Naomi Klein sur les élections américaines.

Naomi Klein donnait, vendredi dernier, ses impressions sur la campagne et les élections américaines. Ci-dessous, la traduction en français, l’original en bas de page. On découvre ici la profonde division qui règne au sein du parti Démocrate, entre les corporatistes symbolisés par des gens tels Biden et Clinton, qui soignent avant tout les intérêts des financeurs, et les socialistes symbolisés par Sanders et Warren qui tentent d’aligner les politiques avec les besoins de la population.

Les cris de victoire des anti-Trump, notamment en Europe, devraient prendre acte que si Trump avait gagné de justesse devant Hillary Clinton, et sans doute (les recours ne sont pas encore épuisés) perdu de justesse devant Joe Biden, la dynamique qui le porte n’est pas affaiblie, et les corporatistes du parti Démocrate représentés par Biden ne sont pas les gentils redresseurs de torts que vantent leurs communicants.

Ces corporatistes sont des prédateurs, au moins aussi corrompus que pouvait être le clan trumpiste, mais aimant la guerre bien plus que lui. Il va y avoir une lutte permanente entre l’aile gauche du parti et les intérêts des corporatistes, et on ne peut savoir ce qu’il en sortira. Les Républicains canarderont sans relâche les mesures socialistes en matière de sécurité sociale, mais aussi les mesures expansionnistes des va-t-en-guerre, et les mesures liberticides que Biden compte imposer au nom de la lutte contre le Covid-19.

Naomi Klein, Haymarket, vendredi 6 novembre.

Ces jours ont été pénibles. Et ces jours ont été plus pénibles qu’ils n’auraient dû l’être. Comme nous le savons tous, Joe Biden a remporté les primaires démocrates en affirmant qu’il était le pari le plus sûr pour battre Donald Trump. Mais même si la base du parti démocrate était beaucoup plus politiquement alignée avec Bernie Sanders, ou Elizabeth Warren, dans leur soutien à Medicare for All, un Green New Deal, pour la justice raciale, le parti était sûr que Bernie Sanders était trop risqué. Et donc, comme nous nous en souvenons tous, ils se sont regroupés et nous ont donné Biden.

Mais je pense qu’après des jours à nous ronger les ongles, il est juste de dire que Biden n’était pas du tout sûr, comme nous l’avons toujours su. Pas sûr pour la planète, pas sûr pour les personnes en première ligne devant la violence policière , pas sans danger pour les millions et les millions de personnes qui demandent l’asile, mais aussi pas même sûr en tant que candidat.

Vaincre Trump est une victoire populaire vraiment importante. Un grand nombre de personnes n’ont pas voté pour Joe Biden, ils ont voté contre Trump, car ils reconnaissent l’énorme menace qu’il représente. Et le fait que les mouvements qui ont permis cette victoire, ne peuvent même pas en profiter un instant car ils sont déjà attaqués par l’establishment démocrate, qui cherche une fois de plus à abdiquer toute responsabilité dans le désordre actuel, est vraiment la signature de son propre crime. Les gens ne devraient pas avoir à lutter contre ces attaques.

Alexandria Ocasio-Cortez ne devrait pas avoir à être sur Twitter toute la journée, faisant valoir que ce n’est pas la faute des socialistes démocrates si le parti démocrate a fait moins bien qu’il n’aurait dû. En fait, elle et tant d’autres devraient être salués pour l’incroyable organisation et le leadership dont ils ont fait preuve au cours de cette période.

Biden était un candidat risqué pour les mêmes raisons qu’Hillary Clinton était un candidat risqué. Il était risqué en raison de son bilan mitigé, parce qu’il avait si peu à offrir à tant de gens dans une crise aussi profonde. Il semble qu’il ait obtenu une victoire électorale de justesse, mais c’était un pari à haut risque dès le début. Et non seulement la gauche n’est pas à blâmer. Nous sommes en grande partie responsables du succès qui a eu lieu, et pas le projet Lincoln, qui a, comme David Sirota l’a dit, gaspillé 67 millions de dollars lors de cette élection en essayant d’atteindre les électeurs républicains de banlieue.

Nous sommes les digues qui retiennent le tsunami du fascisme. La vague gagne toujours en force, c’est pourquoi c’est un moment si difficile à célébrer. Nous devons consolider ces digues, et nous devons également drainer l’énergie de leur tempête. Alors, comment faisons-nous cela?

Nous devons, je pense, reconnaître tout d’abord que, bien que nous ayons affaire au même type de démocrates d’entreprise qu’en 2008, nous ne sommes pas les mêmes. Nous avons changé. Nos mouvements ont grandi pendant les années Obama, et ils ont grandi pendant les années Trump. Ils ont grandi en taille mais ils ont aussi grandi en vision. Dans la vision de définancer la police, en déplaçant les ressources de l’infrastructure de l’incarcération, de la police, du militarisme vers le soin (Care). Le travail de vision a eu lieu, le travail de vision derrière le Green New Deal a eu lieu et, bien sûr, le mouvement qui soutient Medicare for All.

Même si nous abordons cette étape aussi fatigués, nous devons nous rappeler que nous avons changé. Que la présence de la « brigade »est une différence par rapport aux années Obama et Biden. Obama et Biden n’ont pas eu à affronter Ocasio -Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib, Ayanna Pressley et maintenant Cori Bush et Jamaal Bowman. Donc je pense que là où nous allons, nous avons besoin de plus de coordination dans toute cette puissance montante.

Je pense à ce moment en 2018, lorsque les démocrates ont repris la Chambre des représentants. Ils s’attendaient à un défilé victorieux mais eurent en fait leurs bureaux occupés par le mouvement Sunrise et Ocasio-Cortez les a salués en promettant d’introduire le Green New Deal. Ce genre de tenaille intérieure-extérieure est ce que nous devons reproduire encore et encore et encore. C’est un aperçu du type de dynamique dont nous aurons besoin si nous voulons appliquer les politiques qui pourront réellement garantir notre sécurité.

Nous avons constaté l’incapacité du parti démocrate à faire la seule chose que nous attendons d’un parti politique, qui est de réussir à remporter des élections. Je n’ai pas besoin de décrire tout ce que nous avons eu en notre faveur mais cette élection aurait dû être une répétition de la perte d’Herbert Hoover en 1933. Nous sommes aux prises avec une pandémie, une dépression économique désespérée et Trump a absolument tout mal fait.

Cela aurait dû être un coup de balai éclatant . Cela aurait dû être le raz-de-marée qui nous avait été promis. Et le fait est que les dirigeants démocrates l’ont raté sur tous les fronts. Ce n’était pas simplement une erreur. Ils ne voulaient pas offrir aux gens ce dont ils avaient besoin, Ils sont beaucoup plus intéressés à apaiser la classe des donateurs qu’à répondre aux besoins de leurs électeurs, qui en ont plus que jamais besoin. »

Texte d’origine:

These have been a harrowing few days. And these days have been more harrowing than they should have been. As we all know, Joe Biden won the Democratic primaries based on the claim that he was the safest bet to beat Donald Trump. But even if the Democratic party base was much more politically aligned with Bernie Sanders, or Elizabeth Warren, in their support for Medicare for All, a Green New Deal, for racial justice, the party was sure that Bernie Sanders was too risky. And so, as we all remember, they banded together and gave us Biden. »But I think that after days of gnawing our fingers down to the quick, it’s fair to say that Biden was not safe at all, as we always knew. Not safe for the planet, not safe for the people on the front lines of police violence, not safe for the millions upon millions of people who are seeking asylum, but also not even safe as a candidate. »Defeating Trump is a really important popular victory. A great many people did not vote for Joe Biden, they voted against Trump, because they recognize the tremendous threat that he represents. And the fact that the movements that are behind so much of that political victory are not able to even just take a moment and feel that victory, because they are already under attack by the Democratic establishment, as it seeks once again to abdicate all responsibility for ending us in the mess that we are in, is really its own kind of a crime. People should not have to be fighting off these attacks. Alexandria Ocasio-Cortez should not have to be on Twitter all day, making the point that it is not the fault of democratic socialists that the Democratic party has underperformed in the way that it has. »In fact, she and so many others should be taking a bow for the incredible organizing and leadership that they’ve shown in this period. »Biden was a risky candidate for the same reasons Hillary Clinton was a risky candidate. He was risky because of his swampy record because he had so little to offer so many people in such deep crisis. It seems he has secured an electoral victory by the skin of his teeth but it was a high risk gamble from the start. And not only is the left not to blame. We are largely responsible for the success that has taken place, not the Lincoln Project, which has, as David Sirota said, set fire to $67m in this election by trying to reach suburban Republican voters.Advertisement »We are the levees holding back the tsunami of fascism. The wave is still gaining force, that’s why this is such a difficult moment to celebrate. We need to shore up those levees, and we also need to drain energy away from their storm. So how do we do that? »We need to, I think, recognize first of all that, though we may be dealing with the same kind of corporate Democrats as we were in 2008, we are not the same. We have changed. Our movements have grown. They grew during the Obama years, and they grew during the Trump years, they have grown in size but they’ve also grown in vision. In the vision of defund the police, moving the resources from the infrastructure of incarceration, of policing, of militarism to the infrastructure of care. Vision work has happened. The vision work behind the Green New Deal has happened. And of course the movement supporting Medicare for All. »Even as we approach this juncture with so much fatigue, we have to remind ourselves that we have changed. That the presence of “the Squad” is a difference from the Obama and Biden years. Obama and Biden did not have to contend with Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib, Ayanna Pressley and now Cori Bush and Jamaal Bowman. So I think where we go from here is, we need more coordination in all of this rising power. »I think about that moment in 2018, when the Democrats took back the House of Representatives. They were expecting their victory parade and instead had their offices occupied by the Sunrise movement and [Ocasio-Cortez] greeting them and pledging to introduce Green New Deal legislation. That sort of inside-outside pincer is what we need to be replicating again and again and again. That is a glimpse of the kind of dynamic that we will need if we are going to win the policies that are actually enough to begin to keep us safe. »What we have seen with the failure of the Democratic party to do the one thing that we look to from a political party, which is be good at winning elections. I don’t need to outline all the things we had going in our favor but this election should have been a repeat of Herbert Hoover’s loss in 1933. We are in the grips of a pandemic, a desperate economic depression and and Trump has done absolutely everything wrong. »This should have been a sweep. It should have been the sweep that we were promised. And the fact is, the Democratic leadership bungled it up on every single front. It wasn’t just a mistake. They did not want to offer people what they needed, They are much more interested in appeasing the donor class than they are in meeting the needs of their constituents, who need them now more than ever. »

https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/nov/08/joe-biden-risky-candidate-us-election

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

7 réponses

  1. Je suis assez surpris. Victoire de justesse ? Une victoire populaire ? Je pense que vous pouvez vous attendre à des surprises dans les semaines . C’est le résultat d’une gigantesque fraude de la part des démocrates, pour laquelle l’enquête a commencé, autorisée par William Barr.

    Les démocrates sont des va-t-en guerre et Naomi Klein le reconnait mais le danger vient de Trump.

    La période Obama a été une période de guerre ininterrompue. Résultat : prix Nobel de la Paix.

    Ce que Naomi Klein appelle « fascisme » sans donner de détails, c’est le souverainisme ; en cela, elle tient exactement le même discours que BFMTV ; car elle ne précise jamais quel type de danger Donald Trump représente (pas de nouvelles guerres et pacification sous sa présidence, entre autres)

    Je crois savoir que Naomi Klein faisait partie du mouvement altermondialiste, à mon avis c’est une autre manière d’être mondialiste.

    Vous qui écrivez des articles si pertinents sur le covid-19, pensez-vous que la menace mondialiste, le Nouvel ordre mondial, soit un fantasme ?

      1. roc

        moi aussi j’ai des difficultés avec ce texte et votre commentaire :
        « Trump est indiscutablement souverainiste, sa tendance à s’attribuer une posture d’homme providentiel au-dessus des lois, »
        au dessus de quelles lois ? ils les a toutes respectées parfois même a l’excès d’après moi !
        Trump n’a pas imposé d’états d’urgence ni de confinement çà c’est le plan mondialiste des corporations !
        pour ce qui concerne « la Grande Réinitialisation ou Great Reset, »
        c’est le plan Biden .
        Naomi Klein est visiblement de gauche mais elle croit au réchauffement climatique anthropique et a la nécessitée de la décroissance sans comprendre que cela entraînera une extrême misère parmi les peuples .
        les éoliennes et les panneaux solaire sont des sources d’énergie inefficace et extrêmement chère financées par des dettes insupportables !

        Naomi Klein n’a pas compris que Trump est certes patriote, mais qu’il s’est toujours déclaré  » démocrate » et qu »au début de sa campagne il s’est présenté comme indépendant puis a rallier le parti républicain .
        les média en 2016 l’ont fait monter dans les sondage pour faire barrage a Butidged et a bush dont les démocrates avait peur pour l’élection d’Hillary Clinton !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.