De l’épidémiologie du Covid-19 et ses conséquences.

Suite d’une série d’articles sur ce blog cherchant à cerner, au fil des données publiées et des déclarations de scientifiques, l’évolution de cette épidémie et ses conséquences. Conséquences sanitaires bien sûr, mais aussi – et surtout – sociales, politiques et économiques.

L’épidémiologiste John Ioannidis, de l’Université de Stanford, est déjà apparu plusieurs fois sur ce blog, et tout récemment dans le cadre de son premier exposé, fin mars, sur l’épidémie de Covid-19 qui débutait sérieusement aux USA (1).

Il estimait alors que le taux de mortalité du virus, sur base des données disponibles depuis l’Asie et l’Europe, était inférieur à 1% de la population touchée, avec une vaste majorité de gens âgés et/ou souffrant de comorbidités, à commencer par le diabète et les problèmes cardio-vasculaires associés à l’obésité. Il estimait que le nombre réel de personnes infectées était de 10 à 100 supérieur au taux effectivement détecté (par dépistage).

Ce 20 avril le Prof. Ioannidis revient dans un second entretien, où il décrit une étude américaine sur le comté de Santa Clara, en Californie. Cette étude, actuellement pré-publiée sur MedRxiv (2), estime que la population infectée au moment de l’étude (début avril, sur base de tests sérologiques d’un échantillon de la population) se situerait entre 2,4 et 4,2 de la population totale du comté, soit entre 48 000 et 81 000 cas, soit de 50 à 85 fois le nombre de cas confirmés – qui était alors de 960.

De ceci le Prof. Ioannidis tire la conclusion logique que le taux de mortalité est très largement inférieur à 1%, et a priori de l’ordre de celui de la grippe saisonnière (0,2%).

Cette conclusion est reprise par le journal New Scientist dans son édition du 24 avril (3), où elle est critiquée sur base de la faible taille de l’échantillon (3 300 personnes) face à la variabilité de la sensibilité du test (le % de faux positifs). Dans ces conditions, une petite erreur peut fausser le résultat final de manière importante. Il faudra donc attendre que cette étude soit validée par des pairs avant publication définitive.

Une autre étude, publiée le 24 avril par la Queensland University of Technology en Australie, et intitulée « Covid-19: un nouveau modèle pour prédire son avancée, sa fin et bonnes nouvelles finales » (4), se base entièrement sur le ratio entre cas déclarés d’infection et nombre de personnes ayant guéri. Ces chiffres sont fournis par la base de données COVIDwave.org (5).

Comparatif France – Suède.

La première image ci-dessous, concernant la France, montre les courbes des cas confirmés (bleu), des cas guéris (vert) et des décès (orange). Le ratio entre (bleu) et (vert) tend vers 1 au fil du temps (autant de nouveaux contaminés que de guéris, donc plus de décès), ce qui est illustré par la seconde image: le ratio s’est effondré autour du 21 mars, et nous sommes depuis le 10 avril, à peu près, dans la « zone verte » signalant la fin de la période épidémique – sauf seconde vague évidemment.

France
France

Si l’on compare avec la Suède, un pays n’ayant pas adopté de politique de confinement, les courbes sont un peu différentes, ne présentant pas la grande marche (signifiant l’entrée en lice de l’effet de confinement) mais une suite de plus petites marches:

Sweden
Sweden

Très logiquement, la Suède met plus de temps pour arriver dans la zone verte, mais le nombre d’infections, donc de décès au final, sera à peu près le même (en proportion de sa population). La Suède va donc mettre un peu plus de temps entre début et fin de cette première vague épidémique, mais par contre sa population sera nettement plus immunisée (car plus contaminée), son économie aura beaucoup moins souffert, et elle devra faire face à bien moins de dommages collatéraux que les pays ayant confiné.

« On peut supposer que d’ici la fin de 2020, la mortalité due au Covid-19 ne sera pas visible dans la mortalité globale suédoise. L’exemple suédois montre que les «confinements» étaient médicalement inutiles ou même contre-productifs ainsi que socialement et économiquement dévastateurs. »

https://covidinfos.net/covid19/suede-lepidemie-se-termine-meme-sans-confinement/420/?fbclid=IwAR2r88uND0ukLdVTJ-vxGB3IaABF3EolQFUIN36_wPPhd8Sj5NiolODCuJI

Ce qui n’a rien de surprenant, l’unique objectif du confinement étant d’éviter de submerger les services de santé, pas de diminuer le nombre total de cas. Les pays pris au piège du confinement, dont les populations n’ont pas pu s’immuniser (par manque de contacts) et restent donc susceptibles à une vraie deuxième vague, doivent désormais gérer une situation très délicate: arrêter le massacre économique et social d’une part (7), éviter une relance massive de l’épidémie d’autre part.

Situation qui sera mitigée par la pratique de la distanciation, des gestes barrières, des masques dans les lieux confinés, mais qui – en tout cas ici, au paradis de la Technocratie et du parapluie – va engendrer des usines à gaz titanesques, inefficaces, coûteuses, sources de conflits en tous genres bref, de quoi encore amuser la galerie quelque temps.

Ce qui pose de manière aiguë la question du rapport coût/bénéfice du confinement, sujet déjà abordé dans cet article (6) sur le plan économique mais il faut aussi l’aborder sur le plan du coût social et sanitaire.

Conséquences catastrophiques du confinement.

Un épidémiologiste allemand, Gérard Krause, prévient:

« Nous devons maintenir ces mesures aussi courtes et aussi légères que possible, car elles pourraient éventuellement causer plus de maladies et de décès que le coronavirus lui-même. Nous savons que le chômage, par exemple, provoque des maladies et même une augmentation de la mortalité. Cela peut aussi conduire les gens au suicide. La restriction de la liberté de circulation est susceptible d’avoir un impact négatif supplémentaire sur la santé publique. Il n’est pas si facile de calculer directement de telles conséquences, mais elles se produisent quand même et elles peuvent être plus graves que les conséquences des infections elles-mêmes.[…] »

https://covidinfos.net/covid19/selon-lepidemiologiste-gerard-krause-les-mesures-de-confinement-pourraient-provoquer-plus-de-deces-que-le-virus-lui-meme/177/?fbclid=IwAR3HwSFMmnd7xVH2In1x-pTpFdqnI2bQ03djfemIIsGhHtftJbP6-c6PUus

Un médecin américain le Dr Dan Erickson, estime que le taux de mortalité réel est en fait inférieur à celui de la grippe, et que le taux officiel est gonflé:

Il rapporte par ailleurs que « des médecins de plusieurs États américains ont été « poussés » à délivrer des certificats de décès mentionnant Covid-19, contre leur propre avis ».

https://covidinfos.net/covid19/selon-le-dr-dan-erickson-le-taux-de-letalite-du-covid-19-serait-inferieur-a-celui-de-la-grippe/480/

Il ajoute, concernent les effets délétères du confinement:

Le Dr. Erickson affirme également que « le confinement et la peur affaiblissent le système immunitaire et la santé des personnes. Il y a déjà eu une augmentation significative des « effets secondaires » tels que l’alcoolisme, la dépression, le suicide et la maltraitance des enfants et des conjoints. »

https://covidinfos.net/covid19/selon-le-dr-dan-erickson-le-taux-de-letalite-du-covid-19-serait-inferieur-a-celui-de-la-grippe/480/

Ceci rejoint de nombreuses publications décrivant les troubles psychologiques, les augmentations de cancers et autres problèmes de santé, les états dépressifs et suicides, les violences entre conjoints ou contre enfants qui laissent de douloureuses traces, bref tous les dommages collatéraux que les autorités ont énormément de mal à prendre en compte car moins « visibles » que le nombre de décès quotidien. Alors que, passé un temps court, ces effets – et les effets économiques – deviennent en fait plus dangereux et mortels que le virus lui-même.

Comme le dit John Ioannidis dans la vidéo en début d’article, lorsqu’il commente ces fameux dommages collatéraux, la situation actuelle est une première, nous n’avons pas de données épidémiologiques sur les effets d’une aussi monstrueuse récession mondiale. On ne peut qu’extrapoler à partir de données soit très anciennes (1929, 1945) ou récentes mais différentes dans leur contexte (2008), mais il estime probable qu’il y aura des millions de morts directement liés à l’arrêt brutal et prolongé de la société sous emprise Covid-19. Bien plus, en tout cas, que les morts liés au Covid-19 lui-même.

La situation en Inde, où 1,2 milliards d’habitants sont confinés depuis le 25 mars, fait sans doute partie des plus terribles:

Des millions d’Indiens sans travail depuis des semaines, font face à la faim pendant que le pays combat l’épidémie de Coronavirus. Les plus vulnérables sont les journaliers, les saisonniers et les migrants qui n’ont plus de travail ni de revenus depuis le 25 mars.

Millions of Indians who have been without work for weeks are facing hunger as the country battles the coronavirus outbreak. The most vulnerable are daily wage earners, contract workers and migrant labourers who have been without work and earnings since the country was shut down on 25 March

https://www.msn.com/en-gb/news/coronavirus/they-are-starving-us-millions-in-india-facing-hunger-during-lockdown/ar-BB13ctbU?ocid=sf

Comment les sociétés vont gérer cette catastrophe, ainsi que la réalisation, probable, que la situation sanitaire réelle ne méritait sans doute pas un tel sacrifice, je l’ignore mais quoi qu’il en soit, cela marquera l’histoire du XXIème siècle. Pour le meilleur ou pour le pire, nous le saurons bientôt.

Ajouté le 29 avril: interview de Jean-Dominique Michel, anthropologue de la santé.

Liens et sources:

(1)

(2) https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.14.20062463v1

(3) https://www.newscientist.com/article/2241313-what-the-first-coronavirus-antibody-testing-surveys-can-tell-us/?utm_campaign=onesignal&utm_medium=alert&utm_source=editorial

(4) https://medicalxpress.com/news/2020-04-covid-resolution-eventual-good-news.html

(5) https://www.covidwave.org/

(6)

(7) https://www.lesprosdeleco.com/crise-2021/?fbclid=IwAR1IYAaTtvo9POTlJctgnb8Fp1v9qMLz1sCzJx4VV7EMfsrbjPzryCP9auo

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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