Covid-19 et taux de mortalité de 2%. Info ou intox?

La France enregistre, chaque année, de l’ordre de 600 000 décès. 70% des décès sont associés à une ou plusieurs maladies (tumeurs, appareil vasculaire, digestif, respiratoire etc…), et 30% à des causes externes (accidents, suicides et autres causes ne relevant pas des grandes classes de maladies). Les troubles respiratoires représentent 6,6% de l’ensemble soit 40 000 décès, et les maladies infectieuses 1,9 % soit 12 000 décès. Les maladies dites iatrogènes, qui résultent d’actes médicaux ayant eu des conséquences néfastes, sont de l’ordre de 13 000 par an.

Les maladies causant la mort ont souvent des causes identifiables: le tabac est considéré la cause première pour 60 000 décès annuels, l’obésité pour 55 000, l’alcool pour 50 000, la pollution pour 48 000. Ces quatre causes ensemble comptent donc pour approximativement 213 000 décès. Evidemment, sans ces causes ces personnes finiraient par mourir de toute manière mais l’espérance de vie globale augmenterait, vu qu’elles vivraient a priori plus longtemps.

Dans le cas d’une épidémie tel le Covid-19, la plupart des personnes qui décèdent sont plutôt âgées et/ou déjà fragilisées par d’autres maladies respiratoires et/ou chroniques. Tout comme les fumeurs meurent statistiquement plus tôt que les non-fumeurs, l’enjeu de santé publique se mesure en gain d’années de vie plutôt qu’en alternative entre vie et mort – vu que tout le monde finit par mourir.

Ce que l’on sait, ou pas, sur la mortalité du Covid-19.

Le taux de mortalité du Covid-19 est plus compliqué à saisir qu’il n’y paraît. On cite un peut partout le chiffre de 2,3% (1), qui vient d’une étude du Chinese Center for Disease Control and Prevention parue au JAMA le 24 février. C’est sur cette base que se font la plupart des prédictions alarmistes d’hécatombes, vu qu’en effet si l’on ne fait rien, un tel taux mènerait à 900 000 morts rien que pour la France (calcul prenant en compte 60% de la population, niveau auquel une épidémie s’arrête d’elle-même). Le genre de chiffre qui, bien évidemment, rend caduque toute hypothèse d’immunité naturelle de groupe en laissant progresser le virus.

Une nouvelle étude, venue de Hong Kong, et publiée ce 19 mars dans Nature sous le titre Estimating clinical severity of COVID-19 from the transmission dynamics in Wuhan, China (Estimation de la sévérité clinique du Covid-19 à partir des dynamiques de contagion à Whuan, Chine) (2), apporte un nouvel éclairage bénéficiant d’un peu plus de recul.

Le premier message porté par cette étude est le suivant:

Sur bases de publications publiques, nous estimons que le risque global de mortalité (sCFR, symptomatic case fatality risk ou le risque de mortalité pour les personnes présentant des symptômes d’infection par Covid-19) à Wuhan était de 1,4% (entre 0,9 et 2,1%).

Using public and published information, we estimate that the overall symptomatic case fatality risk (the probability of dying after developing symptoms) of COVID-19 in Wuhan was 1.4% (0.9–2.1%)

https://www.nature.com/articles/s41591-020-0822-7

Le sCFR ne prend en compte que le risque de mortalité au sein du public infecté – et détecté comme tel, vu que sans dépistage, on ne sait pas quelle proportion du public est réellement infectée à l’instant t, mais j’y reviendrai plus bas. Ceci veut dire que, pour un ratio sCFR de 1,4%, le taux réel pour l’ensemble de la population est nécessairement plus bas encore. Mais plus bas de combien, cela reste à déterminer.

Ce chiffre global est alors détaillé par tranche d’âge:

figure2

Il apparaît d’une part que le risque de mortalité augmente effectivement au-delà de 2% à partir de 60 ans (1er graphique), et que la susceptibilité relative à l’infection (le risque d’être contaminé, 2nd graphique) varie également fortement avec l’âge. Il semble y avoir un seuil, autour de 65 ans, entre un risque modéré et un risque important.

La susceptibilité à l’infection reste néanmoins incertaine vu qu’il est probable que de nombreuses personnes soient infectées mais, ne développant pas de symptômes significatifs, ne rentrent pas dans les statistiques.

L’étude note également que:

Le risque précis de mortalité pourrait ne pas être généralisable en dehors de l’épicentre originel (Wuhan, ndt), ce spécialement lors des phases suivantes de l’épidémie. L’expérience acquise lors de la gestion des premiers patients et la disponibilité croissante de nouveaux, et potentiellement meilleurs traitements pour plus de patients, mènerait sans doute à moins de morts, toutes choses égales par ailleurs.

the precise fatality risk estimates may not be generalizable to those outside the original epicenter, especially during subsequent phases of the epidemic. The experience gained from managing those initial patients and the increasing availability of newer, and potentially better, treatment modalities to more patients would presumably lead to fewer deaths, all else being equal. 

https://www.nature.com/articles/s41591-020-0822-7

Un autre facteur, relevé par l’épidémiologiste Jeffrey Shaman, est le fait que très peu de gens infectés furent détectés au début de l’épidémie. Il estime que seulement 14% des habitants réellement infectés de Wuhan, et de la province de Hubai, furent en réalité dépistés. Autrement dit le chiffre officiel des infections en Chine serait fortement sous-évalué, mais le nombre de morts étant a priori correct, le taux réel de mortalité est encore plus bas que le 1,4% de l’étude dans Nature.

Selon les chiffres actuels de la pandémie.

Si l’on se penche sur le cas de la Corée du Sud, qui semble avoir passé le pic tout comme plusieurs autres pays d’Asie, on trouve 9 000 infections pour 118 décès, ce pour une population de 51 millions, donc de taille comparable à la France. Ceci correspond à un taux de mortalité sCFR de 1,31%, un poil en dessous du taux chinois, mais sans doute plus précis.

Si l’on fait le même calcul pour la France avec les données actuelles, calcul purement académique vu que nous ne sommes pas encore au pic épidémique, le sCFR serait de (1 100 décès / 22 300 infections connues) soit 4,9% (contre 4,3% hier).

Le risque global de mortalité pour la population, lui, est très difficile à établir vu qu’il faut attendre le passage du pic (décroissance de nouvelles infections) pour faire le calcul. En Chine on sait que le nombre réel d’infections est (largement?) supérieur au chiffre officiel de 81 180.

En Corée du Sud, où fut mené un dépistage sévère de tout cas suspect et de tous les contacts de tous ces cas, symptomatiques ou non, le ratio des décès rapportés à l’ensemble du pays est de « seulement » 0,0002%! Incroyablement bas. Si la France appliquait ce taux (donc ces méthodes) nous aurions 150 morts, et sans confinement généralisé ni catastrophe économique!

Si l’on prend l’ensemble des chiffres de la pandémie à l’heure actuelle, recouvrant 196 pays, le total des infections dépistées est de 403 000 et le nombre de décès, 17 500 ce qui nous donne effectivement un taux sCFR de 4,3% – la France est donc pile dans la « norme », mais d’autres s’en détachent: l’Allemagne a actuellement un taux dix fois moindre, 0,47%, alors que l’Italie est à 9,3% et l’Espagne à 7%.

Nul doute que le taux français grimpera fortement au cours des deux semaines à venir, les prévisions étant de 12 000 morts à la fin du mois. Les Pays-Bas, qui comme l’Allemagne n’ont pas choisi le confinement, sont à 4,9% mais s’évitent, pour le moment en tout cas, la catastrophe sociale et économique associée au confinement de moyenne à longue durée. Enfin chez les Suisses, opposés au confinement qu’ils décrivent comme de la « politique spectacle » mais qui semblent mener une stratégie forte de dépistage, le taux actuel est de 1,3%.

Ces chiffres ne veulent pas encore dire grand chose et des comparaisons réalistes pourront commencer à se faire d’ici un mois sans doute, mais néanmoins on voit que la méthode « dépistage et isolement des cas sans crash économique » semble très nettement plus favorable que celle du confinement, du traumatisme social et de l’arrêt économique.

Ce, pour une simple raison que démontre une toute récente étude publiée dans le Washington Post (3): le confinement n’étant jamais parfait (il y a toujours des gens qui se déplacent, ne serait-ce que les flics) il est en réalité pire que la distanciation sociale forte. Distanciation qui, associée à une politique de dépistage sérieuse, confine de fait les cas contagieux et libère les autres.

Que conclure.

Pour l’instant pas grand chose. Les politiques adoptées par manque de compétence politique et sanitaire par, notamment, l’Italie, l’Espagne et la France sont une catastrophe mais on ne peut revenir en arrière. Il faut faire avec l’autisme du régime qui, même s’il a finalement compris qu’il fallait dépister, n’en a pas encore les moyens et réserve le dépistage pour « après » le pic épidémique. Voici donc ce qui est prévu ici à fin mars:

graphe3-v2-c19
Source: https://blogs.mediapart.fr/loismallet/blog/200320/recommandations-face-la-dynamique-catastrophique-du-covid-19-en-france

J’en reviens au premier paragraphe de ce billet, où nous voyons que plus de 200 000 personnes meurent prématurément, chaque année, des « plaies » que sont le tabagisme, la malbouffe, l’alcoolisme et la pollution. Personne ne songe à arrêter l’économie et enfermer la population pour combattre ces fléaux et « sauver » 200 000 personnes. Au contraire, l’Etat se gave de taxes sur le tabac et l’alcool.

Or, sur base de ce que nous venons de voir, si le taux réel de décès dans une population appliquant une politique de distanciation sociale sérieuse, se situait aux alentours de 1% des sCFR en prenant en compte l’amélioration des techniques de soin (chloroquine?), et qu’un quart de la population (ici, 17 millions) se révélait symptomatique – sachant qu’un bonne partie de celle-ci est déjà à risque, quelle serait la surmortalité dans cette population du fait de ce virus?

Je l’ignore mais ce n’est certainement pas pire que les 200 000 décès prématurés qui arrivent chaque année, depuis des décennies, sans que l’on s’en émeuve plus que cela. Ce qui choque dans cette affaire n’est pas tant le nombre absolu de décès, mais l’incapacité du service de santé à faire face à la « vague » par manque de quelques milliers de lits, de matériel, de masques et de personnel et, donc, la question de la « perte de chance » (décès prématuré) pour tous ceux et celles se retrouvant sans accès aux soins nécessaires.

La question subsidiaire serait alors: en quoi cet état de fait légitime t’il le renvoi au placard de la démocratie, l’occupation policière de tout le territoire, le confinement de longue durée et la souffrance que cela inflige à des millions de gens, le crash économique qui’il faudra bien payer ensuite? La seule légitimité découle de l’état de fait: le manque de moyens. Pas de kits de dépistage, pas de masques – les deux jambes d’une politique de mise à distance des gens contagieux afin de libérer les autres, et ainsi réduire l’impact global.

On va donc, comme je le présumais dans ce précédent article, rendre la vie impossible à la population, la pousser à bout afin de pouvoir, ensuite, lui faire porter la faute si cela se passe mal. A ce niveau d’incompétence, on frise le criminel.

Liens et sources:

(1) https://blogs.mediapart.fr/loismallet/blog/200320/recommandations-face-la-dynamique-catastrophique-du-covid-19-en-france

(2) https://www.nature.com/articles/s41591-020-0822-7

(3) https://www.washingtonpost.com/graphics/2020/health/corona-simulator-french/?fbclid=IwAR3PhqJzejAcaesaXGpPTFAAZCOcUS_j-smxZYF_Il4CMycKodFvp4mYpXw

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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