Le Pass de deux du Conseil Scientifique.

Ses réunions sont secrètes et ses membres nommés en fonction de critères d’allégeance politique plutôt que de compétence ou d’indépendance d’esprit, mais ses comptes-rendus sont publics et le dernier en date, intitulé « Fin de la période estivale et pass sanitaire – Rentrée de septembre 2021 – 20 août 2021 » vaut le détour.

En voici la version complète en pdf:

Point épidémiologique et situation vaccinale.

La première partie, intitulée « point épidémiologique », est tout à fait intéressante et probablement assez factuelle. Elle décrit la situation covidienne en France métropolitaine et DOM-TOM, mettant évidemment l’accent sur la situation « catastrophique » en Martinique / Guadeloupe, et le lien avec le déficit de vaccination.

Le seconde partie traite de la vaccination. Si le Conseil se félicite globalement du taux de pénétration vaccinal, il note néanmoins que:

L’impact des annonces sur le pass sanitaire est également perceptible, mais à un moindre degré, chez les 40-49 ans (80% ont reçu une dose, 65% deux doses à la mi-août 2021), et les 50-59 ans (85% une dose, 76% deux doses à la mi-août 2021). Par contre, chez les plus de 60 ans, les courbes de couverture vaccinale continuent leur progression, mais de façon plus lente.
La couverture vaccinale avec deux doses, nécessaire pour une protection de 90% contre les formes graves liées au variant Delta, atteint 82% chez les 60-69 ans, 91% chez les 70-79 ans, et seulement 80% chez les plus de 80 ans.
La France se situe dans le peloton des pays européens, avec une position plus favorable en ce qui concerne la vaccination des adolescents, mais plus vulnérable pour la vaccination des plus de 60 ans.

Autrement dit, le but premier de la vaccination étant de protéger les personnes à risques, et notamment les plus de 65 ans, de formes graves, la propagande et coercition pro-vaccin marchent moyennement pour une partie de cette population pourtant prioritaire. La paupérisation d’une partie de la population âgée y est sans doute pour quelque chose, comme le dit d’ailleurs la note un peu plus bas. Il est possible aussi que pas mal de vieux aient peur du vaccin, et se fichent pas mal du pass sanitaire vu qu’ils ne sortent plus guère…

Variant Delta, lieux de contamination et pass sanitaire

On entre dans le dur avec la troisième partie, intitulée « Variant Delta, lieux de contamination et pass sanitaire », où on lit d’emblée que:

Par ailleurs, les vaccins, bien que protégeant efficacement contre les formes graves (90%), ont une efficacité limitée vis-à-vis de l’infection par ce variant Delta, avec une protection vaccinale contre les formes symptomatiques de l’infection estimée initialement à 80-90%, puis plus récemment autour de 50%. Les personnes vaccinées infectées étant elles-mêmes capables d’infecter leur entourage, mais sur une durée plus courte comparées aux personnes non-vaccinées infectées.

Ah oui, tout ce foin pour un vaccin qui protège à 50% de la maladie associée au Delta, et ne protège pas des contaminations…

On passe ensuite au pass, que le Conseil revendique absolument, et dont la justification première serait:

Le dispositif de pass sanitaire permet aux autorités sanitaires de ne pas devoir prendre, dans une situation d’épidémie incontrôlée comme actuellement, des mesures générales d’interdiction comme les fermetures d’établissements recevant du public ou l’interdiction de circuler ou de sortir de chez soi sans motif valable comme lors de précédentes périodes de confinement. A ce titre, le pass sanitaire, malgré les réserves légitimes soulevées par nombre d’organisations et citoyens, nous paraît une mesure proportionnée à la gravité de la situation sur un plan de santé publique.

Ici commence le « pass de deux » avec une danse sémantique présentant comme des faits des hypothèses que l’on sait fausses. A commencer par « ne pas devoir prendre des mesures générales d’interdiction », lire: confinements et autres débilités, déjà essayées et dont tout le monde sait – enfin, sauf les fans du pass – que non seulement ils ne servent à rien en termes épidémiologiques, mais ont des conséquences graves sur une majeure partie de la société. Voir par exemple ce récent article « Délires covidiens sur la sellette…« .

Justifier une mesure aussi politiquement grave que la ségrégation sanitaire – dont le Conseil reconnait par ailleurs la possibilité d’une légitime opposition, chose que ne font pas les politiques ni les médias ni les « médecins » acquis à la cause – par la menace d’une mesure encore pire mais dont on connait l’inutilité ainsi que les dommages « collatéraux », relève en effet de la pure manipulation. Mais le meilleur reste à venir:

Toutefois, dans les conditions actuelles d’obtention du pass sanitaire, celui-ci ne saurait être à lui seul le garant de l’absence de contamination entre les personnes qui se retrouvent dans un lieu où celui-ci est exigé et ne doit pas être compris ni mis en œuvre comme une protection absolue contre la contamination. Renforcer le contrôle du respect du pass sanitaire voire chercher à atteindre son respect absolu pourrait faussement faire croire à ses utilisateurs qu’ils sont totalement protégés et nous paraît devoir être évité.

Le Conseil scientifique privilégie un message sanitaire que « le pass sanitaire réduit le risque de contamination sans l’éliminer et qu’il convient de respecter le plus possible les gestes barrières même dans les lieux sous pass sanitaire, en particulier pour les personnes les plus à risque »…

La très grande transmissibilité du variant Delta, son incubation rapide, et sa capacité d’échappement (immunitaire) vaccinal amènent le Conseil scientifique à rappeler que l’utilisation du pass sanitaire ne dispense en rien du respect partiel ou total des gestes barrières, selon les possibilités, dans les lieux où il est utilisé.
En effet, la présence dans ces lieux de personnes à haut risque d’infection (les personnes non-vaccinées testées négatives) et le risque d’introduction du virus à partir de personnes vaccinées mais infectées, de ré-infection chez des personnes déjà infectées, de faux-négatifs des tests virologiques, ou d’incubation très rapide chez des sujets testés dans les 72 dernières heures, fait que les lieux soumis au pass sanitaire ne peuvent pas être entièrement considérés comme sécurisés.

Le pass de deux prend ici un tempo qui fait plus penser à la valse à mille temps qu’à la solennité d’un conseil des sages. Ainsi donc, non seulement la promesse de Véran reprise par la propagande d’Etat (mais qui peut encore croire ce que dit Véran ou l’Etat français?) d’un « retour à la normale » des vaccinés, c’est-à-dire sans masques, avec étreintes entre grands-parents et petits-enfants, etc.. est caduque de fait, mais en plus on fait passer le message – que les vaccinophiles et autres fervents ségrégationnistes persistent à vouloir ignorer – de la possibilité d’un échappement immunitaire vaccinal.

Réapparition du spectre de l’échappement immunitaire.

Pour rappel, l’échappement immunitaire décrit la capacité d’un virus hautement mutant, tel le Sars-CoV-2, confronté à une population vaccinée avec un vaccin moyennement efficace (donc qui freine mais ne tue pas le virus, et c’est bien le cas actuel), à « trouver » des mutations qui le renforcent face au dit vaccin, autrement dit qui génèrent des variants résistants.

Ce blog se fait l’écho de ce risque depuis des mois, voir par exemple « Vaccination de masse, la catastrophe qui vient? » Mais mieux encore, le Pr Jean-François Delfraissy, Président du Conseil scientifique qui nous occupe ici, a lui-même co-écrit une lettre dans la revue médicale The Lancet mettant en garde contre ce risque:

 Si un échappement immunitaire conséquent s’installe, les vaccins actuels resteront sans doute bénéfiques au niveau individuel. Au niveau de la population par contre, les vaccins pourraient initier une sélection et un échappement viral, rendant de plus en plus improbable une immunité de groupe.

https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(21)00036-0/fulltext

Pass et gestes barrières.

Revenons à la « logique » du pass sanitaire, et la fausse promesse d’une libération du masque et des gestes barrières:

Le Conseil scientifique souhaite rappeler que les mesures barrières devraient être conservées même pour les sujets complètement vaccinés, notamment à risque de formes graves ou ayant un membre de son entourage à risque de forme grave.

Il est évident qu’une fois acquis que les vaccinés restent contaminants, et que le pass sanitaire met ensemble des gens vaccinés et des non-vaccinés négatifs, le risque de contagion est extrêmement élevé. De cela découle le fait que, en intérieur du moins, masques et gestes barrières sont le seul moyen de minimiser ce risque. Comme on le fait dans les lieux clos « normaux », c’est-à-dire non ségrégationnistes.

Mais alors, à quoi peut bien servir le pass sanitaire, s’il ne modifie en réalité en rien ni les risques de contagion, ni les comportements et mesures défensives, à commencer par le masque?

Réponse: à rien. Bien sûr, le Conseil scientifique ne peut pas l’admettre, vu que ses membres sont sélectionnés et rémunérés afin de donner une façade scientifique aux décisions de Macron et sa clique de psychopathes. Il faut donc qu’il se plie à ce « pass de deux », à cette suite de pirouettes pour dire que le pass c’est bien, mais que c’est quand même mieux de faire comme s’il n’existait pas.

Une danse ambiguë.

La suite du rapport traite (un peu) de la situation hospitalière via une critique à peine voilée du « management » des soignants. On passe ensuite à la question de la 3ème dose, qui serait en même temps justifiée auprès des personnes âgées, mais pas forcément efficace:

A moyen terme, dans un contexte de circulation accrue de virus présentant des variations antigéniques, l’utilisation d’une 3e dose de vaccin identique pourrait apporter un bénéfice limité. Pour restaurer une bonne protection il sera probablement nécessaire d’utiliser un nouveau vaccin comportant un immunogène (protéine S) actualisé, proche de celle du virus variant circulant. Ces vaccins ne sont pas disponibles actuellement.

C’est balot, mais si la 3ème dose n’a pas vraiment d’effet on ne pourra pas dire que le Conseil n’aura pas prévenu. C’est d’autant plus hypocrite que le Conseil sait que l’OMS est contre cette troisième dose, d’abord parce que son efficacité n’est effectivement pas démontrée, ensuite parce qu’elle veut d’abord combler le différentiel de vaccination des populations à risques entre pays riches (80% de vaccinés) et pays pauvres (2% de vaccinés). Mais nos braves ségrégationnistes s’en foutent royalement, d’autant que si on freinait sur la vaccination cela délégitimerait encore plus leur pass sanitaire, sans parler de la perte de rétro-commissions au profit des élites sanitaires et leurs VRP médiatiques.

Les enfants, éternelle variable d’ajustement.

On passe ensuite aux enfants, variable d’ajustement des angoisses des supposés adultes, que l’on traite de tueurs de grands-parents et que l’on masque toute la journée tout en les privant des espaces sociaux et physiques dont ils ont besoin, au mépris revendiqué de la Charte internationale sur les droits de l’Enfant (1).

Ces enfants que l’on découvre victimes de gros problèmes psychologiques liés à cette situation rendue débile par ces mêmes adultes, situation que le Conseil reconnait, mais escamote en disant qu’il faut les vacciner afin de les maintenir à l’école, et mitiger ainsi cet impact mental négatif. Tout en reconnaissant qu’ils sont peu à risques, et que la question du masque se pose quand même…

A cet égard, il parait important que le port du masque préconisé chez les plus petits fasse l’objet d’une évaluation et d’un suivi pour évaluer son impact possible sur l’apprentissage par rapport à son bénéfice potentiel mal évalué sur la transmission à l’école.

Tu parles.

Le Conseil critique ensuite, un peu, certaines modalités associées à la rentrée scolaire, sans perdre de vue son objectif de vaccination totale des enfants et ados, alors même que la justification d’une telle politique reste assez floue. Mais business is business, au point d’en arriver à regretter qu’il faille attendre les résultats sur l’efficacité et l’innocuité vaccinale:

Enfin, il nous semble très important d’associer les lieux scolaires aux efforts de vaccination, comme cela est envisagé dès la rentrée, afin de préserver l’équité dans l’accès à la vaccination. La très forte progression de la vaccination des 12-17 ans est un succès qu’il faut encourager. En revanche, les données sur l’efficacité et l’innocuité de la vaccination chez les moins de 12 ans ne seront pas rendues publiques avant novembre ou décembre 2021, retardant d’autant le moment où les vaccins seront disponibles pour cette population.

Si ces gens travaillaient pour des constructeurs de voitures, ils conseilleraient de les vendre sans attendre les tests sur route, et à n’importe qui, tout en reconnaissant « scientifiquement » que les freins et l’airbag ne sont pas de très bonne qualité. Un conducteur averti en vaut deux…

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2021/06/22/la-jeunesse-variable-dajustement-du-delire-covidien/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

5 réponses

  1. Les manifestants contre le pass sanitaire usurpent leur mot d’ordre, nous dit-on aujourd’hui. La vraie liberté, le pass la défend. Par conséquent, ils en seraient les ennemis de fait.

    Il sera avancé ici, au contraire, que si les formules « Le pass sanitaire, une nouvelle chance pour la liberté », « La vaccination pour tous, c’est la liberté pour tous », « Derrière le pass sanitaire, une éthique de la liberté », « Les manifestations anti-pass sanitaire sont un mouvement liberticide », ou encore « Le pass sanitaire ou la vaccination obligatoire sont des politiques libérales » semblent sorties d’un fameux roman dystopique, c’est qu’elles sont bien du même acabit que « la guerre c’est la paix » ou « la liberté c’est l’esclavage ».

    https://www.contrepoints.org/2021/08/28/403967-le-mythe-du-pass-sanitaire-garant-des-libertes

  2. Le variant colombien, dit « Mu », ou B.1.621, refait parler de lui… Il a été classé cette nuit par l’Organisation mondiale de la Santé comme « variant à suivre » car ce qui inquiète les autorités sanitaires c’est qu’il présente des mutations qui pourraient indiquer un risque d' »échappement immunitaire »,
    https://www.ledauphine.com/sante/2021/09/01/le-variant-colombien-appele-mu-pourrait-resister-au-vaccin-alerte-l-oms?utm_source=Intagram&utm_medium=Social&utm_campaign=variant-colombien

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