Etude EHESP: Gloire du confinement ou fake news?

Plusieurs médias se sont jetés sur la récente étude de l’EHESP, de l’Université de Rennes, créditant le confinement d’avoir sauvé quelques 60 000 vies. Face aux nombreuses interrogations qui surgissent sur les énormes coûts réels, sociaux comme économiques, du confinement à la française (près de deux mois sous répression policière), une telle étude à la gloire d’une politique aussi catastrophique est-elle censée faire autorité et couper court à toutes critiques?

Cet article sur LCI, par exemple, est effectivement sans appel:

Coronavirus : le confinement a sauvé plus de 61.000 vies en France

SANS APPEL – Selon une étude de l’EHESP, sans les mesures de distanciation sociale imposées par le gouvernement, la pandémie de coronavirus aurait fait plus de 61.000 morts supplémentaires dans les hôpitaux en France. Le système hospitalier aurait alors été débordé

https://www.lci.fr/sante/coronavirus-covid-19-pandemie-2019-ncov-virus-le-confinement-a-sauve-plus-de-61-000-vies-en-france-selon-une-etude-2151787.html

On voit ici un début de manipulation avec la confusion entre « confinement » et « distanciation sociale ». L’article de l’EHESP est intitulé ainsi:

COVID-19: One-month impact of the French lockdown on the epidemic
burden

https://www.ea-reperes.com/wp-content/uploads/2020/04/ImpactConfinement-EHESP-20200322v1.pdf

De la notion de « lockdown ».

Le terme « lockdown » recouvre l’ensemble des mesures allant au-delà de la simple distanciation sociale: il désigne la fermeture des écoles, des restaurants etc.. mais pas nécessairement le confinement dur tel que nous l’entendons ici, et tel qu’il est vanté par les autorités.

Cet article de BFM traduit sans hésiter « lockdown » par « confinement », faisant donc référence au confinement et non pas à la simple distanciation sociale:

Une étude française estime que le nombre de morts aurait été six fois plus élevé sans la mise en place du confinement sur tout le territoire.

Le confinement aurait sauvé un peu plus de 60.000 vies dans l’Hexagone. C’est ce qu’affirment des chercheurs de l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP). Selon leur étude, 73.909 personnes seraient mortes du coronavirus au 19 avril sans la mise en place du confinement, six fois plus que le bilan réel au même moment – un peu plus de 12.000 décès à l’hôpital, sans compter les Ehpad.

https://www.lci.fr/sante/coronavirus-covid-19-pandemie-2019-ncov-virus-le-confinement-a-sauve-plus-de-61-000-vies-en-france-selon-une-etude-2151787.html

Si l’on remonte à l’étude elle-même (que je n’ai trouvée qu’en anglais), il est dit ceci dans la synthèse:

Si aucune mesure de contrôle n’avait été prise, entre le 19 mars et le 19 avril 2020, notre analyse montre que près de 23% de la population française aurait été affectée par le Covid-19 (14,8 millions d’individus). De ce fait le « lockdown » aurait empêché 587 730 hospitalisations et 140 320 admissions en réanimation au niveau national. Le nombre total de lits de réanimation requis pour traiter les patients critiques aurait été de 104,550, de loin supérieur à la capacité du système français (de l’ordre de 5 000 lits en début d’épidémie, ndt). Ce premier mois de « lockdown » aura également permis d’éviter 61 739 décès à l’hôpital, soit une réduction de 83,5% sur le nombre prévu.

If no control measures had been set up, between March 19 and April 19 2020, our analysis shows that almost 23% of the French population would have been affected by COVID-19 (14.8 million individuals).
Hence, the French lockdown prevented 587,730 hospitalizations and 140,320 ICU admissions at the national level. The total number of ICU beds required to treat patients in critical conditions would have been
104,550, far higher than the maximum French ICU capacity. This first month of lockdown also permitted to avoid 61,739 hospital deaths, corresponding to a 83.5% reduction of the total number of predicted
deaths.

https://www.ea-reperes.com/wp-content/uploads/2020/04/ImpactConfinement-EHESP-20200322v1.pdf

Première remarque: l’équivalence des termes « mesures de contrôle » et « lockdown » et leur traduction, dans les médias français, par « confinement ». Rien que là, cela sent l’arnaque car les « mesures de contrôle » n’impliquent pas nécessairement le confinement extrême à la française et, surtout, dans l’exemple français il ne permet pas de faire la distinction – cruciale – entre des mesures de contrôle « normales », telles la distanciation sociale, la fermeture des écoles et certains commerces, et les mesures extrêmes imposées ici.

La question intéressante aurait été de comparer l’effet de ces mesures « normales », appliquées partout ailleurs ou presque, et les mesures extrêmes appliquées en France. A cela nous n’avons pas de réponse (et elle serait sans doute catastrophique pour le régime), par contre nous avons une étude qui compare le fait de ne rien faire (pas de mesures de contrôle) avec le confinement extrême. Mais on tente de faire croire que c’est le confinement, et lui seul, qui aurait sauvé ces vies sans se poser la question de savoir si des mesures « normales » auraient suffit.

S’il s’agissait d’une étude chinoise ou russe, tout le monde crierait à la propagande cousue de fil blanc!

Retour sur les taux.

En tout cas cela ne nous apporte pas grand chose, vu que personne ne dit qu’il ne fallait rien faire, et que tout le monde a mis en place, a minima, des mesures visant à réduire le taux de reproduction (le fameux R) du virus dans la population, et ce à chaque fois avec le même but: ne pas dépasser les capacités d’accueil des systèmes de santé.

Parlant de ce taux de reproduction, l’étude française fait une estimation du taux, par région, sans mesures de contrôle. La moyenne tourne autour de 3, le chiffre attendu en général pour les pays occidentaux:

Region…………………. …..Symptomatic……..AR symptomatic…… R
Ile-de-France ………………..4051700 …………………..32.3% …………………….2.81
Auvergne-R-A ……………….2092400 …………………..27.1% …………………….3.11
Nouvelle-Aquitaine ……..1694800 ……………………27.7% ……………………4.08
Grand-Est ……………………..1263700…………………… 22.8% ……………………2.19
Pays de la Loire …………..1172900 ……………………33.8% …………………….4.19
Occitanie ………………………904700 …………………….16.2% …………………….2.94
Normandie ……………………791100 …………………….22.5% …………………….3.54
PACA ……………………………..737900 …………………….14.3% …………………….2.56
Hauts-de-France …………..681500 …………………….12.3% …………………….2.31
Centre-Val de Loire ……..666300 ……………………..27.5% …………………….3.78
Bourgogne-Franche-C… .561300 …………………….17.9% …………………….2.53
Bretagne ……………………….154100 …………………….4.6% ………………………2.22
Corse …………………………….25400 ………………………7.6% ……………………….1.65
France …………………………..14797900 ………………..22.9% –
AR: Attack rate

Le but des « mesures de contrôle » est de faire baisser ce R sous 1 afin « d’aplatir la courbe », comme on dit.. L’étude en question ne calcule pas ce taux mais le récent communiqué de l’Institut Pasteur, lui, le fait:

Le nombre de reproduction (R0), qui indique le nombre de personnes infectées par chaque malade, est passé de 3,3 en début de confinement à 0,5.

https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/covid-19-modelisation-indique-que-pres-6-francais-ont-ete-infectes

Ce même communiqué de Pasteur nous donne d’autres informations intéressantes:

Les résultats montrent qu’en France, le risque d’hospitalisation est de 2,6% pour les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2. Ce risque augmente fortement avec l’âge pour atteindre 31% chez les hommes de plus de 80 ans.

Le taux de mortalité chez les personnes infectées est de l’ordre 0,5% (13% chez les hommes de plus de 80 ans). La probabilité de décès est 45% supérieure chez les hommes infectés que chez les femmes infectées, avec un différentiel qui augmente avec l’âge.

A cette date (le 11 mai, ndt), près de 6% des Français devraient avoir été infectés par le SARS-CoV-2, avec une proportion plus importante en Ile-de-France (12,3%) et dans le Grand Est (11,8%).

Ce niveau d’immunité est donc très inférieur au niveau nécessaire pour éviter une seconde vague si toutes les mesures de contrôle devaient être levées. En effet, l’immunité collective nécessaire est actuellement estimée à 70%. Par conséquent, des efforts importants devront être maintenus au-delà du 11 mai pour éviter une reprise de l’épidémie.

https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/covid-19-modelisation-indique-que-pres-6-francais-ont-ete-infectes

On retrouve ici le fameux taux de mortalité dont ce blog a déjà beaucoup parlé (1). Au lieu d’un taux généralement fixé à 2-3%, voire plus selon certaines sources, cette publication parfaitement officielle propose désormais 0,5%. Rapporté à la population qui sera, à terme, infectée afin d’obtenir le phénomène d’immunité de groupe (objectif admis par Macron lors de son allocution du 13 avril), cela nous donne (67 million x 70% x 0,5%) soit 234 500 décès potentiels.

Et à cela, le confinement ne change rien, il ne fait que retarder les choses au sein d’un cercle vicieux: il faut être contaminé pour propager l’immunité de groupe, mais on confine donc on ne se contamine pas, donc on ne s’immunise pas, donc on se recontamine dès que l’on déconfine, donc on confine, et tout le monde finit par mourir – de faim. J’exagère, mais à peine.

En passant par les Pays-Bas et la Suède.

Aux Pays-Bas, où des mesures comparables aux mesures françaises ont été adoptées – hors, bien entendu, la répression policière à outrance, les mesures débiles genre 1 km ou balades d’une heure – les choses se passent normalement et le pays va commencer à se ré-ouvrir à la même date que la France (2).

Les Néerlandais ont réussi à maintenir leur valeur de R sous 1 et constatent, comme ici et à peu près partout ailleurs, une diminution des nouveaux cas (3). Idem en Suède, qui a pris un gros risque (du point de vue des confinateurs) en se limitant à la distanciation sociale, sans saccager sa population la plus vulnérable, ni son système scolaire, ni son économie. Rapporté à sa population, son taux de décès est similaire aux pays confinés, avec un problème particulier au niveau des maisons de retraite / Ehpads, qui comptent pour la moitié des décès enregistrés (4).

Graphique comparatif entre pays au 100ème cas déclaré:

20200422 Bending the curve total cases

La stratégie suédoise est de minimiser le temps pour atteindre l’immunité de groupe, tout en maintenant le taux de patients graves en phase avec ses capacités hospitalières. Un calcul assez précis, fait par des gens a priori compétents capables d’autre chose que de la com et de la répression policière. Un exemple tragique pour la technocratie française.

Ceci pour dire quoi: la stratégie visant à faire passer le taux de reproduction, R, de sa valeur naturelle autour de 3 (chaque personne en contamine trois autres) à moins de 1 (freiner l’épidémie pour ne pas submerger la capacité hospitalière) n’implique pas nécessairement le confinement, et jamais (sauf ici et en Italie) un confinement doublé de mesures absurdes et de répression outrancière. Il suffit de respecter les règles de distanciation sociale, ce que tout le monde fait dans la mesure du possible.

La nécessité pour le régime français d’appliquer autant de violence, sur une durée aussi longue, avec autant de casse sociale et économique, ne relève pas d’une politique responsable. C’est une politique criminelle, le fruit de l’alliance détestable d’un extrémisme sanitaire de circonstance, de l’impéritie technocratique et de la résurgence d’un moralisme totalitaire, que j’ai tenté de décrire dans le récent article « Sainte-Trinité du Santé Suprême, de la Technocratie et du moralisme » (5).

De quoi ce Covid-19 est-il réellement le nom?

Revenons-en aux chiffres. Selon les calculs de Pasteur, il faudrait compter sur de l’ordre de 235 000 décès avant d’atteindre l’immunité de groupe, et ce à condition de ne pas dépasser les capacités du système de santé. Autrement dit, sans soins autres que les soins « officiels », c’est-à-dire les respirateurs, sans vaccins, sans anti-viraux efficaces. Inacceptable évidemment. Heureusement, la science ne fait pas du sur-place et les avancées récentes sur la nature et les effets du virus donnent de nouvelles pistes.

Selon certains, une bactérie nommée Pretovella aurait un rôle dans la brutalité de l’infection. Selon LCI:

Des messages relayés notamment sur WhatsApp indiquent que le Covid-19 infecterait une bactérie intestinale, la Prevotella, ce qui expliquerait sa mortalité. Les experts se montrent néanmoins très critiques : ils remettent en cause les fondements scientifiques de ces affirmations.

https://www.lci.fr/sante/coronavirus-la-prevotella-une-bacterie-intestinale-liee-a-la-mortalite-du-covid-19-gare-aux-conclusions-hatives-2151795.html

J’ai d’abord vu cette théorie dans un passionnant article sur Agoravox, le 7 avril:

Dès le discours de Mr Macron début mars, bien avant l’ordre de confinement, je me confinais dans mes recherches sur le SRAS-Cov-2. Le fait qu’il ne touche pas les enfants m’intriguait. Il fallait bien qu’un facteur les immunise.
J’ai donc fait la liste de toutes les différences entre les voies respiratoires des adultes et des enfants. Un élément revenait sans cesse : Prevotella, une bactérie anaérobie Gram Négatif multi résistante qui fait partie de notre flore commensale mais deviens très fréquemment un pathogène opportuniste redoutable.
Prevotella est la communauté microbienne dominante chez l’adulte. On la trouve d’autant plus présente qu’il y a des comorbidités et/ou des infections chroniques et/ou aiguës, notamment pulmonaire, dentaire, gingivale et parotodontale. Ceci expliquerait d’après mon modèle la prégnance des facteurs de gravité dans cette pandémie.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/covid-19-et-si-l-orage-de-223037

La piste d’un effet cardiovasculaire est également étudiée:

Bien que les manifestations cliniques soient dominées par des symptômes respiratoires pouvant aller jusqu’au SDRA (syndrome de détresse respiratoire aigu), le virus a un double impact cardiovasculaire : d’une part l’infection sera plus intense si l’hôte possède des comorbidités cardiovasculaires sévères et, d’autre part, le virus peut par lui-même causer des lésions cardiovasculaires potentiellement mortelles.

https://www.cardio-online.fr/Actualites/Revues-de-la-litterature/COVID-19-et-systeme-cardiovasculaire

Ces nouvelles pistes, en plus des essais cliniques type Discovery (6) en cours sur des rétroviraux, dont la fameuse combinaison hydroxychloroquine et azithromycine proposée par le Dr Raoult (sur laquelle ne n’ai bien évidemment aucun avis médical), devraient rapidement aboutir à des solutions de traitement. On parle même de traitement à base de nicotine, un comble pour une maladie a priori pulmonaire (7).

Une étude publiée dans Nature le 7 avril parle d’une attaque du virus contre les lymphocytes T (8), ceux également attaqués par le Vih du Sida, au sujet duquel la récente déclaration de Luc Montagnier fit scandale – raison de plus pour en cerner le contexte, ce qui fut fait dans l’article « Luc Montagnier, le Vih et l’origine artificielle du Covid-19« .

De même, le choix du confinement (j’insiste sur le mot « choix ») par les personnes les plus à risque pourrait faire baisser cette mortalité théorique. Théorique car, comme indiqué dans cet autre article, une étude américaine fait descendre le taux de mortalité à 0,1%, celui de la grippe (9). Ce taux dépend évidemment des caractéristiques de la population concernée d’une part (taux d’obésité et diabètes, outre l’âge, en étant des facteurs aggravants) et les méthodes de dépistage d’autre part.

Une question de modèle.

Aucun pays ne sachant vraiment quel est son taux d’infection réel (toutes les valeurs fournies, surtout en France où l’on ne teste pas hors hôpitaux, sont des valeurs théoriques déduites de modèles, pas des mesures représentatives au sein de la population), ces taux de mortalité ne peuvent que changer (et sans doute surtout baisser) au fur et à mesure que l’on se rend compte de la pénétration réelle du virus dans les populations.

Il faut toujours prendre les modèles avec des pincettes, surtout si l’on n’en connait pas les hypothèses fondatrices, scientifiques comme politiques. Il y a des guerres des modèles dans toutes les sciences, et celui qui crie le plus fort, où qui représente le mieux les intérêts du régime qui le finance, n’en est pas plus juste pour autant. Dans le cas de la médiatisation de l’étude de l’Université de Rennes citée ci-dessus, sur les bénéfices du « confinement », cela confine même à la malhonnêteté du fait de l’ambiguïté des termes utilisés.

Liens et sources.

(1)

(2) https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-21/netherlands-seeks-to-reopen-schools-extends-lockdown-measures

(3) https://www.rivm.nl/en/novel-coronavirus-covid-19/current-information-about-novel-coronavirus-covid-19

(4) https://www.cnbc.com/2020/04/22/no-lockdown-in-sweden-but-stockholm-could-see-herd-immunity-in-weeks.html

(5)

(6) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/32223-L-essai-europeen-Discovery-traitements-phase-test

(7) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/tabac-et-covid-19-la-nicotine-pourrait-avoir-un-role-protecteur_143710

(8) https://www.nature.com/articles/s41423-020-0424-9

(9) https://www.economist.com/graphic-detail/2020/04/11/why-a-study-showing-that-covid-19-is-everywhere-is-good-news

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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