Brexit Poker 25, psychodrame au sommet.

A deux semaines de la date fatidique du 31 décembre 2020, les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union, Européenne, menées par Sir David Frost d’un côté et Michel Barnier de l’autre, butent toujours sur les questions d’incompatibilité entre la souveraineté britannique et les règles du marché commun européen.

Trois blocages principaux autour de la pêche, du respect par le RU des règles qui s’appliquent au marché européen en termes de droit social, de concurrence, etc…, et la méthode de résolution des disputes, le RU refusant la juridiction de la Cour européenne:

A tout ceci s’ajoutait la menace du Internal Market Bill, une loi voulue par Boris Johnson pour réguler, et plus précisément ne pas réguler, la frontière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et ce à l’encontre de l’accord signé en 2019 pour régler le problème de la frontière douanière (1).

Bojo à la croisée des chemins.

BoJo joue un jeu dangereux: coincé entre les idéologues pro-Brexit dont il est le porte-parole, et la réalité sociale et économique du pays dont il est le responsable, il ne peut rien faire qui plaise à tout le monde. Ce récent article publié dans CNN Business n’y va pas par quatre chemins:

Un Brexit sans accord mènerait 300 000 personnes à perdre leur emploi, et augmenterait le prix des denrées alimentaire. Les entreprises britanniques, déjà sonnées par la pandémie, perdraient leur accès sans tarifs ni quotas à un marché de 450 millions de consommateurs qui achète près de la moitié de leurs exportations, et une part similaire de leurs importations. Pour l’UE, le RU est nettement moins important, comptant pour 4% de ses exportations et 6% de ses importations, selon l’institut allemand IFO. Pour Lisandra Flach, directrice du Centre IFO d’économie internationale, « Brexit implique une perte des deux côtés, mais le RU perd considérablement plus ».

https://edition.cnn.com/2020/12/07/business/no-deal-brexit-economic-consequences/index.html?fbclid=IwAR1vZFosGaaBLAoPw2eM39JW1hgcznkgiEPg84qZVlcamPYt6HxrGV7sM0Y

Après le pathos, un end-game raisonnable?

Le cadre ainsi posé, l’importance des enjeux semble pousser les deux camps, désormais directement représentés par Boris Johnson et Ursula VDL en personne, vers une conclusion raisonnable.

« En l’état actuel, je ne peux pas vous dire s’il y aura un accord ou non. Mais je peux vous dire qu’il y a maintenant un chemin vers un accord. Ce chemin est très étroit, mais il existe », a-t-elle déclaré devant le Parlement européen à Bruxelles.

« Nous avons trouvé un moyen d’avancer sur la plupart des questions mais deux sujets restent en suspens : les règles de concurrence équitables et la pêche. Je suis heureuse d’annoncer que les questions liées à la gouvernance ont désormais été largement été résolues. Les prochains jours seront décisifs », a ajouté la cheffe de l’exécutif européen.

https://www.ouest-france.fr/europe/grande-bretagne/brexit/brexit-il-y-a-un-chemin-vers-un-accord-qui-est-tres-etroit-selon-ursula-von-der-leyen-7088541
La pêche, un enjeu symbolique majeur.

La pêche reste un sujet casse-accord car, même si elle pèse peu dans le PIB britannique, c’est le symbole de cette fameuse souveraineté regagnée. Côté européen, et notamment pour les pays habitués à pêcher depuis des décennies dans les eaux britanniques (France, Belgique, Pays-Bas..), l’interdiction d’accès à ces eaux représente un enjeu de vie ou de mort. Rien que pour la pêche française, ceci représenterait de l’ordre de 170 millions d’euros de perte, et la faillite de nombreux armements:

Emmanuel Macron a toujours menacé de refuser tout accord ne garantissant par le libre accès de ces eaux aux pêcheurs français, donc européens, et j’imagine qu’il doit y avoir une certaine pression, en ce moment, entre ne pas honorer cette promesse de politique intérieure et passer comme le responsable d’un non accord qui serait encore pire pour tout le monde.

A chaque jour sa surenchère dans l’épineux sujet de la pêche qui bloque en partie les négociations sur le Brexit. Après les menaces britanniques d’envoyer la Royal Navy pour protéger les zones de pêche, c’est au tour des marins français de menacer de bloquer l’accès à Calais aux bateaux anglais.

C’est Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches en Normandie qui a déclaré qu’en cas de no-deal, et donc d’interdiction, pour les pêcheurs français, belges et néerlandais, d’accéder aux eaux britanniques, les marins étaient prêt à empêcher les bateaux anglais de venir livrer leur pêche en France. Il déclare : « si nous sommes privés de nos zones de pêches (ici, les eaux britanniques), nous n’allons pas pas laisser les britanniques alimenter le marché français ». Selon lui, les pêcheurs belges et néerlandais seraient prêts à venir prêter main forte aux français dans ce projet.

https://lepetitjournal.com/londres/no-deal-les-pecheurs-menacent-de-bloquer-calais-294611
Savoir raison garder.

En effet, si à court/moyen terme le RU serait le grand perdant d’un Brexit dur, de nombreux pays de l’UE y laisseraient également des plumes: la France dispose d’un excédent commercial avec le RU de l’ordre de 12 milliards d’euros (2), et l’Allemagne un excédent de 32 milliards d’euros sur un excédent européen global de l’ordre de 414 milliards d’euros (3).

Le mélodrame du Brexit est sans doute à l’image du grand théâtre politique, la où les postures idéologiques prennent le pas sur la recherche du bien commun. D’autres voies sont possibles: des négociations existent entre l’UE et d’autres pays voisins, tels la Suisse, la Norvège, l’Islande dans le cadre de l’Espace Economique Européen (4), depuis des années et malgré des rebondissements associés aux variations des politiques nationales, mais sans cet aspect dramatique, cette stratégie de la terre brûlée au profit d’une petite minorité qui se sait peu ou pas impactée par les contraintes et risques socio-économiques à venir.

La deadline devait être le dimanche 13 décembre, mais les négociations continuent et semblent enfin avancer. Boris Johnson dit ne pas craindre une sortie sans accord, et que ce serait même à l’avantage du RU à plus long terme, mais il sait aussi que si la moitié de la population se retrouve demain dans la rue du fait du double impact des restrictions covidiennes et d’un Brexit sans accord, avec son cortège de chômage et de pénuries, il risque lui-même de mal finir.

Côté français, Macron sait également que les pêcheurs, acculés à la ruine, pourraient causer du ramdam dans un pays déjà au bord de la révolte populaire du fait de la répression absurde que lui impose la dictature sanitaire (5) et la marche en avant de l’Etat policier. Il se doute peut-être qu’à force de promouvoir la politique du pire, il risque de se retrouver sur le même rail, avec goudron et plumes, que son homologue britannique.

Liens et sources:

(1)

(2) https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/GB/relation-economique-bilaterale#:~:text=L’exc%C3%A9dent%20de%20la%20balance,2018%20(%2D5%2C1%25)

(3) https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-7851/#:~:text=The%20UK%20had%20an%20overall,with%20the%20EU%20in%202019.&text=The%20UK%20had%20a%20trade,to%20the%20EU%20in%202019

(4) https://www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/169/l-espace-economique-europeen-eee-la-suisse-et-le-nord

(5)

Article précédant sur le Brexit:

Tous mes articles sur le Brexit: https://zerhubarbeblog.net/category/international/brexit/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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