La sécession des élites à l’heure covidienne.

Coralie Delaume, essayiste récemment décédée d’un cancer à l’âge de 44 ans, « souverainiste » ayant notamment collaboré à Marianne, intitulait « La sécession des élites » un article publié dans le Figaro en avril 2018. Plus précisément, « La sécession des « élites » ou comment la démocratie est en train d’être abolie ».

Coralie Delaume analyse les raisons de la fracture qu’elle observe entre les «élites», une classe minoritaire de privilégiés, et la masse qui n’a pas accès aux études prestigieuses ou qui n’a pas son mot à dire dans les orientations économiques de l’Union européenne.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/04/20/31003-20180420ARTFIG00185-la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-d-etre-abolie-par-coralie-delaume.php?fbclid=IwAR15kOVd0TBcWI64EgY7JKW52Uu9_5yUhyPm0oT22370args4nETgFdTT80

Elle se basait sur un livre du sociologue américain Christopher Lasch publié en 1995, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie.

Le livre pose l’hypothèse que ce n’est plus la «révolte des masses» qui menace désormais la vie démocratique, mais la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites». Une coupure tant économique et matérielle qu’éducative et intellectuelle, dont résulte le repli sur eux-mêmes des privilégiés. Ces derniers ne parlent plus qu’à leurs pareils, c’est-à-dire non seulement à ceux qui bénéficient d’un même niveau de richesses, mais également à ceux qui partagent le même niveau d’instruction.

Vingt ans après Lasch, le phénomène du séparatisme élitaire qu’il voyait poindre dans son pays vient de faire l’objet, pour la France cette fois, d’une étude chiffrée. Jérôme Fourquet a en effet publié, pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, une note au titre évocateur: «1985-2017, quand les classes favorisées ont fait sécession». Il y explique notamment que la cohésion de la société française «est mise à mal aujourd’hui par un processus presque invisible à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences: un séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société, les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population étant en effet de moins en moins nombreuses».

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/04/20/31003-20180420ARTFIG00185-la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-d-etre-abolie-par-coralie-delaume.php?fbclid=IwAR15kOVd0TBcWI64EgY7JKW52Uu9_5yUhyPm0oT22370args4nETgFdTT80

La fracture éducative.

Coralie Delaume en appelle notamment à Emmanuel Todd qui, partageant ce même constat, met en cause la fracture éducative qui sépare la société en deux groupes, ceux ayant accès à l’éducation supérieure, et les autres. Todd note que cette classe élitiste fonctionne en circuit fermé, son capital éducatif et culturel s’héritant plus qu’il ne se gagne sur les bancs de l’école publique, légitimant de ce fait un « dégraissage » de cette même école, ainsi que des services publics coupables de « présenter des vertus égalisatrices qui entravent le séparatisme élitaire ».

On peut lire à ce sujet le tout récent article de Marianne intitulé «  »Jean-Michel Blanquer finit d’achever le lycée »:

Des milliers d’enseignants en France doivent désormais être entendus comme des lanceurs d’alerte face à la dramatique situation dans laquelle la majorité actuelle et le ministre plongent l’école de la République. Avec sa réforme du lycée et de l’orientation, Jean-Michel Blanquer a fini de relier entre eux les engrenages patiemment mis en place par les réformes successives de l’école afin de mettre en marche sa délétère mécanique, une machine à produire la dévalorisation de la connaissance, l’angoisse des élèves et des étudiants soumis à évaluation permanente et une sélectivité arbitraire.

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/jean-michel-blanquer-finit-dachever-le-lycee?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&Echobox=1608630121&fbclid=IwAR1O8C57QXPZGNdHvZ2kNbPHhIeUONHwc9tq18Q_oTy4W0xmQmbPfJe4hEs#xtor=CS2-4

La fracture économique.

Comme déjà mentionné ailleurs sur ce blog, la simple fracture éducative ne suffit pas à expliquer la bataille menée par les « élites » contre la démocratie, une chose qui a en fait toujours existé – voir la théorie des classes de loisirs de Thorstein Veblen:

Cette situation est décrite, d’une manière un peu différente, par Thorstein Veblen dans sa théorie des classes de loisirs, déjà discutée sur ce blog dans le cadre de l’Etat prédateur, où ces classes de loisir légitiment leurs privilèges en faisant croire à la population qu’elles sont nécessaires pour donner un sens à leurs vies: soldats, clergés, artistes, politiciens, sportifs, grands patrons qui se démarquent par leur consommation ostentatoire, sont ceux et celles qui donnent aux classes dites « laborieuses » un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes, et au profit desquelles elles (les classes laborieuses) acceptent de payer, d’obéir, voire même d’applaudir.

https://zerhubarbeblog.net/2020/11/19/covid-19-et-pathologie-du-complot/

La différence avec « avant », est que ces classes privilégiées n’ont tout simplement plus besoin des classes dites « laborieuses », que leur confort matériel et culturel ne dépend plus du travail des serfs / ouvriers / employés traditionnels: les « élites » vivent dans des mondes parallèles déconnectés des problèmes du monde réel dont elles tirent tous les avantages possibles, mais auquel elles ne rendent plus rien.

La distanciation sociale, la vraie.

L’automatisation, l’intelligence artificielle, la virtualisation économique et la pompe à argent magique (1) hors de tout contrôle démocratique sont des éléments clés de cette, pour le coup, véritable distanciation sociale. L’extrême richesse de ce fameux 1%, qui possède autant que les 99% restants (2), lui permet tout simplement de s’acheter les pouvoirs dont il fait ensuite usage à son profit. Ce mécanisme fut décrit par l’économiste américain James Galbraith dans « l’Etat Prédateur » en 2008, et sa logique s’applique désormais à l’échelle mondiale.

Ces classes privilégiées hors sol, de Emmanuel Macron à Joe Biden en passant par Narendra Modi et Xi Jinping, et contrairement aux classes dominantes de l’ère industrielle qui savaient pertinemment que leur existence dépendait en grande partie du monde réel, et qu’il fallait donc négocier avec lui, ne se sentent en rien liées à ce qui ne leur ressemble pas.

Leur idéologie n’est que gestionnaire, leur prêche n’est que de la com, leur objectif n’est autre que le contrôle et la soumission des peuples, ceux et celles qui ne sont rien mais qui représentent néanmoins un danger, celui de tout casser et d’introduire ainsi le réel au sein de leur merveilleux monde parallèle.

Le tournant du 11 septembre 2001.

Le 11 septembre 2001 symbolise le début de ce nouveau chapitre de l’ère moderne avec les mots de G.W. Bush, « vous êtes soit avec nous, soit contre nous ». Pour ou contre, croyant ou non-croyant, blanc ou noir, gauchiste ou fasciste, pro-européen ou anti-européen, rationnel ou complotiste, ce brutal abrutissement de la pensée humaine a ouvert les portes à l’offensive mondiale menée par ces « élites » contre les peuples, en leur opposant liberté et sécurité.

Certes cette opposition, et l’avantage que l’on pouvait en tirer, date de bien avant: Thomas Hobbes et son Léviathan invitait les peuples à déposer leurs libertés au pied du Souverain en échange de la garantie de leur sécurité, une philosophie à laquelle adhérait notamment Manuel Valls (voir « Manuel Hobbes ou la légitimation du Léviathan« ), bien qu’elle fut démontée par un certain Benjamin Franklin avec sa fameuse phrase « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux »

Depuis ce 11 septembre fatidique, c’est bien sûr le terrorisme qui a servi d’étendard légitimiste aux « élites » pour éroder les principes fondamentaux de liberté et de justice pourtant enchâssés dans la plupart des Constitutions démocratiques. Des fortunes furent faites sur ces vingt ans de guerre, des millions de gens tués ou déplacés, des Etats détruits remplacés par des mafias ou le chaos.

Maintenir un sentiment d’insécurité au sein des populations fut, et reste, l’alpha et l’oméga de toute politique menée par ces « élites » car permettant d’imposer, « pour notre sécurité » bien sûr, à peu près n’importe quelle loi liberticide dont l’objectif principal est toujours la surveillance, le contrôle et la répression de toute opposition interne susceptible d’écorner leurs fastueux privilèges.

Un sentiment aggravé par le « management » et ses méthodes issues de la pensée nazie, par l’obligation à l’adaptation constante – chose pertinemment critiquée par, notamment, Barbara Stiegler (voir « Critique de l’injonction à s’adapter« ), par la promotion incessante de la pensée victimaire et son arsenal culpabilisatoire, par la domination de l’émotivisme (4) sur le rationnel, etc..

L’offensive mondiale contre la liberté.

L’extraordinaire transformation d’une épidémie de type grippale, même à plusieurs vagues avec un taux de létalité (décès / nombre de cas) de 1% (3), dont la majeure partie concerne des personnes âgées et/ou avec comorbidités, en une vaste offensive totalitaire, semble relever d’une opportunité saisie à pleine main par ces « élites » afin de parquer, définitivement si possible, la majorité de la population de cette Terre au sein d’un vaste système concentrationnaire garantissant à ces mêmes « élites » la jouissance sans entraves de leur puissance et de leur richesse.

Une offensive extrêmement inquiétante en Europe, supposée berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. En France, mais la situation est similaire dans les pays voisins, pas une semaine sans une nouvelle agression par les bras armés de la classe privilégiée, la technocratie et sa police. Par exemple ce projet de loi 3714 paru hier, le 21 décembre, visant à pérenniser les mesures iniques prises sous couvert du Covid:

Hier lundi 21 décembre, à 19 heures, a été déposé un projet de loi instituant un « régime pérenne de gestion des urgences sanitaires ». 🚨 Il s’agit donc ici de donner la possibilité au gouvernement, par une loi, de décider du jour au lendemain que telle ou telle situation « est » ou « n’est pas » une crise sanitaire, ce qui l’autorise ensuite à se saisir des outils législatifs prévus par cette même loi. Vous aviez apprécié les mesures mises en place par la Chine ? Vous allez adorer celles prévues par la France !

https://www.contrepoints.org/2020/12/22/387150-etat-durgence-lextension-du-pouvoir-entre-dans-la-loi?fbclid=IwAR2n0VCyrtRVeoSwDQRa1CJJgj40J1U_Ctepof5iKKlA3oN0Ee1rTIZh66o

Ceci, dans la foulée de la fameuse loi « sécurité globale, dictature totale » dont l’article 24, interdisant de filmer la police, a relancé un mouvement d’opposition populaire (5) que le régime pensait sans doute improbable suite, d’une part, au massacre des Gilets Jaunes par sa milice, et d’autre part du fait de la propagande massive au profit de la peur covidienne.

Le rôle central de la police.

Un usage de la police à des fins de soumission de la population et de protection des « élites », une réalité largement illustrée aujourd’hui, comme par exemple dans cet échange entre Laurent Bigot et Alexandre Langlois dans l’émission de QG intitulée « En marche vers un Etat policier? »:

La politique d’infantilisation.

Tout ceci s’ajoutant, bien sûr, au train de mesures ignobles autant qu’inutiles visant à infantiliser la population (attestations, couvre-feu), à atomiser la société en éliminant les lieux de culture et de convivialité via les confinements et les fermetures administratives. Toutes choses n’ayant que fort peu à voir avec la question sanitaire en tant que telle, mais beaucoup à voir avec cette offensive technocratique et policière visant l’instauration d’un régime totalitaire.

Un problème mondial.

Une guerre contre la liberté qui dépasse largement nos frontières, comme le relève International IDEA, un institut d’analyse présenté dans un article précédant:

Le rapport de surveillance de l’impact du Covid-19 sur la démocratie et les droits humains, par International IDEA (2020a), trouve que plus de la moitié des pays du monde (61%) avaient, à fin novembre 2020, mis en place des mesures contre le Covid-19 inquiétantes vues de la perspective de la démocratie et des droits humains. Ces mesures violaient les normes démocratiques car soit disproportionnées, illégales, indéfinies ou non nécessaires d’un point de vue sanitaire.

https://zerhubarbeblog.net/2020/12/13/dictature-sanitaire-le-masque-tombe/

La nécessité de la croyance.

L’Histoire nous montre que les oppositions aux régimes totalitaires de notre ère, du nazisme au maoïsme en passant par le stalinisme et l’islamisme, sont étiquetées « insurrectionnelles », « terroristes » ou encore « complotistes ». Tous ces totalitarismes se basent sur des idées révolutionnaires, se vendent comme porteuses du bien: le communisme contre les méfaits du capitalisme, l’islamisme contre les méfaits de l’impérialisme occidental. Ce fond ontologique d’une (réelle) lutte contre le Mal nécessite une idéologie pour se faire comprendre par les masses: l’introduction d’une forme de croyance.

Une nouvelle croyance, la santé biologique.

Et c’est bien ce que nous avons ici avec le covid: une croyance, établie depuis plusieurs décennies déjà (voir « Ivan Illich et la fin de l’Humain singulier« ), selon laquelle la valeur suprême de l’Homme serait sa survie biologique. Une croyance selon laquelle tout serait accessoire à cette valeur centrale. Une croyance qui, comme toutes les croyances déviantes, mène au même type de société: le contrôle total de l’individu par l’Etat, l’interdiction de tout ce qui pourrait faciliter une quelconque émancipation individuelle et, donc, rendre possible une critique de ce même Etat.

Le totalitarisme covidien est donc possible car il se base sur une croyance déviante récupérée au profit d’une « élite » qui s’en sert pour légitimer une exigence d’obéissance et de soumission.

Diverses croyances, mêmes effets.

C’est ce que l’on voyait en URSS, ce que l’on voit en Corée du Nord, en Chine, dans les Etats islamiques, et il est d’ailleurs presque hilarant de voir à quel point les interdits des islamistes correspondent presque parfaitement aux interdits covidiens: bâillon (sous forme de voile ou de masque, même combat), contrôle arbitraire des allées et venues, fermeture des « lieux de plaisir », élimination de la culture au profit de la propagande, sanctification de certains actes (prière là-bas, dépistage et vaccin ici), et dépendance économique totale à l’Etat.

Dans tous ces cas ou presque, de la Nomenklatura soviétique aux clergés islamiques en passant par les mafias familiales des dirigeants chinois ou nord-coréens, les classes privilégiées se démarquent par une consommation ostentatoire et une indépendance de fait face aux lois qui régissent et oppriment le peuple.

Et c’est bien ce que nous constatons ici aujourd’hui: une sécession des « élites », qui instrumentalisent le covid afin de renforcer, massivement, leur contrôle sur des populations dont elles craignent, à raison, qu’elle remettent un jour en question leurs privilèges sans contreparties.

Ajouté le 9 janvier: interview de Arnaud Montebourg.

A. Montebourg – la trahison des élites françaises.

Liens et sources:

(1)

(2) https://www.nouvelobs.com/monde/20160118.OBS2935/inegalites-1-de-la-population-mondiale-possede-plus-que-les-99-restants.html

(3) https://www.lci.fr/sante/coronavirus-pandemie-deuxieme-vague-non-le-taux-mortalite-du-covid-19-n-est-pas-de-0-05-2169714.html

(4)

(5)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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