur l’attaque de Douma.

Une équipe de l’OIAC débarque à Douma dès le 12 avril et commence son travail à partir du 21, une première tentative s’étant soldée par des combats et deux morts. Suite à cette investigation l’OIAC publiait, le 1er mars 2019 soit presque un an plus tard, son rapport (5) dont la conclusion est que l’enquête ainsi menée

… permet raisonnablement de conclure qu’une arme chimique fut utilisée. Ce produit toxique contenait du chlore réactif. Il s’agissait probablement de chlore moléculaire.

… provide reasonable grounds that the use of a toxic chemical as a weapon took place. This toxic chemical contained reactive chlorine. The toxic chemical was likely molecular chlorine.

Dès le 2 mars les médias de l’axe USA-Europe-Israël-Arabie saoudite brandissaient en cœur cette petite victoire, enfin quelque chose permettant de compenser des années d’erreurs et de propagande. L’occasion de dire que finalement le vrai méchant c’est quand même Bachar et les Russes, pas nous même si « nos » gentils rebelles ont muté en marée noire islamiste avec nos armes et notre argent (6). Le Parisien, par exemple, titrait « Syrie : au moins une substance chimique a bien été bombardée sur Douma » (7).

Sauf que.

Lanceur d’alerte à l’OIAC.

Sauf que quelques mois avant la publication de ce rapport, le 22 juin 2018, un mail confidentiel interne à l’OIAC circulait sous le titre « Graves inquiétudes au sujet du rapport censuré sur la Douma ». Mail « fuité » et publié par Wikileaks et visible ici (8). Ce mail, écrit par quelqu’un qui faisait partie de l’équipe ayant mené l’enquête et adressé au patron de l’OIAC à l’époque des faits, Robert Fairweather, démonte les conclusions de l’OIAC.

L’auteur du mail ne dédouane pas spécifiquement l’armée syrienne, il dit simplement que l’analyse des faits observés et des échantillons relevés sur place ne permettent pas de conclure à une attaque chimique, à base de chlore ou tout autre produit interdit. Il dit également que l’une des supposées « preuves » de cette attaque, deux bouteilles de gaz supposément larguées d’un avion ou hélicoptère retrouvées sur place, ont en réalité été placées manuellement.

L’auteur demande que, si le rapport devait être publié tel quel, ses remarques y apparaissent également en vertu de l’obligation de neutralité et d’objectivité de l’OIAC.

Le rapport fut néanmoins publié tel quel sans ces remarques, qui furent alors publiées par l’entremise de Wikileaks – dont le fondateur Julian Assange, faut-il le rappeler, est la victime d’une vendetta politico-judiciaire menée par les têtes corrompues de l’Occident afin de l’éliminer définitivement, et se venger de sa capacité à balancer des grenades au sein leur petite propagande criminelle (9).

Ce mail, certes un élément clé du dossier, n’est pourtant pas le seul indice d’une manipulation politique au sein de l’OIAC.

De pire en pire.

Le 17 avril 2018, quelques jours après l’attaque, le journal anglais The Independent publiait un article où leur correspondant Robert Fisk se rend sur place et rencontre habitants et docteurs syriens (10). Personne ne semble être au courant d’une attaque chimique. D’attaques oui, qui viennent de se terminer avec le départ des derniers djihadistes pour Idleb, remplacés par des patrouilles russes et syriennes dans les rues.

Fisk est considéré par l’establishment occidental comme un conspirationniste pro-Assad et son témoignage non recevable, ce malgré le fait qu’il habite au Moyen-Orient depuis 1976, qu’il ait couvert un paquet de guerres, interviewé Ossama Ben Laden et gagné plusieurs prix très politiquement corrects tel le prix du Journaliste de l’Année, décerné par le très prestigieux British Press Awards. Sept fois (11). Allez comprendre…

En février 2019 un producteur de la BBC, Riam Dalati, tweete qu’il est en mesure de prouver sans ambiguïté que la fameuse scène tournée à la Douma (voir plus haut), attribuée aux Casques Blancs qui se trouvaient sur place, est une pure mise en scène. Il ne dit pas qu’il n’y a pas eu d’attaque (personne ne dit cela), ni même qu’il sait si cette attaque était chimique ou non, mais il dit que tout ce qu’il s’est passé autour de l’attaque à été fabriqué pour un effet maximum.

Dalati et Fisk mettent en cause ces fameux Casques Blancs, les héros financés par l’Occident, et notamment le Foreign Office britannique, et dont le fondateur était James Le Mesurier, un mercenaire britannique très bien connecté qui vient de mourir mystérieusement à Istanbul (12). Un suicide, bien sûr.

Les Casques Blancs (ou White Helmets) sont le sujet d’une guerre de com, héros pour les anti-Assad et véhicule de propagande islamiste pour les autres. Ce n’est pas le sujet ici mais Robert Fisk, en arrivant à Douma en avril 2018, s’aperçut que tous les Casques Blancs du coin venaient de fuir vers Idleb en compagnie des islamistes.

Mais il y a pire: le mois dernier, en novembre 2019, un autre témoin de l’enquête de l’OIAC s’est présenté devant un panel de la fondation Courage, une association offrant une plateforme aux lanceurs d’alerte. Son témoignage confirme ce qui était induit par le fameux mail interne discuté plus haut: une manipulation des résultats de l’enquête afin de confirmer la version officielle occidentale (13). Le panel de Courage est constitué, entre autres, du premier directeur général de l’OIAC José Bustani.

Un autre membre de Courage, le journaliste Jonathan Steele, est ensuite interviewé par la BBC puis par Tucker Carlson sur Fox News:

La chaîne en ligne PushBack parle de Steele et interroge également un certain Theodore Postol sur cette situation. Postol est un professeur des sciences au MIT, un ancien du Pentagone au CV plus qu’impressionnant (14) mais une épine dans le pied de l’establishment par sa critique argumentée de la propagande US en matière de « sécurité nationale ».

Le réveil des chiens de garde.

Ce début de débâcle mettant en cause l’impartialité de l’OIAC et donc, par extension, des Nations Unies, a évidemment invité des contre-attaques de la part des défenseurs de la pensée unique officielle. Aux USA le fameux groupe Bellingcat, très bien doté matériellement par le gouvernement américain via un service nommé le National Endowment for Democracy (NED), une structure qui selon son fondateur existe pour faire de manière légale ce que la CIA fait de manière illégale (15):

L’ancien directeur de la CIA, William Colby, déclarait en 1982, dans le Washington Post, à propos du programme de la NED : « Il n’est pas nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui […] étaient menés en sous main, peuvent désormais l’être au grand jour, et par voie de conséquence, sans controverse »3.

En 1991, un des fondateurs de la NED, Allen Weinstein, expliquait au Washington Post que « bien des choses qu’ils [à la NED] faisaient maintenant étaient faites clandestinement par la CIA 25 ans auparavant »

https://fr.wikipedia.org/wiki/National_Endowment_for_Democracy

L’offensive de Bellingcat est assez brillamment contrée par cet article de Caitlin Johnstone (16), pendant qu’ici nos amis de Conspiracy Watch attaquent, début mars, la déclaration de Riam Dalati en disant que finalement il ne parle que d’une vidéo or il en existe d’autres, plus terribles qui montrent des morts. Consipracy Watch fait bien sûr référence à Bellingcat et conclut ainsi:

Aucun élément de preuve ne permet donc pour le moment de confirmer les déclarations de Riam Dalati selon lesquelles la scène filmée à l’hôpital aurait été simulée.

https://www.conspiracywatch.info/que-disent-vraiment-les-tweets-de-riam-dalati-producteur-a-la-bbc-au-sujet-de-lattaque-chimique-de-douma.html

On peut penser que si la première vidéo est une mise en scène, il est plausible que les autres le soient aussi. Un ingénieur du nom de Steve McIntyre, bien connu des climatologues pour ses critiques sur les méthodes et les données utilisées par le GIEC, s’est « amusé » à examiner en détail toutes les images disponibles sur l’attaque de la Douma et à les placer sur une ligne de temps. Il met ainsi en évidence des déplacements de corps (de figurants?) et nombre de détails associés à une mise en scène (17).

La corruption de l’OIAC, une affaire à suivre.

L’affaire OIAC / Douma n’est pas terminée. L’establishment et ses chiens de garde montent des contre-feux et les médias investis dans la propagande guerrière occidentale contre Assad vont évidemment tout faire pour étouffer la chose. Admettre que l’OIAC triche serait douloureux et une grande victoire pour les Russes qui, eux, ne se font plus guère d’illusions et ne manquent pas de le faire savoir.

Mon propos ici n’est évidemment pas de défendre Assad et ses alliés, aux mains desquels je ne voudrais certainement pas tomber, mais depuis le temps que ce blog s’intéresse à ce qu’il se passe au Moyen-Orient il est devenu évident que le premier front est celui de la propagande, de la désinformation et de la manipulation massive.

Il est toujours possible que toute cette affaire trouve ses racines dans une campagne de désinformation russe, que rien ne soit vrai et l’OIAC blanc comme neige mais c’est une hypothèse qui me semble, sur base des expériences passées (les inexistantes armes de destruction massive en Irak, la destruction de la Libye pour sauver Sarkozy, le financement des islamistes pour faire tomber Assad…), fort peu crédible face à la simple nécessité, pour les USA, Israël, le R.U. et la France, de mettre en scène des méchants permettant de justifier d’actes de guerre dont le seul but est de faire gagner des milliards au complexe militaro-industriel et intérêts associés, le fameux Etat Profond censé ne pas exister (18).

Liens et sources:

(1)

(2) https://www.opcw.org/fr

(3)

(4) https://gosint.wordpress.com/2018/02/11/us-secretary-of-defense-james-mattis-no-evidence-assad-used-poison-gas-on-his-people/

(5) https://www.opcw.org/sites/default/files/documents/2019/03/s-1731-2019%28e%29.pdf

(6) https://www.theguardian.com/world/2013/nov/07/syria-crisis-saudi-arabia-spend-millions-new-rebel-force

(7) http://www.leparisien.fr/international/syrie-au-moins-une-substance-chimique-a-bien-ete-bombardee-sur-douma-02-03-2019-8023311.php

(8) https://wikileaks.org/opcw-douma/document/Internal-OPCW-E-Mail/Internal-OPCW-E-Mail.pdf

(9)

(10) https://www.independent.co.uk/voices/syria-chemical-attack-gas-douma-robert-fisk-ghouta-damascus-a8307726.html

(11) https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Fisk

(12) https://en.wikipedia.org/wiki/James_Le_Mesurier

(13) https://couragefound.org/2019/10/opcw-panel-statement/

(14) https://en.wikipedia.org/wiki/Theodore_Postol

(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/National_Endowment_for_Democracy

(16) https://caitlinjohnstone.com/2019/11/27/narrative-managers-faceplant-in-hilarious-opcw-scandal-spin-job/

(17) https://climateaudit.org/2018/04/24/douma-videos-and-photos/

(18)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

3 réponses

  1. […] De nombreuses publications occidentales existent démontant l’implication des séparatistes et des Russes. Parmi les plus complètes que j’ai pu lire: l’article du Daily Beast de juillet 2015 (4) et la suite d’articles de Bellingcat (5), une organisation américaine de fact checking très proche de l’establishment US, qui la finance via le National Endowment for Democracy (NED), et que l’on retrouve en pointe sur les affaires à fort enjeu politique dans la guerre de désinformation contre les Russes (6). […]

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