L’enfance, ce cavalier de la haine macroniste.

Emmanuel Macron vient de prononcer un discours sur le « séparatisme », dans lequel il annonce l’ouverture d’un nouveau front dans sa guerre à la liberté et à l’émancipation de la population française: l’interdiction de l’école à domicile à partir de 2021.

“J’ai pris une décision sans doute des plus radicales depuis la loi de 1882 (loi Ferry qui rend l’instruction obligatoire, NDLR) ou celle sur la mixité à l’école en 1969”, prévient Emmanuel Macron en préambule de son annonce majeure. “L’instruction à l’école sera obligatoire pour tous en 2021”, annonce le chef de l’État qui prévient: l’instruction à domicile se limitera aux impératifs de santé.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-interdit-lenseignement-a-domicile-sauf-pour-raisons-de-sante-des-2021_fr_

Cette mesure s’inscrit dans la méthode autoritaire, pour ne pas dire totalitaire, de la Macronie consistant à utiliser un problème a priori réel, en l’occurrence le communautarisme, et notamment celui à caractère religieux (comprendre: islamique), pour détruire les obstacles à la prise de contrôle technocratique et policière totale du corps social.

Cette dernière action s’ajoute à l’outrage imposé à la jeunesse, sous couvert cette fois du Covid-19, symbolisé par le port obligatoire du masque. Outrage qui s’ajoute à la culpabilisation de cette même jeunesse, orchestrée par le politique, les syndicats et les médias depuis le début de l’épidémie, visant à présenter les jeunes comme les tueurs potentiels de leurs ainés, et permettant ainsi de justifier une « distanciation sociale » absolument catastrophique pour l’équilibre psychologique aussi bien de ces ainés, que des enfants.

La fabrique des monstres.

Tous ces gens qui imaginent, implémentent, collaborent à ce mouvement mortifère à l’encontre de l’enfance sont des monstres, au même titre que l’étaient les collabos fascistes d’antan, comme l’étaient les bureaucrates qui organisaient les rafles, les camps et les exterminations, comme l’étaient, bien sûr, les exécutants. Certes pas (encore) dans la forme, mais certainement dans le fond, dans l’acceptation de n’importe quelle violence afin de préserver leurs propres situations sociales et professionnelles, leurs privilèges, bref leurs gamelles.

Ceci n’est pas une attaque moraliste à l’encontre de ces individus car, comme l’ont largement démontré moult auteurs et historiens, le fait d’appartenir au « bon » ou au « mauvais » camp est essentiellement une question de circonstances et de dynamique institutionnelle.

En effet, comme le disait très justement J-J Goldman dans sa chanson « Né en 17 à Leidenstadt »:

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand?

L’horreur institutionnelle est inhérente à tous les totalitarismes, du nazisme à la Chine moderne en passant par le stalinisme et autres. L’institution porte en elle sa dynamique destructive et prédatrice, tantôt freinée, tantôt flattée selon les régimes politiques, même a priori démocratiques, qui la chapeautent. Ivan Illich avait bien compris cette caractéristique, qu’il nommait iatrogénèse, et ses effets sur l’individu:

L’illustration la plus directe de cette transformation, du passage de l’instrument augmentant l’Humain dans un milieu ouvert, au système intégrant l’Humain dans un milieu fermé, est la notion de « prévention des risques ». A nouveau, rien de plus concrètement actuel que la prévention des risques, ce nouvel autel sur lequel l’institution dysfonctionnelle se plaît à sacrifier une population elle-même persuadée du bien-fondé de la chose.

https://zerhubarbeblog.net/2020/09/18/ivan-illich-et-la-fin-de-lhumain-singulier/

La réalité de l’instruction à la maison.

Revenons à la nouvelle mesure totalitaire macroniste, objet de ce billet. Selon Macron, 50 000 enfants ne sont pas à l’école mais éduqués à la maison, en parfait accord avec le droit français qui stipule bien que ce n’est pas l’école qui est obligatoire, mais l’instruction.

Une instruction qui reste très surveillée:

Tous les deux ans, la mairie fait une enquête pour s’assurer des raisons qui motivent les parents et vérifier que les enfants reçoivent une instruction « compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille ». Par ailleurs, tous les ans, un contrôle pédagogique est effectué par un inspecteur d’académie (soit au domicile des parents, soit soit dans les locaux de l’inspection académique) pour vérifier que l’enfant progresse bien dans ses connaissances  et qu’il a le même niveau qu’un enfant scolarisé. Ces contrôles donnent généralement lieu à un rapport positif. Si ce n’est pas le cas, un second contrôle a lieu. Lorsque les deux contrôles sont négatifs, la scolarisation peut être exigée.

https://www.magicmaman.com/faire-l-ecole-a-la-maison-mode-d-emploi,3489760.asp

Sur le chiffre de 50 000, la moitié concerne les enfants en âge de maternelle, c’est-à-dire là où le fait de rester à la maison, pour autant que cela se passe bien et que le ou les parents s’occupent effectivement de leurs enfants, relève avant tout d’un désir parental à approfondir une relation, à construire en l’enfant une confiance en soi et une sérénité dont peuvent manquer les gamin.ne.s balloté.e.s et « gardiennés » cinq jours par semaine.

Où est le problème?

Pour les 25 000 enfants en âge scolaire qui font l’école à la maison, que constate-t-on comme problèmes? On entend les deux sons de cloches avec, d’un côté, la valorisation de la pédagogie individualisée et de l’absence de compétition ou de devoir performatif, de l’autre la problématique d’un éventuel manque de socialisation et de compétence pédagogique parentale.

Ceci est clairement le sujet d’un possible débat de société, de la formation parentale elle-même, et de l’accès à des activités socialisantes non scolaires pour ces enfants. Mais, en aucun cas, une justification d’interdiction d’un mode d’apprentissage qui contente de nombreux parents et enfants, et qui répond à une vraie problématique de qualité scolaire (difficulté d’accès en milieu rural, surpopulation, violences, enseignants ineptes).

Alors? Et bien c’est le « séparatisme » qui justifierait l’interdiction générale faite à tout un pan de la population dont l’immense majorité n’est nullement concernée par cette problématique. Un « séparatisme » qui, pour la même raison, interdira demain de faire la fête chez soi. Ah non, ca c’est déjà en cours…

Le constat séparatiste.

Nul doute que ce séparatisme existe. L’ouvrage « Les Territoires perdus de la République » (1), paru en 2002 et réédité en 2015 suite aux attentats, posait déjà le cadre d’un séparatisme de fait qui n’aura fait qu’empirer depuis lors. Un sondage réalisé l’an dernier par l’IFOP (2) sur la relation entre droit républicain et charia, relevait ceci:

«A la question de savoir si la loi islamique, en France, devrait s’imposer par rapport aux lois de la République, 27% des personnes interrogées répondent positivement. Parmi ceux qui sont de nationalité étrangère, 41% adhèrent à cette affirmation. Et parmi ceux qui sont de nationalité française, ils sont 20%

https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/11/un-sondage-affirme-t-il-que-50-des-musulmans-placent-la-charia-au-dessus-des-lois-comme-le-dit-valer_1756730

Il est plausible, en effet, qu’au sein des 27% de musulmans préférant la charia à la République, une partie fasse de l’éducation religieuse obscurantiste chez elle, mais combien en réalité? Aucune idée. Ce qui est sûr, par contre, est que les séparatistes ont la possibilité de scolariser leurs enfants dans des écoles islamiques, par exemple le fameux lycée Averroès de Lille, un lycée privé élitiste avec une jolie vitrine marchande mais une réalité sans doute moins reluisante:

« Je pointe des propos antisémites récurrents dans mes cours (…) Je pointe le fait qu’il y a un mélange malsain je trouve dans ce lycée de politique et d’islam, de religion », explique l’ancien professeur de philosophie, qui a enseigné cinq mois avant de démissionner.

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/polemique-au-lycee-prive-musulman-averroes-a-lille_822637.html

La légitimation séparatiste.

L’initiative macroniste s’inscrit, apparemment, dans une stratégie de lutte contre ce séparatisme qui inclut la dissolution d’associations « trop » séparatistes / communautaristes, la formation d’imams français, des cours d’arabe à l’école, et même la création d’un « institut scientifique d’islamologie” et de “postes supplémentaires dans l’enseignement supérieur” (3).

Pourquoi pas. Une règle de base de la guerre étant de bien connaître son ennemi, il n’est pas illogique de participer à sa formation, de l’étudier et de le contrôler en l’intégrant, tant que faire se peut, au sein de l’institution. Reste que cela n’a pas grand chose à voir avec la pratique de l’école à la maison, la vaste majorité de ces pratiquants-là ne relevant pas d’une inimité fondamentale à la République.

Et c’est bien là le problème: l’inacceptable détournement d’une problématique réelle afin de casser, soumettre, contrôler par la force ce que le régime macroniste considère comme une opposition à sa démarche totalitaire.

Le principe du cavalier.

Tout comme le Covid sert une politique de casse sociale, de destruction de la culture, de répression policière, de culpabilisation et de maltraitance de la jeunesse, de démolition massive de la qualité de fin de vie des vieux, de soumission généralisée (4), le « séparatisme » sert à éliminer ce foyer d’émancipation éducative, parfois de préservation de l’enfance face à un système « éducatif » néfaste (et là je renvoie à nouveau à la pensée de Ivan Illich), qu’est l’instruction à la maison.

Instruire son enfant va devenir une activité illégale. Le préserver d’une institution parfois trop violente, passible de peine de prison. En Macronie, on en est là.

Liens et sources:

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Territoires_perdus_de_la_R%C3%A9publique

(2) https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/09/116646_Rapport_Ifop_le_Point_FJJ_2019.09.11.pdf

(3) https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-interdit-lenseignement-a-domicile-sauf-pour-raisons-de-sante-des-2021_fr_

(4)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

4 réponses

  1. Nicolas

    Bonsoir. En début d’année, j’ai découvert votre blog à la faveur du Covid, et je le suis toujours avec attention car vos réflexions sont stimulantes. Je me permets une remarque, en fait un étonnement à vous voir utiliser ponctuellement cette écriture auto-proclamée inclusive, dont un collectif de linguistes dénonçaient encore il y a peu l’absurdité (www.marianne.net/agora/tribunes-libres/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listent-les). Me concernant, c’est avant tout l’illisibilité qui irrite : comment ne pas buter sur un passage du type « les gamin.ne.s balloté.e.s » ? En clair, je suis surpris que vous consentiez (apparemment en dilettante) à cet énième « hochet du monde virtuel » étant donné le mordant habituel de vos idées, mais probablement que vous avez vos raisons, et alors je serais ravi si un jour vous en faisiez un article.

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