L’épée de Jérusalem.

Sword of Jerusalem: C’est le nom donné par le Hamas à sa campagne de tirs contre Israël, qu’il justifie par le besoin de défendre le peuple palestinien contre l’Etat hébreu. Un Etat qui, voici quelques jours, expulsait plusieurs familles palestiniennes de Jérusalem-Est (un territoire palestinien occupé par Israël) au profit de familles juives. Ceci mit le feu aux poudres d’une situation déjà naturellement explosive, et fut suivi de l’envahissement par les forces israéliennes de la mosquée al-Aqsa, sur l’esplanade des mosquées, symbole parmi les symboles de la présence musulmane en Israël.

Voilà donc le début de la pire escalade de violence, depuis 2014, entre Israéliens et Palestiniens, et elle sera bien pire qu’en 2014 car c’est la rue arabe au sein d’Israël qui se soulève (1), et non seulement Gaza et les territoires occupés. Des centaines de confrontations émaillent les villes d’Israël, où les restaurants arabes sont fracassés par l’extrême-droite juive pendant que les arabes israéliens (20% de la population totale) caillassent les « forces de l’ordre ».

Une situation explosive.

Le Hamas, la secte issue des Frères Musulmans qui règne sur la bande de Gaza depuis 2007, reste fidèle à sa stratégie habituelle: tirer des roquettes sur Israël, notamment Tel-Aviv, qui touchent rarement leurs cibles (et encore moins aujourd’hui du fait de l’efficacité du système anti-missiles « Iron Dome » israélien), mais qui justifient des contre-attaques massives à l’encontre, essentiellement, de la population civile de Gaza (estimée à 2 millions). Une population survivant tout juste entre les frontières fermées d’Israël et de l’Egypte, un peuple servant de chair à canon pour les attaques israéliennes, et d’otages pour le Hamas.

Cette nouvelle guerre asymétrique, se muant en guerre civile au sein même d’Israël, fait comme d’habitude les affaires du dirigeant corrompu et d’extrême-droite Benjamin Netanyahou, devenu au fil des ans une sorte de spectre maudit planant continuellement sur la politique israélienne, ne perdant ni ne gagnant des élections constamment renouvelées (2) mais toujours au pouvoir. La guerre lui permet ainsi de réaffirmer son rôle de « sauveur », de chef de guerre et de protecteur qui ne s’en laisse pas compter par les Palestiniens.

Pertes et profits.

Une situation qui n’émeut plus grand monde, il faut bien le dire. Joe Biden « espère » que la violence s’arrêtera « plutôt tôt que tard », les Occidentaux en appellent au cessez-le-feu, mais le fait est que, depuis 2017 et le début de la « normalisation » des relations israélo-arabes sous la tutelle de Donald Trump et, surtout, de Jared Kushner (voir « Jérusalem, la fin des oliviers palestiniens« ), l’axe arabe sunnite mené par l’Arabie saoudite a abandonné les Palestiniens (sunnites également) à leur triste sort, et les chiites (menés par l’Iran et le Hezbollah libanais) ont d’autres shahs à fouetter.

Les récents accords d’Abraham (3) ne font que renforcer cet axe USA-Israël-monde arabe sunnite, aux dépens notamment des Palestiniens qui font désormais partie des pertes et profit de la géopolitique locale.

Des Palestiniens encore affaiblis, aux yeux d’une partie du monde, par leur refus du « plan » concocté par Kushner et Netanyahou, présenté début et dont je disais ceci:

Le « plan » implique l’annexion définitive de la vallée du Jourdain et de tous les territoires illégalement occupés par Israël en Cisjordanie. Ceci n’est que la réalisation du plan déjà présenté par Bibi en septembre 2019, à l’époque un appel du pied à l’extrême-extrême-droite israélienne (Force Juive en particulier) dans son combat électoral pour rester en poste.

Mais ce n’est pas tout, le « plan » promet aux Palestiniens une sorte d’Etat indépendant s’ils acceptent un certain nombre de conditions visant deux objectifs: d’une part créer une sorte de grande réserve pour Palestiniens occupant les régions les plus désertiques, sans armée (démantèlement inconditionnel du Hamas) ni ressources mais « autonome » en théorie.

D’autre part – et là est le coup de génie – le transfert des populations arabes israéliennes, celles qui occupent les villes situées le long de la future frontière entre les deux Etats, vers le nouvel Etat palestinien.

https://zerhubarbeblog.net//01/29/le-plan-de-trump-et-bibi-pour-la-palestine/

Une politique d’apartheid et de tension.

Le refus palestinien est compréhensible, malheureusement c’était leur dernière carte et plus personne, aujourd’hui, ne semble disposé à se mouiller pour eux. L’apartheid entre juifs et non-juifs qui existe de fait en Israël, et qui serait violemment dénoncé par la « communauté internationale » s’il ne s’agissait pas d’Israël, ajouté à la volonté de la droite israélienne de se débarrasser de sa population arabe via ce fameux « plan », est un signal très clair donné aux arabes israéliens qu’ils ne sont que vermine dont l’Etat juif compte se débarrasser, d’une manière ou d’une autre.

Dans ces conditions, il ne fallait pas grand chose pour rallumer le feu, et seuls les naïfs peuvent croire que l’expulsion de cette trentaine de familles palestiniennes de Jérusalem-Est n’est pas une provocation, calculée par la fasciste entourant Netanyahou, pour sortir de l’impasse politique actuelle, faire oublier le procès du même pour corruption (4), faire oublier les confinements covidiens, et mettre en œuvre le plan d’annexion de la Cisjordanie de 2019 visant au rétablissement du Grand Israël (5).

Le fantasme mythologique.

Un projet issu de la pensée mégalomaniaque de Netanyahou, qui rejoint cet autre projet d’un grand retour à l’Israël mythologique et de la reconquête de la Terre Sainte, condition nécessaire au retour du Messie:

Cet état de fait cadre parfaitement avec la volonté du pouvoir d’extrême-droite israélien aux manettes depuis la mort de Rabin, pouvoir symbolisé depuis 2009 par Benjamin Netanyahou qui, s’il n’est sans doute pas lui-même un eschatologue de premier plan, est dans la filiation d’un grand-père rabin qui fut un disciple du fameux Abraham Isaac Kook. Le père de Netanyahou avait lui-même une vision théologique de l’histoire qu’à largement absorbée le fils. A la suite des accords d’Oslo de 1993, où Arafat reconnaissait le droit d’Israël à exister et Rabin se retirait de Gaza et reconnaissait l’OLP en tant que représentant du peuple palestinien en vue d’un accord de paix durable, Netanyahou s’exprimait déjà ainsi:  » Le peuple juif n’a pas lutté pendant trois mille ans pour ce morceau de terre, le sionisme n’a pas vu le jour pour offrir un Etat à Yasser Arafat ».

https://zerhubarbeblog.net/2018/09/11/les-dieux-criminels-au-coeur-des-conflits/

Le tout pour le tout?

Les Nations Unies reconnaissent la gravité de la situation, prévenant que ceci peut déboucher sur une guerre pleine et entière « full-scale war » menant à un nombre de morts conséquent. La BBC couvre très bien le conflit, voici l’un de ses reportages:

Netanyahou joue gros: une véritable guerre civile au sein d’Israël, combinée avec une nouvelle Intifada et la destruction complète de la bande de Gaza, pourrait finir par émouvoir quelqu’un. Même si l’establishment US est à la botte d’Israël, via la corruption menée par l’AIPAC (6) et la forte présence évangéliste dans les couloirs du pouvoir (courant eschatologique nécessitant le retour du Grand Israël en vue de la bataille finale, l’Armageddon), il n’est pas dit que Biden dira oui à tout.

Une armée israélienne débordée pourrait aussi donner des idées à l’axe chiite, surtout à la Syrie qui se verrait bien récupérer « son » plateau du Golan, zone stratégique illégalement et unilatéralement annexée par Israël (7).

Il faudra encore attendre quelques jours pour savoir si ce nouvel épisode du conflit israélo-palestinien se terminera comme les autres, avec un retour au status quo, ou s’il se transformera en une nouvelle situation, avec peut-être la fin politique et militaire du Hamas et un possible nettoyage ethnique de la population arabe au sein d’Israël.

Liens et sources:

(1) https://www.reuters.com/world/middle-east/violence-grips-mixed-arab-jewish-towns-israel-tensions-flare-2021-05-12/

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_isra%C3%A9liennes_de_2021

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d%27Abraham#:~:text=Les%20accords%20d’Abraham%20sont,des%20%C3%89tats%2DUnis%20Donald%20Trump.

(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/05/benyamin-netanyahou-a-use-de-son-pouvoir-de-facon-illegitime-selon-la-procureure_6075602_3210.html

(5) https://zerhubarbeblog.net/2019/09/12/la-cisjordanie-en-jeu-ou-lenjeu-du-grand-israel/

(6) https://www.aljazeera.com/investigations/thelobby/

(7) https://zerhubarbeblog.net/2018/02/11/syrie-israel-semmele-2/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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