Amoco Cadiz et la malédiction d’Egypte.

Portsall, Finistère, au cœur de l’hiver. A quelques encablures de l’ancre de l’Amoco Cadiz, ce pétrolier ayant jadis déversé ses milliers de tonnes de fioul sur le littoral breton suite à une avarie de barre, je suis moi-même accoudé au bar dans un état avarié. A la sono passe une chanson de Bashung, je ne sais plus laquelle, qui me semble avoir un rapport avec le pétrole.

A côté de moi, un pompier nous raconte une drôle d’histoire: la dernière tempête aurait rejeté des restes de corps, peut-être des momies, sur une plage du coin. Son équipe venait d’en récupérer des échantillons pour analyse à Rennes.

Avait-il une description des corps, une idée de leur origine, et pourquoi dire qu’ils étaient momifiés? Aucune idée nous dit-il. Il ne reste que des os et des amas de bandelettes, le reste ayant été éliminé par le séjour dans l’eau. Et où, précisément? Ah ça il n’a pas le droit de dire, que déjà en parler c’est bien parce qu’on est tous bourrés, alors dire que c’est sur la plage de Tréompan il ne peut vraiment pas.

Ah ben non, on comprend bien l’aspect confidentiel. J’achève le pompier et les autres témoins avec une dernière tournée puis retour au camtar. Le GPS m’indique que c’est vraiment à côté et j’y serai au lever du jour. Enfin, avant midi si possible, vu l’état.

Personne sur le parking de la plage. Il fait un froid de canard avec ce vent du Nord qui vient s’écarteler. Le kouign aman encore chaud au creux du ventre, il est temps de vérifier si cette histoire de momies bretonnes a sa source dans l’Egypte ancienne ou dans le Chouchen moderne.

Une plage cimetière.

Il ne m’aura pas fallu marcher longtemps pour tomber sur les premiers vestiges de ce cimetière marin: il y a des restes de momies un peu partout, en vrac ou éparpillées.

Des os rongés par les eaux jalonnent le sable. Tout cela semble bien vieux mais je n’ai aucun moyen de dater. J’imagine que même des corps récents, au vu des tempêtes ayant secoué la pointe bretonne cet hiver, auraient pu être réduits à l’état de vestiges en quelques semaines, déchiquetés puis rabotés par le marteau pilon des vagues les projetant contre les roches acérées qui, ici, surgissent de partout.

Il pourrait très bien s’agir d’une catastrophe récente mais le nombre de cadavres implique un incident majeur, la disparition non pas d’une barque mais d’un bateau avec plusieurs dizaines de passagers, au moins. Un bateau rempli de migrants, ayant tenté une traversée et ayant sombré corps et biens sans que personne ne soit au courant?

Les momies de Portsall.

Pas impossible mais, et c’est un gros « mais »: il n’y a aucune trace de matériaux modernes genre gilets de sauvetage, chaussures, équipement de navire. Il n’y a que les bandelettes. Visiblement plus solides que les chairs, elles gisent en amas sur les restes de squelettes. Leur matière semble être une forme de tissu lisse et très serré. Même troué, partant en lambeaux, vu l’état des corps il fait preuve d’une solidité remarquable. Et il y en a clairement assez pour avoir, à un moment donné, recouvert ces corps. Des momies, donc.

La momification des corps est généralement associée à l’Egypte ancienne, ce rite ayant à peu près disparu avec l’arrivée des monothéismes. Certes l’on momifiait encore voici un siècle ou deux par souci de glorification sociale (momies de Palerme), et encore aujourd’hui il est possible de se faire momifier par une entreprise de Salt Lake City nommée Summum, mais ces processus ne se font pas avec des bandelettes et, surtout, on voit mal comment de tels corps en seraient arrivés à s’échouer du côté de Portsall.

Alors que je poursuis ma promenade macabre avec ces questions en tête, mon attention est attirée par une forme bizarre, deux en fait, qui se détachent au loin sur la plage. M’approchant, je constate qu’il semble s’agir d’une sorte de structure gisant en deux parties. Chaque partie mesure plusieurs mètres de haut et de large et semble faire partie d’un ensemble, une sorte d’arche brisée en deux parties laissant apparaître une vaste cavité.

Je ne suis plus seul sur l’affaire, mais rien de surprenant vu que la scène est visible et accessible à tout promeneur. Je ne suis plus qu’à quelques mètres de la chose lorsque un bruit de moteur poussé à fond me fait me retourner: une jeep en peinture camouflage arrive à pleine vitesse vers moi en traînant un gros nuage de sable. Au même moment des gendarmes mobiles portant casques et masques apparaissent sur la crête des dunes et un mégaphone hurle « Halte! »

Quelques jours plus tard, un entrefilet dans la presse locale fait état d’une opération de nettoyage sous haute sécurité de la plage de Tréompan et criques avoisinantes. Un produit suspect s’y serait échoué, peut-être un reste de saloperies issues de l’épave de l’Amoco Cadiz? Une analyse est en cours. L’article version internet est fermé aux commentaires.

Les pilleurs celtes d’Egypte.

Nous ne sommes pas sur la côte des Légendes pour rien (1). Parmi ces légendes ayant façonné le roman mythique breton, celle des Celtes ayant érigés moult menhirs et dolmens, cairns et tumulus dont l’histoire se mélange avec ces autres bâtisseurs d’outre-Nil. Et c’est dans cette Histoire ancienne que l’on peut, encore, trouver trace des clés du présent.

Trois siècles avant JC le roi de Macédoine, Antigone II Gonatas, engagea 4 000 mercenaires celtes pour assister le pharaon de l’époque, Ptolémée II (2). Les Celtes se retournèrent alors contre le Pharaon afin de piller ses trésors, mais ce celte-service tourna mal et les mercenaires trop opportunistes se retrouvèrent prisonniers sur une île du Nil, où ils périrent tous.

Quelques recherches indiquent, cependant, que l’histoire fut plus complexe: Ptolémée II désira se venger de la fourberie celte et demanda à ses mages de construire une « arche de malheur » au sein de laquelle une partie du contingent celte serait enfermée, après momification, pour être amenée par la mer sur les côtes celtes et déverser sur elles un poison violent.

Les mages, cependant, n’avaient pas de solution pour physiquement amener l’arche de plusieurs tonnes vers les distantes côtes celtes, cad bretonnes. S’ensuivit une opération de préparation temporelle extrêmement sophistiquée qui consistait à faire amener, dans un premier temps, l’arche sur les bords du Golfe Persique puis d’attendre, au fil des siècles, une possibilité maritime de faire couvrir à l’arche les milliers de km la séparant de la Bretagne.

Ptolémée II baptisa cette opération de vengeance froide « Amoco ».

Les dieux prirent visiblement parti pour Ptolémée et garantirent la survie millénaire d’une petite secte, riche et instruite, qui fut à l’origine de l’extraction industrielle du pétrole, un poison connu au Moyen-Orient depuis les temps immémoriaux.

La matérialisation du plan Amoco.

Cette secte établit une société d’exploitation pétrolière en 1889, la Standard Oil Company, qui quelques années plus tard acheta une autre compagnie pétrolière pour devenir Amoco Corporation. La première partie du plan vengeur s’achevait.

Restait à attendre une opportunité de charger l’arche mortelle sur un navire à destination de la Bretagne. Cette opportunité apparut en 1978: Amoco disposait depuis peu de quatre pétroliers géants, dont l’Amoco Cadiz qui faisait la route entre le Golfe Persique et le Nord de l’Europe en rasant les côtes celtes. Enfin, bretonnes. L’arche fut ainsi chargée à bord, un soir funeste de février 1978, et la secte organisa une catastrophe au large d’Ouessant le 16 mars de la même année.

L’Amoco Cadiz et la marée noire de Portsall, mars 1978.

Tout fonctionna selon le plan prévu, le navire se brisant au large de Portsall et libérant ainsi ses 227 000 tonnes de poison. Du fond de sa cale, l’arche migra peu à peu de l’épave vers la côte, avançant de quelques dizaines de mètres d’année en année. En 2020 enfin, du fait de deux puissantes tempêtes se suivant de près le long de ces côtes maudites, l’arche finit par s’échouer et se briser sur cette plage près de Portsall et y libérer, après un périple de plus de 2000 ans, les restes des pilleurs celtes.

Ces mercenaires sont rentrés chez eux porteurs du poison du pétrole, un paiement avec intérêts des outrages alors infligés à l’Egypte. J’ignore ce que les analyses de leurs restes ont pu montrer qui mériterait, par ailleurs, un tel niveau de réponse sécuritaire et de secret. Je sais seulement que les pompiers bretons sont actuellement en sérieux sous-effectif, et que je tousse la nuit.

Liens et sources:

(1)

(2) http://arbre-celtique.com/encyclopedie/celtes-en-egypte-277-276-2492.htm

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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