Brexit Poker 20: la main gagnante de Boris Johnson.

Rien à dire, la victoire électorale du parti conservateur de Boris Johnson, ce jeudi 12 décembre, est historique (1). Le Royaume-Uni a, dans son ensemble, décidé d’en finir avec le Brexit plutôt que de repartir sur un second référendum sous une gouvernance travailliste. Est-ce le référendum ou la personnalité de Jeremy Corbyn qui a tant joué contre le Labour je l’ignore, un peu des deux sans doute, mais l’incontournable fait est que les Tories ont repris le contrôle pour au moins cinq ans et que le Brexit sera théoriquement en vigueur à partir du 31 janvier 2020.

L’Irlande du Nord, in or out?

Je dis « théoriquement » car, en réalité, l’accord conclu entre Johnson et l’UE avant ces élections stipule que les deux parties se donnent un an pour mettre au point un accord définitif. Autrement dit il n’y aura pas de Brexit avant fin 2020, et si les accords négociés entre Johnson et l’UE tiennent toujours dans un an, ce Brexit se fera vraisemblablement sur le dos des Irlandais du Nord, la nouvelle frontière entre le Royaume-Uni et l’UE se situant alors non plus entre les deux Irlandes (la République d’Irlande restant bien évidemment membre de l’UE) mais entre l’Irlande du Nord et le reste du R.U., autrement dit entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Du moins jusqu’en 2025. Et ensuite?

Spécifiquement, tous les produits en provenance d’Angleterre, d’Ecosse ou du Pays de Galles à destination de l’Irlande du Nord, ou inversement, seraient soumis à un contrôle douanier et à l’imposition des tarifs douaniers en vigueur afin de compenser l’impossibilité politique d’installer une frontière physique entre les deux Irlandes – impossibilité au cœur des accords dits de Good Friday ayant mis un terme à la longue et mortelle guerre civile d’Irlande du Nord entre descendants de colons anglais et Irlandais catholiques.

La nouvelle commission de l’UE sous la houlette de Ursula Von Der Leyen, personnage à propos duquel j’ai par ailleurs la plus grande méfiance, ne semble pas trop croire en un tel scénario. Négocier un arrangement douanier avec cette nouvelle configuration politique leur semble très difficile à réaliser sur onze mois, Johnson ayant promis que le R.U., ou ce qu’il en restera fin 2020, quittera l’UE quoi qu’il arrive. Avec un deal, ou sans.

La victoire des conservateurs et le désormais impossible retour au sein de l’UE pose de sérieux problèmes aux Irlandais du Nord qui se retrouvent de fait éjectés hors du périmètre douanier du R.U. Il y aurait alors, de fait, une frontière douanière au sein du Royaume-Uni entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. Comment les royalistes nord-irlandais vont-ils réagir une fois la poussière des promesses retombée sur la dure réalité des accords douaniers, je l’ignore.

L’ Écosse au pied du mur.

Mais ce sprint final vers un Brexit politique au 31 janvier 2020, même si sa traduction dans le réel reste imprécise, a également pour effet de relancer le processus d’indépendance de l’Ecosse. Fortement pro-UE, l’Ecosse a toujours prévenu qu’elle ferait valoir son droit à un nouveau référendum d’indépendance si le Brexit avait lieu. Et contrairement au reste du R.U., le parti écossais pro-UE, le SNP, a largement remporté cette élection avec 48 sièges sur 59 sièges écossais aux Communes. Nicola Sturgeon, la patronne du SNP, a clairement indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de laisser l’Ecosse se faire « Brexiter » contre son gré et contre son intérêt (2).

La promesse électorale de Boris Johnson est de Get Brexit Done et ainsi mettre un terme à plus de trois années de drame politique et d’immobilisme institutionnel. Mais ses promesses débordaient largement du seul Brexit. Il promet avant tout de remettre d’aplomb le NHS (système de santé publique) avec investissements et augmentation massive de personnel. Il promet également de renforcer la compétitivité technologique du R.U. et d’arriver à la neutralité carbone d’ici 2050 (3). Programme attractif, qui n’engage bien entendu que ceux et celles qui y croient mais qui a attiré de nombreux électeurs et je les comprends. On ne peut que souhaiter bonne chance aux Britanniques.

Liens et sources:

(1) https://www.bbc.com/news/live/election-2019-50755004

(2) https://www.theguardian.com/politics/2019/dec/14/sturgeon-scotland-wants-different-future-from-rest-of-uk

(3) https://www.bbc.com/news/election-2019-50777071

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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