Le plan de Trump et Bibi pour la Palestine.

Un Président voyou en pleine procédure de destitution et un Premier Ministre mis en accusation, pour fraude, corruption et abus de confiance par la justice de son propre pays, se pavanent en riant devant les caméras du monde entier pour annoncer un « plan de paix » relatif au conflit israélo-palestinien.

Rien qu’à voir leurs gueules et connaissant un peu l’histoire liant Donald Trump avec l’extrême-droite israélienne que représente Benjamin Netanyahou (Bibi pour les intimes) (1), nul besoin d’être grand clerc pour deviner que cela reviendra à donner tout le gâteau à Bibi et les miettes à ces terroristes palestiniens dont, en réalité, tout le monde se fout depuis le virage pris par le chef de file du monde arabe sunnite, l’Arabie Saoudite, en faveur d’un – très fort – rapprochement avec Israël et le grand frère américain.

Rapprochement stratégique rendu nécessaire par le renforcement de l’axe Irano-Russe dans le contexte de la guerre en Syrie, de la persistance du Hezbollah (soutenu par l’Iran) au Sud du Liban et de l’incertitude sur la Turquie qui, elle aussi, se rapproche de la Russie (2) et se verrait bien calife à la place du calife à la tête du monde sunnite.

Rapprochement dont l’une des conditions consiste évidemment à ne plus rien faire en matière d’aide politique aux Palestiniens qui se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes, divisés entre le Fatah de Mahmoud Abbas et les islamistes mafieux du Hamas qui contrôlent la bande de Gaza.

De cette population palestinienne coincée entre corruption, impuissance et désespoir jaillissent de temps à autre quelques idiot.e.s utiles armée.e.s de couteaux, permettant ainsi à Israël de légitimer un niveau de violence et de répression qui doit faire pâlir d’envie nos propres Lallement et Castaner, pourtant déjà très « décomplexés » en la matière.

Répression sécuritaire d’un Israël immunisé, grâce aux USA, contre le droit international et les résolutions de l’ONU. Un Israël qui ne fonctionne que sur le mode du fait accompli, s’étant récemment arrogé la propriété pleine et entière du plateau du Golan, ce massif stratégique pris à la Syrie en 1967, annexé à l’encontre du droit international en 1981 et définitivement intégré suite à la reconnaissance officiel de cette – illégale – appropriation par Trump en 2019 (3).

Bref, la mafia évangéliste associée à l’extrême-droite nationaliste et orthodoxe juive, dont les liens ne sont pas seulement de nature opportuniste mais également de nature eschatologique (4), ne pouvaient qu’accoucher d’un plan basé sur le seul principe reconnu aussi bien par les US que par Israël: la loi du plus fort.

Le plan Trump ou l’argument de la farce.

Et de fait. Le « plan » implique l’annexion définitive de la vallée du Jourdain et de tous les territoires illégalement occupés par Israël en Cisjordanie. Ceci n’est que la réalisation du plan déjà présenté par Bibi en septembre 2019, à l’époque un appel du pied à l’extrême-extrême-droite israélienne (Force Juive en particulier) dans son combat électoral pour rester en poste (5).

Mais ce n’est pas tout, le « plan » promet aux Palestiniens une sorte d’Etat indépendant s’ils acceptent un certain nombre de conditions visant deux objectifs: d’une part créer une sorte de grande réserve pour Palestiniens occupant les régions les plus désertiques, sans armée (démantèlement inconditionnel du Hamas) ni ressources mais « autonome » en théorie.

D’autre part – et là est le coup de génie – le transfert des populations arabes israéliennes, celles qui occupent les villes situées le long de la future frontière entre les deux Etats, vers le nouvel Etat palestinien. Le truc un temps rêvé par Hollande et l’inénarrable Manuel Valls pour punir les terroristes islamo-français morts, la déchéance de nationalité de ces Arabes servirait ainsi à contrer l’augmentation de la population arabe en Israël qui, du fait d’une natalité plus importante que celle des juifs, menace à terme la prééminence raciale juive. Et puis cela fait autant d’ennemis potentiels de l’intérieur en moins.

En contrepartie pour une telle relégation à l’état de réserve sous le joug israélien, les Palestiniens recevraient un package de 50 milliards de dollars sur dix ans pour la reconstruction et le développement économique du nouveau pays.

Fatah et Hamas ont d’ores et déjà jeté le plan à la poubelle et rien ne se fera. A minima, tout le monde va attendre le résultat électoral israélien en mars 2020 mais l’opposant principal à Netanyahou, Benny Gantz, a déjà annoncé qu’il soutenait ce plan donc, quoi qu’il arrive, le salut ne viendra pas d’Israël. Tout le monde va en réalité attendre le résultat des présidentielles US fin 2020, un revirement Démocrate pouvant éventuellement apporter un léger rééquilibrage au plan de Trump (qui est en réalité le plan de Jared Kushner et de Netanyahou).

Le point de vue inverse.

Néanmoins il me semble que, par esprit de rationalité, l’on devrait aussi considérer l’argument inverse, celui en faveur du plan.

Autant le cynisme israélo-américain est terrible et le « plan » relevant plus de la farce que de la géopolitique, la réalité du monde est que d’une part les faibles restent faibles et les puissants restent puissants, et d’autre part que les puissants n’aident pas les faibles sauf si vraiment il y trouvent un immense intérêt.

Personne ne va aller aider les Ouïghours et les Tibétains persécutés par la Chine, personne ne va aller aider les Rohingyas coincés entre la Birmanie et le Bangladesh, personne ne va aller déloger les descendants des colons anglais d’Irlande du Nord ou d’Australie, ni aller aider ce qu’il reste des tribus indiennes aux USA à reconquérir leurs terres, ni déloger les Russes de Crimée, ni aider les Kurdes face aux Turcs, ni faire disparaître Israël. Le fait accompli impose donc, à un moment donné, de composer avec la réalité qu’il conditionne et l’enjeu devient, alors, de voir comment on peut améliorer le sort des populations concernées plutôt que d’attendre dans la misère une révolution qui ne viendra pas.

Personne ne va venir en aide aux Palestiniens, et surtout pas les Arabes du coin (Emirats, Arabie, Jordanie, etc…) qui n’ont aucune envie, ni les moyens, de se frotter à l’axe Israël-USA pour « sauver » quelques millions de Palestiniens infoutus de même s’entendre entre eux.

Donc, de ce point de vue, il ne resterait aux Palestiniens d’autre choix que celui d’accepter ce plan, éliminer le Hamas qui ne sert que sa propre hiérarchie, faire bon usage de l’argent qu’on leur propose et donner à leurs enfants et petits-enfants la chance de reconstruire un pays viable. De ce point de vue, malgré la monstrueuse injustice, à choisir entre la peste et le choléra, entre le statu quo sans issue et une nouvelle guerre perdue d’avance, il faudrait savoir changer d’ère.

Liens et sources.

(1)

(2)

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Plateau_du_Golan

(4)

(5)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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