Benalla et le coffre-fort volant.

Je ne sais pas ce que feu Terry Jones et son Flying Circus aurait fait avec cette histoire, d’autant qu’elle est loin d’être terminée. Pourtant, pour le peu que l’on en sait mais qui est déjà nettement plus que ce que l’on en savait, elle révèle déjà un potentiel tragi-comique de belle facture.

Facture à charge du peuple français bien entendu, et comme d’habitude les barbouzeries des militaires, flics et autres psychopathes aux fesses de la Présidence française nous invitent à un feuilleton occupant des tas de gens chers payés, feuilleton dont on ne sait s’il faut rire ou pleurer alors autant en rire.

Après Benalla La Land (1), qui introduisait le barbouze dans ses œuvres policières, ce second épisode d’un possible recueil poétique intitulé « Décompte des Mille et Une Nuisances » résume la farce de la disparition d’un coffre-fort volé au volant duquel je verrais bien un Terry Jones fumant la chicha sur un fond de Marseillaise jouée par une balalaïka.

Un témoin clé.

Comme il sied pour une affaire de coffre-fort, tout tourne autour d’un témoin clé. Clé entendue hier lors d’une audience de la Brigade criminelle et mettant en cause non pas un, mais deux coffre-forts (donc on imagine ici Terry Jones et John Cleese menant une course de coffre-forts volants dans un sketch du Flying Circus), ainsi que « plusieurs membres de la présidence de la République ».

Pour rappel le premier coffre-fort, celui qui servait de totem aux cérémonies macroniques que menait Benalla, en son appartement d’Issy-les-Moulineaux, avec ses potes mafieux et ses clients russes, a précipitamment disparu sans laisser de traces au lendemain de la révélation, le 18 juillet 2018 par le journal Le Monde, des barbouzeries dites de la Contrescarpe.

J’imagine que, dans l’esprit policier consentant un rapport factuel, si le coffre-fort doit se trouver Issy c’est qu’il ne peut être là, et qu’il est donc logique qu’il n’y soit pas. Circulez il n’y a rien à boire, – pardon, à voir.

La clé, donc, qui s’appelle Chokri Wakrim, militaire de son état à l’état-major du Commandement des opérations spéciales (tout un programme fleurant bon le barbouze), fut un temps soupçonné d’avoir été le pilote du coffre-fort volant de Benalla, sans doute du fait qu’il est sous-officier de l’armée de l’air (2).

Mais apparemment non, Mr Wakrim n’aurait pas volé le coffre-fort mais par contre il l’aurait vu, au lendemain de l’affaire de la Contrescarpe soit le 19 juillet, au domicile de Mata Hari, de son vrai nom Pascale Perez, une femme d’affaires (cela ne s’invente pas) ayant obligeamment prêté son luxueux appart avenue Foch au génie Benalla, deux barbouzes élyséens et… le coffre-fort!

Rhoooo!

Partouze de Barbouzes

Les barbouzes en observation devant le coffre-fort sont bien connus de Wakrim et de Macron: Ludovic Chaker, conseiller du chef d’état-major particulier du président, et l’ex-gendarme Christian Guédon, membre du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). On notera au passage que Wakrim n’est pas là-dedans par hasard, sa compagne ayant été, jusqu’en février 2019, cheffe de la sécurité de Matignon (3).

Je donnerais cher pour être une mouche au mur lors de leurs soirées entre potes: Benalla faisant la danse du ventre autour du coffre-fort sur lequel est alanguie Mata Hari caressant le luisant canon d’un Magnum tiré dudit coffre, pendant que Wakrim fait le coup de la clé dans la serrure de la cheffe sécu alors que Chaker s’éclate sur un rock’n’roll face à Guédon qui, en vrai guerrier musculeux pur et dur, évalue la séquence martiale dans laquelle il va tous se les faire en pensant à son Chef.

Il en est en effet très proche, Guédon étant « l’épaule » d’Emmanuel Macron, son garde du corps le plus rapproché et par ailleurs sparring partner du Président sur le ring de boxe du sous-sol de l’Elysée.

Mais à qui profite donc le Wakrim? On se le demande car c’est bien lui qui affirme, dans le sillage de l’accusation (réfutée depuis) que lui porte le journal Libération début 2019 selon laquelle il aurait lui-même déménagé le fameux coffre-fort de Benalla, qu’il existe – tataaaa! – un second coffre-fort appartenant au même Benalla mais situé à l’Elyzée. Coffre vidé dès juillet 2018 par un garde du corps présidentiel à la demande dudit Benalla.

Ce du moins selon Wakrim, qui cherche désespérément à se blanchir car sur la sellette depuis le début de cette affaire, la hiérarchie militaire désirant l’éjecter afin de protéger la raison d’Etat.

Un génie aux manettes.

Le coffre-fort initial, celui censé contenir des armes, celui envolé de chez Benalla pour atterrir chez Mata Hari avant de s’envoler à nouveau, quelques semaines plus tard, pour une destination inconnue, reste officiellement introuvable. On n’en croit évidement rien, la police scientifique étant aujourd’hui capable de retrouver à peu près n’importe quoi sur la base d’une trace laissée sur une lime à ongles retrouvée au fond d’un fleuve, il est évident que si personne n’est venu « officiellement » récupérer ce coffre-fort chez Mata Hari, ni ne sait où il se trouve actuellement, c’est par pure volonté politique.

Question subsidiaire en apparence mais centrale en réalité: que pouvait contenir ce coffre-fort si apte à s’évanouir dans la nature, et dans lequel il semblerait que les fameuses armes restituées par Benalla ne pouvaient toutes entrer?

Mon intuition est qu’en fait Benalla est un génie ayant troqué sa lampe à huile pour un coffre-fort, et qu’il serait apparu lorsque Macron aurait frotté ce coffre en faisant un vœux. Ben oui, un banquier frotte un coffre-fort quand il fait un vœux, logique.

Benalla lui serait donc apparu sous la forme d’un petit génie rondouillet et aurait exaucé la volonté présidentielle en échange de quelques faveurs et privilèges: être tout seul dans le car avec les Bleus, se déguiser en flic pour taper sur la plèbe, et s’envoyer en l’air avec la mafia via les nombreux barbouzes, genre Vincent Crasse, qui gravitent autour des centres de pouvoir.

Ca a pas mal marché, la fine équipe collaborant sur des « projets » financés par un oligarque russe au sein d’une société de sécurité privée baptisée Velours. Quel beau nom pour une organisation mafieuse (4), qui plus est située à côté de l’appartement de Benalla. C’est vraiment un génie.

Liens et sources magiques:

(1)

(2) https://www.huffingtonpost.fr/entry/chokri-wakrim-benalla-coffre-fort_fr_5dce7027e4b029474814f14f

(3) https://www.mediapart.fr/journal/france/220120/benalla-un-temoin-cle-implique-l-elysee-dans-l-affaire-des-coffres

(4) http://www.leparisien.fr/politique/velours-mars-france-close-protection-ces-societes-au-coeur-de-l-affaire-benalla-08-02-2019-8007402.php

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

1 réponse

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.