Frédéric Cuvillier: Lettre ouverte à l’Etat.

Hors toute idée de prosélytisme politique, je reproduis ici la lettre ouverte adressée à l’Etat par le Maire de Boulogne-sur-Mer, Frédéric Cuvillier, qui fut un temps secrétaire d’État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche. Il est bon, à mon avis, que des politicien.ne.s disposant d’une certaine légitimité dénoncent la situation ubuesque dans laquelle l’incompétence du régime Macron et de la technocratie française place ce pays.

Lettre ouverte aux responsables de l’Etat

Covid 19 : de la clarté et de la cohérence

Depuis le début de la crise sanitaire que traverse notre pays, nous sommes mobilisés pour assurer la continuité des fonctions essentielles de la Nation et des services publics, à organiser la vie de nos territoires et de leurs habitants au quotidien. Ces temps de crise appellent la cohésion, le sens des responsabilités et la solidarité. C’est ainsi que l’on gagne les combats les plus difficiles. Mais pour qu’il y ait tout cela encore faut-il qu’il y ait de la cohérence et de la compréhension de la part de tous.

La succession des interventions officielles et autres annonces, au jour le jour, ne manquent pas d’interroger, au quotidien, nos concitoyens qui, légitimement, s’inquiètent et demandent à comprendre.

Nous avons connu l’épisode des élections municipales qui, maintenues dans un premier temps, ont été suspendues dès le lendemain du 1er tour, laissant toutes nos collectivités dans l’incertitude et le suspens. Nous avons connu la chaotique séquence de l’installation des conseils municipaux qui, confirmée pour 30 000 communes, sera annulée la veille des premières réunions de conseils municipaux.

C’est dans ce contexte que l’on demande aux maires, pour la plupart seuls car pas encore remplacés pour certains, qui ne se représentaient pas, pas encore élus, pour ceux qui devront affronter un 2ème tour ou, non encore installés pour ceux dont l’élection a été acquise au 1er tour, de mettre en œuvre et d’assumer des décisions d’urgence dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles manquent de constance, de rigueur et de cohérence.

Nous sommes confrontés à des injonctions pour le moins contradictoires. Et les français de s’inquiéter de ce qui donne un sentiment de haute improvisation face à une crise sanitaire annoncée de grande ampleur.
Notre personnel soignant et l’ensemble des professions d’urgence et de santé entendent les discours de soutien à leur endroit mais tirent légitimement la sonnette d’alarme pour pouvoir obtenir des services de l’Etat l’indispensable matériel de protection (masques et autre sur-blouses) qui n’arrive toujours pas malgré, depuis plusieurs jours, des déclarations ministérielles rassurantes.

Nos populations sont, selon les intervenants et dans le même temps, invitées à rester chez elles et à aller travailler ; les services publics à être suspendus mais à devoir assurer une continuité d’action…

L’injonction répétée est, parce que nous sommes « en guerre », de rester chez nous mais pourtant, et jusqu’au 15 avril 2020, sont autorisés « tout rassemblement, réunion ou activité mettant en présence de façon simultanée moins de 100 personnes en milieu clos ou ouvert » – article 7 du chapitre 3 du décret du 23 mars 2020.

Ce même décret vient de préciser pourtant les conditions de déplacement autorisant les sorties d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de son domicile, liées « soit à une activité physique individuelle, à l’exclusion de toute pratique sportive collective et de toute proximité avec d’autres personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie ». Mais dans le même temps, ils ne pourront le faire ni sur des promenades, parcs ou jardins publics pas plus que dans des sites naturels tels que la plage.

Il n’aura fallu que quelques images de comportements irresponsables sous le chaud soleil des plages du sud de la France ou dans des parcs publics parisiens pour que, de façon indifférenciée, toutes nos plages, parcs et jardins soient fermés.

Tout aussi étrange encore la « logique » appliquée aux marchés alimentaires.

Si sur le site du gouvernement.fr il est indiqué « tous les établissements indispensables à la vie de la Nation notamment les marchés alimentaires clos (à ne pas confondre avec les marchés couverts ndlr) et commerces alimentaires (…) » sont autorisés à recevoir du public, le dernier décret vient tout simplement de les interdire (sauf dérogation !).
Si l’on s’en tient donc aux mesures prises qu’il nous est demandé de faire appliquer et à l’état du droit : un rassemblement de 100 personnes reste autorisé dans un lieu public ouvert ou fermé mais la présence de 2, 5, 10 ou 100 personnes est interdite dès lors qu’il s’agit d’un marché alimentaire même en plein air quelles que soient sa superficie et les mesures de distanciation prises.

Sur les marchés boulonnais, les consignes ont été données et respectées ; je suis d’ailleurs allé samedi et dimanche, m’assurer que les dispositifs étaient mis en place : éloignement des étals, diminution du nombre d’exposants, distanciation des clients, le tout sous le contrôle des agents assermentés. Par ailleurs, consigne a été donnée pour que les consommateurs ne touchent pas les denrées alimentaires.

Or, l’effet pervers des dernières mesures annoncées est d’engager les populations à être confinées dans des hypermarchés, qui restent ouverts eux, où les mesures prises sont bien en deçà de celles organisées par nos petits commerçants de quartier ou sur nos étals. Par milliers, quotidiennement dans les rayons frais en libre-service, les acheteurs continueront à tripoter fruits et légumes, à s’échanger les caddies dans une forme d’indifférence coupable.
Les acheteurs pourront d’ailleurs indifféremment acheter, dans ces grandes surfaces laissées ouvertes, des produits alimentaires, non alimentaires, de bricolage, d’électroménager ou d’habillement alors que nos commerces de centre-ville, que l’Etat prétend défendre, seront eux fermés durablement avec les conséquences humaines et économiques que l’on peut imaginer.

Comment juger crédibles alors les propos du ministre de l’agriculture qui a appelé mardi, les Français à rejoindre « la grande armée de l’agriculture » pour nourrir le pays en temps de crise sanitaire alors que, dans le même temps, on dissuade nos petits producteurs locaux de campagne de venir assurer une partie de l’approvisionnement de nos villes.

Comment juger crédibles les déclarations de l’Etat et les innombrables réunions afin d’exhorter nos pêcheurs à reprendre la mer pour sauver le secteur alors même qu’il leur refuse les dérogations de vente directe nécessaires sur les aubettes ? Aussi, par cohérence, je demande aux représentants de l’Etat d’adresser à chacun d’eux une dérogation nominative leur permettant de poursuivre leur activité.

Il est hautement souhaitable, dans cette période si particulière et qui deviendra de plus en plus difficile pour nos populations, que des mesures sérieuses, cohérentes et réfléchies interviennent rapidement. Qu’elles le soient en particulier en direction de ces personnels valeureux qui se mobilisent jour et nuit et dont il faut entendre la détresse. Car plus que jamais, en ces périodes de crise, l’action de l’Etat a besoin de crédibilité.

Source: https://www.facebook.com/fcuvillier

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Ce blog se place clairement en critique des choix du gouvernement, de l’impéritie de la technocratie qui ne raisonne qu’en termes d’enjeux de pouvoir et de privilèges de caste, de l’imposition d’un pseudo-confinement visant à rendre la population responsable d’une catastrophe sanitaire que le régime n’a plus les moyens d’éviter, et de l’utilisation qui est faite de cette crise pour faire avancer la « cause » d’un Etat autoritaire et policier.

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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