Déconfinement confiné: il est temps de sortir de la crise de nerfs.

J’emprunte l’expression « crise de nerfs » à la toute récente interview du Dr Didier Raoult où il estime, entre autres points de vue intéressants, que « la société est en pleine crise de nerfs ». Une crise de nerfs, comme le sait tout médecin, se définit ainsi:

Une crise de nerfs, crise nerveuse, ou état d’agitation aiguë, désigne une détresse psychologique souvent à court terme, se manifestant brusquement chez un individu montrant des signes cliniques de dépression et d’anxiété. L’individu affecté peut réagir violemment et devenir une menace pour lui et son entourage.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_nerfs

Remplacez ici « individu » par « société » et vous obtenez une description parfaite de la situation. Maître mot, l’anxiété est distillée depuis six semaines par un gouvernement en mode panique et ses porte-voix médiatiques et médicaux. Anxiété massivement relayée au sein de la population, qui accepte tout et n’importe quoi lui procurant un sentiment de sécurité. Anxiété constamment relancée par les injonctions contradictoires d’un régime qui ne connait que le mensonge, l’arrogance et la répression policière.

Cette anxiété n’est pas arrivée d’un coup: la montée en puissance des Greta Thunberg et autres collapsologues, les Gilets jaunes, puis les manifestations contre la réforme des retraites en étaient des signes évidents. Le sentiment d’entubage profond que ressent une bonne partie de la population face au régime d’Emmanuel Macron, l’insulte permanente qui lui est faite, la répression outrancière que ce régime mène contre « ceux qui ne sont rien », contre ceux et celles qui doivent rouler en voiture pour aller au boulot, contre ceux et celles qui réclament un peu de vraie démocratie, qui refusent le démantèlement et la revente des actifs de l’Etat au profit des amis du régime, contre ceux et celles qui entrevoient une vieillesse de misère après une vie de promesses de retraite joyeuse, étaient déjà anxieux le jour où l’on a dû commencer à s’inquiéter, en plus, du Coronavirus.

A ceux-là sont alors venus s’ajouter ceux et celles qui n’avaient peut-être rien à faire des Gilets jaunes, de la réforme, d’ADP, du climat mais qui se retrouvent tétanisés par la peur, par les images en provenance de Chine, d’Italie ou des salles de réanimations françaises. Ceux et celles qui ont passé leur vie dans un monde dénué de grands risques, convaincus d’être protégés de toute mort prématurée par la technique médicale, et trouvant légitime que les autres, c’est-à-dire la société, doive se sacrifier pour les protéger, eux, quoi qu’il en coûte.

Tout cela a donc fait basculer la société dans une vraie crise de nerfs d’où est éjectée toute forme de rationalité, où l’absurde devient sécurisant car caressant dans le bon sens le poil émotionnel des hystériques, où le voisin sortant deux fois son chien devient un meurtrier, où se balader seul en pleine nature devient un acte criminel, où le coût astronomique du confinement prolongé ne compte pour rien: la société accepte une forme de suicide afin de préserver l’illusion de sa protection. Elle devient une menace pour elle-même.

Malgré tout, des voix s’élèvent.

Bien sûr tout le monde n’a pas plongé et des voix, certes rares, s’élèvent. Des voix de tous horizons, des voix anonymes mais aussi des voix que d’habitude on écoute: celle du philosophe André Compte-Sponville par exemple, relayée dans l’article « Confinement: sous le joug du Santé Suprême » (1). Ou celle de Rony Brauman, médecin et ancien patron de MSF, ici interviewé par la chaîne RT:

Les voix de journalistes reconnus, tel Jean Quatremer qui publie dans son blog sur Libé un article sanglant sur la politique de confinement, dont je cite ce passage:

Manifestement, personne n’a réalisé qu’il risquait d’être très difficile de sortir sans dommage politique du confinement une fois décidé, une partie de l’opinion publique risquant de s’autopersuader au fil des jours qu’il s’agit en fait d’éradiquer la maladie. Si la pandémie continue à tuer, et elle le fera, le gouvernement sera automatiquement accusé de mettre en danger la santé de ses citoyens pour sauver « l’économie », un gros mot pour une partie des Français comme si le fait de travailler pour vivre était secondaire par rapport à la santé… Autrement dit, la tentation sera forte de revenir au confinement aveugle pour faire taire les polémiques ou d’en sortir le plus tard possible, la voie choisie par la France après six semaines d’État d’urgence sanitaire.

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2020/04/30/confinement-le-debat-interdit/

Les voix d’auteur.e.s, d’artistes se lèvent contre la démence qui, tel Lallement, rôde et nous menace de ses exactions. Alain Damasio a publié ce bel article dans Reporterre, d’où je cite ce passage:

J’ai des amis qui ne sortent plus depuis un mois. Pas une fois! De quoi ont-ils peur exactement? De mourir? De souffrir? De la maladie? De contaminer les autres? Est-ce qu’ils savent que vivre est une maladie mortelle? Que le risque est consubstantiel à la fragilité magnifique du vivant? C’est le fond ontologique du problème. Tout ce qui conjure le rapport à la mort est vécu comme désirable. On peut applaudir des lois incroyablement liberticides si elles prétendent sécuriser notre rapport à la mort. Un copain m’a même dit : «On sera bien content d’êtres libres, tiens, quand on sera mort!» Pour lui, ça absout les pires lois d’avance. Pour moi, il ne voit pas qu’on est déjà mort si l’on raisonne comme ça. Mort-vivant, oui. Zombie quoi!

https://reporterre.net/Alain-Damasio-Pour-le-deconfinement-je-reve-d-un-carnaval-des-fous-qui-renverse-nos-rois-de-pacotille

Des gens très réputés s’inquiètent pour la santé mentale d’une société en confinement prolongé:

Les Français sont confinés depuis 33 jours, et le seront encore durant un peu plus de trois semaines. Cet état d’enfermement, couplé à l’inquiétude liée à la pandémie de coronavirus a un impact certain sur leur santé mentale, et selon plusieurs études, la période post-confinement pourraient voir se développer de nombreuses pathologies mentales, comme des syndromes de stress post-traumatique.

https://www.europe1.fr/sante/confinement-quel-impact-sur-la-sante-mentale-des-francais-3962766

Dans la même veine, le très connu neuropsychiatre Boris Cyrulnik avertit des conséquences psychiques, et notamment de la manière dont l’isolement impacte la fin de vie des personnes âgées – celles que l’on est supposé protéger:

« Lorsqu’on est confinés à plusieurs dans un tout petit espace, au contraire, il y a une hyper stimulation et on n’arrive pas à traiter toutes les informations. Le rythme naturel se casse complètement. Dans les deux cas, trop seul ou trop nombreux dans un appartement trop petit, on n’est pas bien. »

« L’isolement est très agressif pour les personnes âgées. Elles peuvent se laisser mourir de solitude. On appelle cela le syndrome de glissement. On parle de une mort naturelle alors qu’il s’agit d’une mort par carence affective ».

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-26-avril-2020

Le traitement infligé à tous ces vieux restera, sans doute, dans les annales de l’humanité comme une honte imprescriptible. Bien sûr ceux et celles à leur contact auront tout fait pour les aider, les protéger médicalement, mais mettre à l’isolement, des semaines durant et sans leur demander leur avis, des gens dont la seule raison de vivre est le contact avec leurs familles, relève d’une forme de perversion que les psychologues auront grand intérêt à étudier.

Le coût économique et social.

Le coût économique enfin, celui que les bourgeois fonctionnarisés terrés chez eux peuvent se permettre d’ignorer mais qui impacte, et va impacter, des pans entiers de la société. Question déjà abordée dans d’autres billets, par exemple « Inhumanité et politique du confinement » (2). Certes le gouvernement français n’ignore pas l’aspect économique: un plan de plus de 100 milliards d’euros est en place et il se dit prêt à aller plus loin, mais cela ne suffira pas à garder la tête hors de l’eau à des millions de gens qui ne sont pas dans les bonnes cases de l’administration, qui ne pourront jamais récupérer ce qu’ils auront perdu pendant les mois de confinement et les mois, ensuite, de semi-déconfinement.

Une paupérisation massive de cette population est à craindre, avec son cortège de dépressions, de maladies, de suicides, de drames familiaux.

Le confinement de longue durée aura sans douter permis de sauver quelques milliers de vies (et non pas les 60 000 supposément estimées par l’étude mentionnée par Edouard Philippe lors de son discours du 28 avril, qui relève d’une lecture erronée de ladite étude (3)), mais pour un coût astronomique. Une politique imposée de manière brutale par une technocratie aux abois, un confinement qui est devenu un instrument politique au service de cette même technocratie (4).

Vu de l’absurde technocratique, le déconfinement passe par la création d’invraisemblables usines à gaz dont la complication va sans doute pousser pas mal de gens à la crise de nerfs individuelle. Dans les écoles, dans les transports on invente des règles, des « doctrines », des infractions, des punitions dénuées de sens mais qui excitent les technocrates et les policiers. On impose un rayon de 100 km à toutes et tous, sans prendre en compte la réalité du terrain. 100 km à Paris n’a rien à voir avec 100 km à partir d’un bled de la Creuse. On fait de la ségrégation entre départements sur base de critères comptables, sans prendre en compte des éléments clés telle la proportion de personnes âgées (ce qui induit naturellement plus de malades).

Que faire pour sortir la société de cette crise de nerfs? Sans doute commencer par la laisser se promener à l’air libre, sentir l’iode, prendre des bains de mer. Ah non, les plages sont interdites, et ce pour une durée indéterminée. L’absurde En Marche, et pas de vagues!

Bon 1er mai quand même.

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2020/04/14/confinement-sous-le-joug-du-sante-supreme/

(2) https://zerhubarbeblog.net/2020/04/09/inhumanite-et-politique-du-confinement/

(3) https://zerhubarbeblog.net/2020/04/23/etude-ehesp-gloire-du-confinement-ou-fake-news/

(4) https://zerhubarbeblog.net/2020/04/13/le-confinement-un-suicide-collectif-pour-sauver-la-technocratie/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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