Inhumanité et politique du confinement.

L’Histoire du XXème siècle a montré comment le détournement de la pensée scientifique au profit d’une idéologie politique induit d’inimaginables degrés d’inhumanité. De la « solution finale » nazie s’affublant de la « méthode scientifique » pour rassembler, trier et éliminer des millions d’humains à la rationalité productiviste et « scientifique » soviétique, les solutions « scientifiques » ont conduit à des extrêmes de déshumanisation.

C’est sans doute pourquoi on voit peu de scientifiques dans les têtes de gondoles politiques, mais « la science » est clairement un outil bien utile à ces mêmes politiques dès lors qu’il faille justifier de « méthodes » que notre instinct humain aurait tendance à rejeter.

Le néolibéralisme est inscrit dans cette même logique, un auteur ayant récemment même fait le lien entre le management moderne et le nazisme:

Mais au-delà de son aspect managérial, le néolibéralisme est fondé sur des théories éminemment scientifiques où l’économie est représentée sous forme d’équations, où les êtres humains sont réputés « rationnels » et où l’optimisation de chaque situation personnelle mènerait, de manière parfaitement rationnelle, à l’optimisation de l’ensemble de la société.

Cette vison acquise et symbolisée par le TINA de Thatcher (il n’y a pas d’alternative), l’étape suivante fut la financiarisation « scientifique » de l’économie, là où les matheux remplacèrent définitivement les socialeux et menèrent l’économie vers un seul et unique but: la rentabilité actionnariale maximale conduisant, entre autres, à la crise financière de 2008 et son cortège de dommages collatéraux.

Ce blog n’est évidemment pas anti-science, bien au contraire, et ce n’est pas le propos. La science est une méthode formidable pour comprendre le monde mais elle n’opère que très mal sur les processus humains. Elle peut les décrire, les modéliser en partie, parfois les prédire mais jamais les gouverner sous peine d’aboutir rapidement à l’horreur.

Voilà pourquoi l’irruption prépondérante du Conseil scientifique de Macron sur la scène politique, ainsi que l’omniprésence sur les ondes de médecins ou employés de l’industrie pharmaceutique (dits « scientifiques »), aux intérêts privés par toujours très clairs, est un réel danger.

La nouvelle caste technomédicale.

Ceux et celles que les politiques et médias nomment actuellement « scientifiques » et qui sont censés apporter la bonne parole, dire le vrai et décharger ce même politique de ses responsabilités sont certes, dans l’ensemble, des vrais scientifiques, mais intégrés dans un système de pouvoir, de logique technocratique, de conflits d’intérêts, de positionnement politique.

Jérôme Salomon illustre parfaitement cette caste dominant les plateaux télé: médecin, conseiller « santé » de Macron pendant la campagne, haut fonctionnaire et actuel directeur général de la santé, il incarne ce mélange des genres, cette ambiguïté du technocrate politisé endossant la supposée neutralité et, disons-le, sainteté retrouvée de la blouse blanche.

On retrouve cette ambiguïté chez des gens tels Karine Lacombe, Xavier Lescure ou encore Gilbert Deray, aujourd’hui incontournables sur les plateaux, critiques notoires de Didier Raoult d’abord et avant tout du fait de leurs liens professionnels avec l’industrie pharmaceutique, industrie voyant d’un mauvais œil la possibilité qu’un médicament chic et pas cher telle la Chloroquine prenne le marché face à leurs onéreuses molécules. Voir ci-dessous à partir de 4:00

La politique face au Covid-19 semble être désormais aux mains d’une certaine technocratie scientifique que l’on pourrait nommer « technomédicale »: en échange de servir de bouclier au régime politique, la caste « technomédicale » peut imposer des stratégies politiques légitimées par des objectifs essentiellement médicaux (minimiser le nombre de morts), sans trop se soucier de ce qui ne la regarde pas, à savoir le tsunami de dommages collatéraux découlant de ses choix.

Ce qui est précisément le cas avec le confinement à la française: une stratégie médicale visant à minimiser un dommage calculé en nombre d’années de vies sauvées, mais dont le coût global sociétal sera largement supérieur aux gains ainsi réalisés.

Objectifs et réalité du confinement.

Pour rappel, le but tout à fait officiel du confinement est d’éviter que le flux de malades graves ne dépasse la capacité d’accueil des services de réanimation. Ce ralentissement devait être mis à profit pour augmenter ladite capacité, ce qui a été fait (on est passé de l’ordre de 5 000 lits à plus de 10 000 lits), et acheter (au prix fort) le temps d’attendre l’arrivée des tests de dépistage permettant un déconfinement contrôlé (isolement des seuls cas contaminés et personnes les plus à risques).

Le confinement n’a pas pour but de diminuer le nombre total de malades ni de décès (vu que de toute manière la majorité de la population sera touchée avant la fin de l’épidémie), seulement de limiter la surmortalité due au dépassement des capacités d’accueil de soins.

Personne ne semble connaître, aujourd’hui, la surmortalité ainsi évitée vu que le système de santé a pu trouver des solutions (nouveaux lits, hôpital de campagne, répartitions vers des zones moins touchées). Sans doute que, sans confinement, la vague eut été moins plate, les services dépassés par un flux de quelques milliers de personnes, dont une proportion serait décédée sans avoir eu accès aux soins requis. On parle peut-être de mille, deux milles ou trois milles cas de surmortalité (en temps normal il y a 50 000 décès par mois en France), à mettre en face des énormes dégâts associés au confinement. J’ai déjà tenté un calcul coût-bénéfice de ce confinement en me basant sur une surmortalité de 10 000 (1).

Une estimation succinte a aussi été réalisée par l’économiste Thomas Andrieux:

Cela revient donc économiquement à dire que confiner pendant deux mois revient à laisser filer une pandémie avec un taux de 8% de létalité qui contaminerait 75% d’une population (proportion très élevée). Économiquement parlant, et dans ces conditions, il est donc plus avantageux de laisser filer une pandémie tant que le taux de létalité n’est pas AU MOINS supérieur à 8%, du fait de l’important taux de contaminés.

Évidemment ce seuil des « 8% » dépend du taux de létalité (mortalité), du taux de contaminés et du temps de confinement nécessaire en cas de confinement. Taux de létalité qui change assez fortement d’un pays à un autre.  Nous pouvons donc plus généralement mettre en avant une tranche entre 6% et 10% de létalité. Tranche qui permet de savoir s’il vaut mieux économiquement confiner ou laisser filer.

Mais l’opinion publique pèse parfois plus lourd que l’intérêt économique. Le confinement coutera beaucoup à l’économie, et on aura épargné des vies à court terme, mais combien à long terme avec les suicides et la montée de délinquance à prévoir consécutivement aux pertes d’emplois?

https://www.lesprosdeleco.com/ne-pas-confiner-serait-il-la-bonne-solution/

Le taux de létalité du Covid-19 est très largement inférieur à 8%, sans doute entre 0,3 et 1,5% selon les estimations actuelles présentées dans « Covid-19: à la recherche du taux perdu » (2). Au vu de la réalité objective de la situation, le confinement est une politique catastrophique mais utile à certains.

L’intérêt politique du confinement.

La classe politique et technocratique, qui sera peu touchée par la récession vu ses niveaux de revenus et les privilèges qu’elle s’octroie, s’achète ainsi une image de sainteté faisant « tout » pour « sauver des vies », surfant sur l’émotivité du grand public alimentée par une classe médiatique en mode orgasme continu. Une opinion publique encore en état de choc dont cette classe profite pour maximiser son emprise policière selon une logique totalitaire: Etat d’urgence sanitaire, répression (3), politique de la peur (4), attaques tous azimuts contre la société (5) au prétexte de « sauver » quelques vies dont elle se fiche par ailleurs complètement en temps normal.

Une politique visant très clairement à exposer au danger puis à détruire ceux et celles que le régime considère ses ennemis, ceux et celles que le nazi Didier Lallement considère comme étant de l’autre bord, ces gens « qui ne sont rien », ces Gilets jaunes, ces « premiers de corvée » tels livreurs et caissières avec un accès minimaliste aux équipements de protection, qui sont au feu pendant que les CSP+ sont au télétravail à la campagne.

Le régime érige désormais en héros ceux et celles qu’il regardait de haut et faisait tabasser par sa milice voici encore quelques semaines, mais ces héros savent qu’une statue et une médaille ne font pas un masque FFP2 ni des moyens adéquats pour un service public de qualité. Pour ces héros malgré eux Il y aura un « après » et il sera sanglant.

Le régime sait que la guerre, la vraie, celle qui sera menée contre lui n’a pas encore commencé du fait de la crise sanitaire et du confinement sous répression policière. Il espère sans doute utiliser la caste technomédicale pour pousser ce confinement protecteur le plus loin possible et, ainsi, créer une situation sociale et économique tellement terrible que ses « ennemis » en seront réduits à la pure survie (6). Il espère que ces « premiers de corvée » ne pourront plus se permettre d’attaquer un système dont ils dépendront alors totalement.

Cette récupération du confinement à fins de contrôle politique aura donc, demain, un coût gigantesque pour la population française mais elle en a déjà un, immédiat: la déshumanisation et la torture psychologique des plus faibles.

Le facteur inhumain du confinement.

Les vieux, les sans abris, les classes populaires, les enfants, les petits entrepreneurs en tous genres, les artistes et artisans, les employés confrontés à la misère augmentée par les mesures prises au nom de « la science » sont la chair à canon de la gestion « scientifique » de l’épidémie de Covid-19.

L’article du Monde du 2 avril intitulé « Dans les Ehpad décimés par le coronavirus, « c’est un cauchemar collectif » » est révélateur d’une situation dramatique:

« J’ai ressenti un immense vide, je n’avais plus qu’elle. Et puis le virus m’a volé sa mort, elle est morte toute seule, je n’ai pas pu être à côté d’elle ni lui tenir la main. Bien sûr qu’elle était usée, mais c’est terrorisant de passer de l’autre côté, et ça, c’est pas une belle manière de mourir », poursuit Thierry.

De la mère, il n’apercevra qu’un cercueil dans le cimetière de Gigny, à Saint-Dizier. « Je n’ai vu qu’une boîte en bois, j’imagine que dedans c’est ma mère, mais je n’en suis pas sûr, je n’ai pas vu son corps », s’amuse-t-il presque. Six personnes autour du trou de terre, un employé des pompes funèbres qui gère l’office religieux, et une cérémonie qu’il flme en direct sur Messenger pour sa sœur qui n’a pas pu venir, encore à cause du virus.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/02/dans-les-ehpad-decimes-par-le-coronavirus-c-est-un-cauchemar-collectif_6035349_3224.html

Un psychiatre bien connu, Serge Hefez, dénonçait récemment sur LCI le confinement en Ehpad:

« c’est une tragédie, on est à la limite de l’humanité »:

https://www.lci.fr/sante/video-isolement-en-ehpad-c-est-une-tragedie-on-est-a-la-limite-de-l-humanite-selon-le-dr-serge-hefez-2150054.html

La caste technomédicale préconise d’isoler les personnes fragiles, ces vieux et ces vieilles qui terminent leurs vies dans ces mouroirs que les générations futures regarderont sans doute, en tout cas je l’espère, avec une indicible horreur. La caste technomédicale se fiche de la torture psychologique que cet isolement inflige aussi bien aux pensionnés qu’à leurs familles interdites de visite. La caste technomédicale se fiche que ces gens décèdent comme des rats, seuls, entre deux passages d’une cosmonaute déshumanisée derrière son masque, ses lunettes, son armure de soie blanche. La caste technomédicale ignore la douleur de ces soignants qui obéissent à des injonctions technocratiques, ces soignants en même temps victimes et tueurs comptant d’abord les masques, puis les morts.

La caste technomédicale ne demande pas leur avis aux prisonniers pensionnés des Ehpads. On les isole de force, on les soigne de force si l’on peut. On se fiche de savoir si certain.e.s, clairement en fin de vie, ne préféreraient pas autre chose. La science médicale mesure la mortalité, pas la qualité des derniers moments de vie. Or, qu’est ce qui compte réellement du point de vue humain?

La caste technomédicale ne s’intéresse pas aux millions de gens qui vont perdre leur activité, ni aux millions de gens qui vivent déjà un enfer: enfants emprisonnés, femmes battues, familles en surnombre dans des logements trop petits, malades non Covid qui n’osent plus appeler leur médecin, personnes seules qui dépendent de la bienveillance de leurs voisins. Combien va-t-on retrouver de morts parmi ces gens une fois la crise passée, lorsqu’il sera à nouveau possible d’aller sonner aux portes de tous ces gens confinés?

Combien de gens la police aura-t-elle tué, directement par contamination (neuf millions de contrôles, disait ce matin l’ignoble Castaner) ou indirectement par la peur de sortir, de devoir payer 135 euros qu’ils n’ont pas à des abrutis pour un bout de papier mal rempli (7)?

Le Conseil scientifique a dit au gouvernent que la fin du confinement, déjà reportée au 15 avril, devait l’être encore. Désormais jusque fin avril mais il est clair que, pour ces gens-là, cela pourrait aller beaucoup plus loin, au moins tant que les conditions se sont pas réunies pour un « bon » déconfinement. En effet, tout déconfinement mènera à une seconde vague du fait du manque d’immunité au sein de la population mais cela, on le sait depuis le début. Un dépistage massif peut limiter ce phénomène, mais quand la France aura-t-elle les moyens de réaliser des millions de tests en quelques jours? On l’ignore.

L’incertitude, sous couvert des intérêts de la caste technomédicale, sert parfaitement le régime en lui donnant le temps de préparer le terrain et de fragiliser ses ennemis. Pour lui, l’inhumain ne compte pas car il ne rentre pas dans ses statistiques. Assisté de sa police, des médias aux ordres et de la caste technomédicale, le régime est passé en mode guerre totale contre les classes populaires et classes moyennes déjà fragilisées.

Liens et sources:

(1)

(2)

(3)

(4) https://www.vududroit.com/2020/04/4395/

(5) https://www.lepoint.fr/justice/etat-d-urgence-sanitaire-la-ministre-de-la-justice-dans-la-tourmente-07-04-2020-2370379_2386.php?fbclid=IwAR3c8_Nz-h6kVCgyyHD9Plf8hxvH_bRrDEMySjSC8zR-fduIgdNBuIwpCYU

(6) https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/economie-la-france-face-a-une-recession-historique_3906933.html

(7) https://www.marieclaire.fr/contester-amende-abusive-confinement,1343425.asp

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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