Nous sommes Jérôme Laronze.

Jérôme Laronze était un éleveur de en conflit avec l’administration menant les contrôles dont son exploitation faisait l’objet. En mai 2017 il fut abattu par des gendarmes qui le recherchaient suite à sa disparition quelques jours plus tôt. L’histoire et le contexte de cette affaire sont développés sur ce blog dans les articles « Avis de mort par bureaucratie« , d’octobre 2018, et « Elevage paysan et violences administratives« , de mai .

Ce vendredi 20 novembre 2020, le comité de soutien Jérôme Laronze et la Confédération Paysanne 71 organisaient une manifestation et veillée afin de marquer la décision du tribunal administratif, en février 2020, de reconnaître l’illégitimité des méthodes de contrôle, basées notamment sur l’intimidation, à l’encontre de l’éleveur.

Un symbole tellement actuel.

Jérôme Laronze est devenu le symbole d’une oppression menée par l’administration, et le lobby de l’agriculture industrielle, à l’encontre des petits éleveurs et paysans. Une oppression étatique et policière que la plupart d’entre nous, paisibles habitants de bourgades provinciales, ne vivaient alors, le plus souvent, que par personne interposée. Cela se passait chez l’autre, celui ou celle, rare, qui osait se dresser pour défendre sa liberté, quitte à tout perdre.

Aujourd’hui, muni d’une attestant que je m’autorise à participer à cette manifestation, elle-même autorisée par la préfecture locale et attestée par l’autorisation accompagnant ladite attestation, que d’ailleurs ladite autorité se réserve le droit de vérifier afin de s’assurer que j’atteste bien d’une volonté de présence spécifiquement définie par le autorisation-attestation, à défaut de laquelle ma présence, attestée de fait mais non attestée de feuille, me vaudrait missive punitive voire séjour en prison, je ressens, comme tant d’autres, le perturbant poids de l’oppression administrative et policière, cette menace dénuée de tout fondement rationnel autre que le désir de puissance livré à lui-même.

Je perçois, à travers ce papier plié en quatre dans ma poche, devant la photo de Jérôme Laronze portée tel un étendard de la liberté face aux puissances de la corruption et de la bêtise, la capacité de l’absurde bureaucratique à engendrer le désespoir, la haine et la folie.

L’absurde, cette nouvelle normalité.

Le petit chef bien noté, ce milicien du totalitarisme, ce rond-de-cuir dégoulinant de morve envers le bas comme de servilité envers le haut, ce technocrate inepte trouvant, dans l’inhumanité macabre des processus administratifs, le ressort d’une libido que la Nature aimerait pourtant lui interdire, ce mercenaire masqué jouissant de son pouvoir face à l’homme outrepassant la longueur réglementaire de sa chaîne, ce kapo face à l’enfant bâillonné cherchant une respiration et un sourire, nous menace désormais à chaque instant de nos vies.

Nous sommes aujourd’hui nombreux à ressentir, face à l’absurde érigé en une nouvelle et monstrueuse normalité, une expérience directe, physique et intime de la sidération et, pour beaucoup, du désespoir qui traversait Jérôme Laronze en ce mois de mai 2017. Son combat est devenu celui de tout être humain refusant l’incarcération à vie dans l’enfer oppressant des institutions corrompues.

manifestation:

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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