Fraude électorale aux USA?

Sidney Powell est une personnalité du circuit judiciaire américain (1). Elle a rejoint l’équipe légale de Donald Trump, dans la foulée des élections de début novembre, afin d’enquêter sur les allégations de fraude électorale. Elle apparait depuis quelques jours sur différents médias, dont bien sûr Fox News, avec une claire mise en cause des résultats électoraux via le piratage des machines à voter électroniques Dominion (2).

Machines utilisées au sein de 2 000 jurisdictions (sur un total d’environ 8 000) à travers 30 Etats. Le logiciel de ces machines serait, selon Powell, fourni par Smartmatics (3), une société américaine dont le Président (Chairman), Peter Neffenger, un ancien vice-amiral de la Navy, fait partie de l’équipe de transition de Joe Biden (4).

Sidney Powell déclare avoir reçu, sous forme de témoignages et d’analyses statistiques, un faisceau d’indices suffisants pour monter une attaque judiciaire à l’encontre du résultat électoral donnant Biden vainqueur contre Trump. Pour elle, Trump aurait en fait gagné, et ce par un avantage qui se compterait en millions de voix:

Opération suicide?

Les sociétés impliquées, Dominion et Smartmatic, nient évidemment toute possibilité de fraude ou de manipulation des voix (5): Dominion nie utiliser le logiciel de Smartmatics, qui elle-même nie travailler avec Dominion, qui est de fait un concurrent.

A l’origine de ces accusations de fraude et de collusion entre les Démocrates, Dominion et Smartmatics, se trouve l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani. Le Washington Post (tendance Démocrate) a fait une page listant les allégations de Giuliani, et les réponses des debunkers (6).

Cette attaque est d’autant plus étonnante que l’institution gouvernementale chargée de vérifier l’intégrité des systèmes de comptage des bulletins de vote publiait, ce 12 novembre, un avis clair sur le fait qu’il n’existait aucun indice (evidence) suggérant une quelconque manipulation des voix (7).

Alors?

Tout ceci ressemble à une opération kamikaze de la part d’un groupe pro-Trump autour de Giuliani et Powell, mais pourquoi mener une telle opération, a priori suicidaire pour leurs réputations respectives, s’ils n’ont rien à offrir en termes sinon de preuves, au moins d’indices recevables?

Est-ce juste une opération pour ajouter de l’huile sur un feu déjà bien nourri, une manière de maintenir l’incertitude en espérant que quelque chose se passe, par exemple une révolte violente justifiant un Etat d’urgence et l’instauration d’une dictature trumpiste?

Un combat à mort au cœur du pouvoir.

Ou y aurait-il, en effet, de bonnes raisons de s’inquiéter d’un risque de fraude massive? Vu d’ici c’est impossible à dire, mais comme je le soulignais dans l’article publié juste avant les élections (Elections USA: un duel à l’ombre de la guerre civile), le degré de haine partisane entre Démocrates et Républicains dépasse largement ce que nous pouvons connaître ici. A ce niveau-là, avec autant d’intérêts en jeu et un tel passif entre les deux partis, avec autant d’argent disponible de part et d’autre pour acheter l’opinion, tout devient possible.

La situation que je décrivais quelques jours avant les élections américaines de 2016 (Pourquoi Trump?) n’a pas changé. On a juste remplacé Hillary Clinton par Joe Biden, mais tout ce qui pouvait se dire sur Clinton, ses liens avec un establishment prédatorial, interventionniste, corrompu visé par Trump et son slogan Drain the Swamp! (Vidons le marécage!), tient toujours avec Biden.

L’affaire James Comey (voir Comeydie au Sénat américain), le patron du FBI viré en 2017 par Trump, ainsi que l’enquête sur une collusion entre l’équipe Trump et les Russes (voir Les Russes, les Trumps et les Trolls), soulignent un combat à mort entre un establishment globalement associé aux cadres du parti Démocrate, et une administration Trump aussi incontrôlable que populiste et ne partageant pas les mêmes intérêts.

La joie bien-pensante des anti-Trump.

Les soupirs de soulagement entendus à peu près partout, en France du moins, suite à la victoire de Joe Biden, relèvent d’un grave défaut d’analyse de la situation US et de son rôle à l’échelle mondiale. Non pas que Donald Trump soit le moins du monde sympathique, c’est effectivement un enfant gâté arrogant, inculte, raciste, misogyne et grossier, mais c’est aussi un antidote à une forme d’impérialisme US qui ravage une partie du monde depuis plus de vingt ans.

Cloué au pilori par l’Europe pour sa gestion de l’épidémie covidenne, alors même que la gestion sanitaire aux USA relève, comme en Allemagne, avant tous des Etats et non du pouvoir fédéral, le taux de mortalité par 100 000 habitants est pourtant le même qu’au Royaume-Uni, un peu plus élevé que celui de la France mais inférieur au taux belge, tout le monde étant supérieur au taux suédois (8).

La position trumpienne visant à ne pas sacrifier l’économie et la société sur l’autel du Covid, sacrifice qui ensuite se mesure en termes de morts par pauvreté, suicides et dénis d’opportunité (mais des morts qui, chose incompréhensible pour moi, comptent moins que les morts par Covid), ne fait guère pire, en termes de décès directs, que les mesures dictatoriales imposées ailleurs, et certainement moins nocives à long terme.

La gauche au centre du jeu.

Trump est évidemment une catastrophe sur les plans de l’environnement, de la sécurité sociale et des relations entre communautés, notamment la communauté afro-américaine. Vivre aux USA, si l’on ne fait pas partie des 20% de la population bien éduquée et bien payée, est très difficile.

Et c’est bien pour cela que Biden a (apparemment) gagné, c’est grâce aux énormes efforts de la gauche du parti Démocrate, celle représentée par Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Alexandria Ocasio-Cortez, cette gauche qui ont fait se bouger des millions d’électeurs aspirant à une société moins violente, électeurs qui n’avaient pas bougé en 2016 car conscients que, pour eux, Trump ou Clinton ne changerait pas grand chose à leurs vies.

Et c’est cette gauche qui, aujourd’hui, doit se battre bec et ongle au sein du parti Démocrate contre le corporatisme, représenté par Biden, qui fera ce que Clinton comptait faire voici quatre ans (voir Naomi Klein sur les élections américaines).

Quel rôle joue alors Sidney Powell dans ce vaste et mortel théâtre, cette arène où se confrontent des intérêts gigantesques associés à l’Etat profond, au grand capital, aux aspirations nationalistes face à l’impérialisme et ses guerres sans fin? Il lui reste peu de temps pour soumettre son dossier à la justice américaine, les jours à venir nous dirons donc s’il s’agit là d’une dernière manœuvre de diversion par un clan trumpiste aux abois, ou le début d’une guerre civile.

Liens et sources:

(1) https://en.wikipedia.org/wiki/Sidney_Powell#:~:text=Sidney%20Katherine%20Powell%20(born%201955,private%20practice%20in%20Dallas%2C%20Texas.

(2) https://www.dominionvoting.com/home/

(3) https://www.smartmatic.com/

(4) https://www.newsweek.com/who-peter-neffenger-biden-transition-team-member-may-target-trump-lawsuit-1547777

(5) https://www.dominionvoting.com/

(6) https://www.washingtonpost.com/politics/2020/11/16/giulianis-fantasy-parade-false-voter-fraud-claims/

(7) https://www.cisa.gov/news/2020/11/12/joint-statement-elections-infrastructure-government-coordinating-council-election

(8) https://en.wikipedia.org/wiki/COVID-19_pandemic_death_rates_by_country

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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