Elon Musk et La Grande Evasion Spatiale.

Un marronnier de la SF catastrophiste consiste à faire émigrer une partie de l’humanité vers quelque corps céleste plus accueillant qu’une Terre moribonde, détruite par voie de guerre nucléaire, effondrement environnemental, épidémies globales, etc…

Le scénario classique consiste en un vaisseau spatial géant emportant avec lui une petite portion de l’élite du moment vers un ailleurs moins pire, ou en orbite en attendant que « ca passe ». Auquel cas on ne peut pas vraiment parler d’élite mais au moins c’est rigolo:

Le décollage de SpaceX.

La SF est devenue réalité en février 2018 avec la première démonstration des boosters réutilisables de SpaceX, ouvrant la voie à des cadences de lancement importantes à coût « raisonnable »:

En septembre 2019 ce même SpaceX, par le voix de son patron Elon Musk, présentait le Starship (1). Un vaisseau rétro-futuriste en inox capable d’emporter 100 tonnes par lancement en combinaison avec un propulseur réutilisable baptisé « Super Heavy ».

El;on Musk envisage une rotation de trois tirs par jour, soit environs mille tirs par an soit 100 000 tonnes de matériel / population par unité Starship. Mais il compte fabriquer mille Starships sur dix ans, ce qui à terme donnerait une capacité de mise en orbite annuelle de 100 000 000 (cent millions de tonnes).

Mars ou crève.

Pour faire quoi: une première base sur la Lune mais, surtout, une base permanente sur Mars où Musk imagine qu’un million d’humains pourraient habiter d’ici 30 à 50 ans. Sachant que la fenêtre de tir Terre-Mars optimale ne se présente qu’une fois tous les 26 mois, une flotte de mille Starships contenant humains et matériel quitterait son orbite d’attente autour de la Terre pour s’envoler vers la planète rouge une fois tous les deux ans.

Une fois là-bas et ravitaillés par l’industrie martienne, ces vaisseaux reviendraient sur Terre pour un nouveau cycle. Un Mars et ça repart.

Dingue.

Mais pourquoi un tel effort pour aller sur Mars? Pour Musk c’est pour préserver l’Humanité d’une très probable troisième guerre mondiale qui la décimera. Mais une guerre qui, pour lui, sera surtout le fait d’une intelligence artificielle hors contrôle.

Ça fait toujours du bien de savoir que l’on est pas tout seul à penser que le Skynet de Terminator n’est pas que de la SF (2). Encore plus quand le type qui le dit a les moyens de savoir de quoi il parle.

Il précise que son projet n’est pas une grande évasion fiscale spatiale pour les plus riches de la planète, mais une réelle réplique miniature de la vie terrestre. J’imagine néanmoins qu’une forme de sélection drastique aura lieu, la question (très théorique en ce qui me concerne) étant de savoir sur quelles bases. Il n’y aurait guère de sens à recréer une société humaine sur Mars pour la protéger des psychopathes et des mafieux qui la malmènent ici, si on permet à ces mêmes psychopathes et mafieux de l’infiltrer là-bas.

Sur quelle base, alors, opérer cette sélection sachant qu’effectivement, dans ce contexte, la possession massive d’argent et/ou de pouvoir serait plutôt un élément défavorable sur le CV des candidats? Tout comme le serait, idéalement, toute preuve de participation volontaire à la domination, aux guerres de prédation, à l’usage du politique au profit d’intérêts particuliers et au détriment de l’intérêt général.

Autrement dit une telle sélection mettrait d’office hors jeu une vaste majorité de nos élites politiques, économiques, technocratiques, policières et militaires, ainsi que ceux et celles qui, même à leurs petits niveaux, participent de la corruption et de la prédation généralisée. Un vrai jeu de massacre qui toucherait également de plein fouet les victimaires professionnels, les intégristes hystériques, les susceptibles de tous poils, les suprémacistes de tous horizons, les pervers avérés brefs tous ceux et celles avec qui vivre dans un espace contraint est essentiellement impossible.

Ce serait la première fois, dans l’histoire de l’Humanité, qu’une nouvelle société s’établisse sur un territoire vierge en partant non plus d’une sélection naturelle ou guerrière mais d’une sélection sociale. D’autant que l’aventure ne serait pas nécessairement une sinécure: la perspective de passer sa vie dans une bulle artificielle au milieu d’un vaste et hostile désert n’a rien de folichon en soi, et j’imagine que tout contingent expéditionnaire inclurait une solide unité psychiatrique.

Il est également possible que tout ceci ne relève que d’une vaste entourloupe: SpaceX est le moyen qu’a trouvé Elon Musk, qui en fait est un Martien, de rentrer à la maison.

Liens et sources:

(1)

(2)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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