Le rapport coût-bénéfice catastrophique du confinement.

Nul doute que de très nombreuses personnes qui liraient un tel titre, en ces temps dramatiques, pousseraient des cris d’horreur. Le sensationnalisme médiatique (1), l’émotionalisme de mise et la propagande d’un gouvernement ayant tout loupé se combinent pour interdire tout questionnement sur le bien-fondé d’une politique que ces mêmes, ou la plupart, considéraient pourtant infondée voici peu de temps encore.

Le cas de l’Inde.

Ce mardi le Premier Ministre indien Modi imposait le confinement à 1,3 milliards d’habitants pour une durée de trois semaines. Les rues chaotiques de New Delhi et des grandes villes, habituellement pleines à craquer de gens pauvres vivant dans la rue, sont vides. Où est passé tout ce monde? Il a été renvoyé manu-militari dans ses villages d’origine, des déplacements de masse face auxquels l’exode urbain de nos parisiens fait mine de petite virée entre copains. Sauf qu’en Inde, ce sont les pauvres qui partent, à pied, sur des centaines de kilomètres, pour aller là où rien ne les attend et où le coût humain sera énorme.

Que sera ce coût, il est trop tôt pour le savoir mais Modi a d’ores et déjà publié une « demande de pardon » à sa population pour lui avoir infligé une telle épreuve. Non pas qu’il le regrette, affirmant qu’au final tout ceci aidera l’Inde à surmonter la crise du Coronavirus. Il a promis à ces centaines de millions de malheureux de l’aide alimentaire, mais pour au moins deux économistes indiens, accessoirement récipients du prix Nobel d’économie de 2019, le package prévu sera largement insuffisant:

« Sans cette aide supplémentaire, la crise de la demande va enfler jusqu’à l’avalanche économique, et les gens n’auront pas de choix que de désobéir (aux ordres de confinement, ndt) », écrivent-ils dans le Indian Express.

“Without that, the demand crisis will snowball into an economic avalanche, and people will have no choice but to defy orders,” they wrote in the Indian Express.

https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-southasia/modi-apologizes-to-indias-poor-as-lockdown-criticism-mounts-idUSKBN21G0AU

Le président du Congrès indien, Rahul Gandhi, a écrit au Premier’ Ministre:

Il est critique pour nous de comprendre que la situation indienne est unique…. Les conséquences d’un arrêt complet de l’économie va amplifier de manière désastreuse le taux de mortalité associé au Covid-19.

“It is critical for us to understand that India’s conditions are unique. …. The consequences of a complete economic shut down will disastrously amplify the death toll arising from the Covid-19 virus.”

https://indianexpress.com/article/coronavirus/rahul-gandhi-pm-narendra-modi-coronavirus-india-lockdown-6337248/

Ce qu’il se passe en Inde n’a, me direz-vous, rien à voir avec ce qu’il se passe ici. Je ne le pense pas, et j’imagine que le suicide de Thomas Schaefer, ministre des finances du Hesse (Allemagne), porté sur le compte de son « inquiétude » face aux conséquences de l’épidémie alors même que l’Allemagne n’est pas confinée stricto sensu, devrait nous servir d’avertissement.

Coût du confinement en France.

En France, Bruno Le Maire déclarait le 9 mars que l’impact de la crise se chiffrera en la perte de plusieurs dizaines de points de PIB. Cela, c’était une semaine avant la mise en oeuvre du confinement. Sachant qu’un point de PIB équivaut à peu près à 20 milliards d’euros, « plusieurs dizaines de points » ça veut dire dans les mille milliards d’euros (si « plusieurs » était égal à cinq).

L’INSEE, de son côté, publiait une estimation ce 26 mars portant sur 3 points de PIB par mois de confinement (3). 3 points c’est moins que « plusieurs dizaines », nul ne sait où est la vérité mais 10 points semble a priori raisonnable, soit une perte d’un dixième du PIB annuel, soit 200 milliards d’euros. C’est autant de perte sèche d’activité, donc un paquet de taxes en moins, donc de budget en moins. C’est aussi une perte dramatique pour l’emploi: aujourd’hui 2 millions de travailleurs sont au chômage du fait de l’épidémie.

Quel sera le coût humain d’une telle perte économique? Combien sombreront dans la pauvreté, combien de nouveaux SDFs, combien de suicides, combien de morts prématurées au sein des forces vives seront à attribuer, ici, à cette politique de confinement?

Hors l’aspect purement économique, les violences envers les femmes ont augmenté de plus de 30% dans la semaine ayant suivi le confinement (4). Où sont les féministes? Peut-on faire passer par pertes et profits le massacre physique et psychologique de ces femmes, mais aussi de tous ces enfants soumis à l’emprisonnement ou à ces adultes qui deviennent fous, des semaines durant, dans des lieux incompatibles avec un confinement au-delà de quelques jours?

Mais on s’en fout, nous disent politiciens, médias, médecins et toute la bonne moralité en marche depuis le 17 mars: c’est cela OU NOUS ALLONS TOUS MOURIR!

Conneries.

Tous les scientifiques savent que le confinement, s’il permet sans doute effectivement de ralentir la progression de l’épidémie et donc, surtout, d’éviter le débordement total des services de santé concernés, ne permet pas d’éviter la contagion d’au moins 50% de la population. A ce stade l’épidémie s’arrête d’elle-même faute de nouvelles cibles facilement accessibles. En confinant la population on prolonge simplement la durée de cette contagion afin d’éviter une surmortalité liée au manque de capacité des services de santé.

https://zerhubarbeblog.net/2020/03/27/coronavirus-sensationnalisme-exageration-et-confinement/

Que vaut une espérance de vie?

Sans confinement, donc sans l’impact économique catastrophique admis par tous, nous ne mourrions pas tous. Le taux de mortalité serait en fait le même, vu que de toute manière au moins 50% de la population sera infectée tôt ou tard, c’est-à-dire maintenant ou lors de la deuxième vague qui suivra la fin du confinement. La différence de mortalité se situerait au niveau des personnes qui mourraient par manque d’accès aux soins, du fait de la surcharge hospitalière.

Combien? Un premier élément concerne ceux et celles qui décèdent en Ehpad. Déjà aujourd’hui, alors même que le système de santé n’est pas encore saturé (sauf dans le Grand Est, mais il est possible de dispatcher des malades ailleurs), des personnes à risque (âgées et souffrant déjà de pathologies aggravantes) décèdent en masse (5). Elles n’en mourraient sans doute pas moins sans confinement, mais peut-être de manière moins malheureuse.

Le régime évite bien sûr de communiquer sur la mortalité en Ehpad, le calcul se fera plus tard. En attendant, le confinement impose une misère insoutenable à nos vieux, aux personnels, aux familles.

Le gouvernement semble avoir mis en place un plan d’urgence pour augmenter la capacité d’accueil des hôpitaux. De 5 000 lits en début de crise, le total actuel serait de 10 000 lits pour bientôt passer à 14 000 (6).

Donc the question is: l’augmentation des moyens de soins est-il suffisant pour ne pas avoir de débordement et, donc, de décès par « manque de chance », de gens mourant sur les parkings des hôpitaux faute d’accès aux soins? Et the question subsidiaire serait alors: Si la réponse est oui, quelle aurait été la situation sans confinement?

On aura la réponse à la première question d’ici quelques jours, et je parie qu’elle sera « oui ». Même en Italie, avec un énorme foyer dans le Nord et moins de temps de préparation que la France, avec une population encore plus à risque qu’ici, les hôpitaux semblent arriver à ne laisser personne sur la touche. C’est la guerre, les soignants sont laminés, mais on ne voit pas (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas, bien sûr) de scènes d’apocalypse avec des centaines de personnes laissées sur la touche. Peu probable que cela arrive en France.

Il sera alors sans doute possible de faire une estimation de la réponse à la question subsidiaire: quelle surmortalité en l’absence de confinement. Etant donné que nous ne savons pas la progression réelle de l’épidémie dans la population en général, du fait que personne n’est testé, mais que les estimations varient de quelques % à 50%, on peut raisonnablement estimer que 10% de la population française est déjà touchée, soit 6,7 millions de personnes. Le pseudo-confinement imposé à la France est en effet plein de trous: les travailleurs toujours en activité l’attrapent et le distribuent, tout comme les dizaines de milliers de flics qui, outre la chasse au chiffre d’affaires, sont sans doute en grande partie infectés et distribuent eux aussi le virus par le biais des nombreux contrôles d’attestations à la con (7).

Si l’on prend les situations en Allemagne, Suisse et Pays-Bas où des gens raisonnables ont certes imposé une forte distanciation sociale, et la fermeture d’une partie de l’économie, mais pas de confinement de la population, cela n’est pas pire qu’ici même s’il est trop tôt pour faire le bilan:

Sans réponse précise à notre question, prenons les choses dans l’autre sens: quel est le prix que la société donne à l’augmentation de l’espérance de vie?

Les décès prématurés causés par le tabagisme, l’alcool, la malbouffe (obésité) et la pollution se chiffrent à 200 000 pour la France. Par an. La grippe à elle seule tue 8 000 à 10 000 personnes (8) et en infecte entre 2 et 6 millions. Au pire donc, on aurait pas loin de 10% de la population touchée et 10 000 morts, soit une létalité proche de 0,2% – ce qui colle avec les chiffres généralement cités. Personne ne s’en émeut particulièrement et personne ne songe à fermer le pays pour autant, que ce soit pour les 8 000 à 10 000 morts de la grippe ou les 200 000 personnes qui perdent, chaque année, des années de vie du fait de leurs conditions de vie.

Une première analyse permet donc de se demander pourquoi, si la surmortalité au Covid-19 du fait de non-confinement touchait moins de 10 000 personnes (et en réalité beaucoup moins car la létalité réelle du virus, en rapport avec la population générale, semble largement surestimée (9)), cela justifierait le confinement ici alors que cela ne le justifie pas pour la grippe qui tue autant. Sans parler de la pollution de l’air (48 000 décès par an (10) mais zéro confinement) et le reste.

Affinons, car en effet la population essentiellement touchée par le Covid-19 est âgée. Comment estimer la « valeur » que la société accorde à maximiser la durée de vie de cette population? Un moyen est de passer par la chute.

Le prix de la chute.

En 2014 Régis Gonthier, de l’Académie de Médecine, publiait une étude intitulée  » Épidémiologie, morbidité, mortalité, coût pour la société et pour l’individu, principales causes de la chute ». Le résumé débute ainsi:

La chute est la première cause de mortalité accidentelle chez le sujet âgé (environ 12 000 décès par an). Elle devient de plus en plus fréquente au fur et à mesure du vieillissement : un tiers des sujets âgés de plus de 65 ans vivant à domicile chutent au moins une fois par an et la moitié des plus de 85 ans font une ou plusieurs chutes par an. Malgré sa fréquence, elle ne doit pas être banalisée, car elle entraîne une morbidité et des dépenses de soins importantes….

… Environ 1,5 % de l’ensemble des dépenses de santé sont en lien avec les chutes. La majorité des coûts est due aux hospitalisations, sachant que les fractures de l’extrémité supérieure du fémur sont les plus coûteuses à traiter

http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2016/02/pages-de-1025-1040.pdf

1,5% du budget santé, soit 3 milliards d’euros. A diviser par les 12 000 décès annuels cela donne 250 000 euros alloués par personne âgée ayant chuté, et pour laquelle la société choisit de prolonger l’espérance de vie au-delà du moment de la chute.

Calcul de surmortalité.

Reprenons notre cas de figure plutôt pessimiste: sans confinement, toutes choses par ailleurs égales, la surmortalité toucherait 10 000 personnes, la vaste majorité au sein de la même population que celle affectée par les phénomènes de chutes. Le coût de ce confinement, pour sauver ces personnes, serait a minima de 3 points de PIB (sans doute plutôt 10, mais prenons le meilleur cas donné par l’INSEE pour un mois de confinement) soit 60 milliards d’euros.

Diviser 60 milliards d’euros par 10 000 personnes sauvées donne un coût de 6 millions d’euros par personne sauvée, dont on prolonge ainsi la vie de quelques années.

Certes c’est un choix, mais il me semble que si c’est un choix il faudrait a minima que la population puisse s’exprimer sur ce choix. Ce qui n’est pas le cas. Il faudrait, surtout, comparer ceci avec les valeurs que la société accorde à d’autres:

L’Etat alloue de l’ordre de 10 000 euros par an par élève / étudiant via le budget de l’Education Nationale (11). Les 62,4 millions de bénéficiaires de la Sécu bénéficient, en moyenne, de 3 200 euros de participation (12). On est loin, très loin de mon calcul (très) approximatif de 6 millions d’euros par personne sauvée via le confinement.

Critique.

Nul doute que la plupart des gens trouveront ce calcul totalement à côté de la plaque voire indécent. Ils et elles se diront que si l’on ne confine pas, ce seront non pas quelques milliers mais des dizaines voire des centaines de milliers de gens qui périront du Covid-19.

Rien, pourtant, ne semble justifier une telle hypothèse. Rien sinon la communication anxiogène des médecins devenus stars des plateaux TV, des porte-paroles du lobby pharmaceutique qui naviguent entre les couloirs du pouvoir et ces mêmes plateaux ; des journalistes qui – adorent – le sensationnel et l’anxiogène, et des politiciens qui, en exagérant les risques à outrance, justifient ainsi toutes les mesures douteuses sous l’Etat d’urgence sanitaire.

L’argument, bien sûr, est que si en Chine et ailleurs en Asie la mortalité finale fut si faible c’est bien grâce au confinement et/ou aux tests de dépistage réalisés de manière massive. Ces cas sont différents: la Chine était à poil devant une explosion de Covid-19 à Wuhan. Ne sachant pas à quoi ils avaient affaire ils ont tout essayé en même temps: dépistage massif, confinement massif au moins dans la province de Hubai et les grandes villes. Ce fut également une opportunité pour Xi Jinping de reprendre avec une main d’acier ce qu’il tenait déjà d’une main de fer: le contrôle total sur sa population – au nom ici de la guerre contre le Covid-19.

Si la Corée du Sud (avec 51 millions d’individus) s’en sort avec seulement 158 décès c’est du fait de sa politique de dépistage et de traçage, sans confinement. Incomparable avec le cas européen.

Trouver un sens.

Alors, que se passe t-il? Une hystérie politico-médicale alimentée par le monde pharmaceutique qui y voit une opportunité en or de réaliser des fortunes avec de nouveaux médicaments et vaccins? Un principe de précaution poussé jusqu’à un extrême dénué de toutes traces de rationalité? Un Coup d’Etat opportuniste tel décrit dans « La Stratégie du Choc » de Naomi Klein?

Je l’ignore, je constate simplement que:

  • Le coût économique et social du confinement rapporté à la mortalité effectivement observée est absolument dément, suicidaire et injustifiable.
  • Le système de santé français n’est pas encore saturé, malgré les cris d’alarme depuis 2 semaines. On crée des lits, on évacue vers des hôpitaux moins chargés. C’est un problème de logistique plus que de capacité absolue.
  • La surmortalité associée au non-confinement, toutes choses par ailleurs égales, semble toujours être de zéro (pas de « pertes de chance »).
  • La surmortalité associée au confinement des Ehpads, par contre, semble réelle.
  • Les traumatismes et violences ménagères et sociales associées au confinement sont, elles aussi, bien réelles et dramatiques même si les élites n’en ont strictement rien à faire vu qu’elles ont les moyens, elles, de vivre un confinement très relatif voire tout à fait confortable.
  • Le système des attestations à la con relève, ni plus ni moins, d’un racket policier.
  • Le confinement s’inscrit dans une « loi » d’Etat d’urgence sanitaire qui relève d’un abus de pouvoir inacceptable et dangereux, ce que le pénaliste Raphaël Kempf nomme une « loi scélérate » (13).

A bon entendeur, salut.

Liens et sources:

(1)

(2)

(3) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/coronavirus-un-mois-de-confinement-ferait-perdre-3-points-de-pib-a-la-croissance-annuelle-francaise-20200326

(4) https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/coronavirus-le-confinement-a-augmente-les-violences-conjugales-1189692

(5) https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/28/covid-19-le-difficile-decompte-des-morts-au-jour-le-jour_6034752_3244.html

(6) https://www.20minutes.fr/sante/2750047-20200328-coronavirus-objectif-passer-14000-lits-reanimation-annonce-olivier-veran

(7)

(8) https://www.cnews.fr/france/2020-03-18/la-grippe-saisonniere-est-elle-plus-dangereuse-que-le-coronavirus-932222

(9)

(10) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/02/27/avec-48-000-morts-par-an-en-france-la-pollution-de-l-air-tue-plus-que-l-alcool_5429074_4355770.html

(11) https://www.education.gouv.fr/157-milliards-d-euros-consacres-l-education-en-2018-67-du-pib-5519

(12) https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/DSS/2019/CHIFFRES%20CLES%202019.pdf

(13) https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/raphael-kempf-il-faut-denoncer-l-etat-d-urgence-sanitaire-pour-ce-qu-il-est-une-loi-scelerate_6034279_3232.html

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

21 réponses

  1. Anonyme

    D’accord avec toi sur toute la ligne… cette situation est completement absurde. On sacrifie tant de choses pour si peu.

  2. Dimitri Peffer

    Bon article, merci Vincent Verschoor. Il est en effet essentiel d’évaluer l’impact du confinement en termes de coût-bénéfice. Comme vous l’argumentez dans l’article, le confinement sacrifie probablement plus de vies qu’il n’en sauve. Votre article date du 29/03, pas mal de chose ont évolué depuis, par exemple il y a à ce jour (10 mai) 26,000 victimes recensées du COVID-19 en France. Ce serait vraiment fort intéressant de lire une version actualisée de votre article et de comprendre quel est le rapport coût-bénéfice du confinement. En fait, nos décideurs devraient demander ce type d’estimation, actualisées très régulièrement, aux universités et centres de recherches et les utiliser comme base pour leurs décisions.

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