Don’t look up: délit cosmique.

Hier soir j’ai regardé « Don’t look up! » de Adam McKay, dont le titre en français est le même avec l’ajout de « Déni cosmique » et dont le pitch est l’arrivée très prochaine d’une comète qui va détruire la Terre. N’ayant rien lu sur le film avant de le voir, je m’attendais à une sorte de remake cynique de « Armaggedon », ce film catastrophe de 1998 à la gloire virile des USA, c’est-à-dire à une époque, celle d’avant le 11 septembre 2001, où les pouvaient encore prétendre à une forme de gloire.

Que nenni. Il y a bien, dans les deux cas, une comète tueuse et une tentative de la faire exploser, ainsi qu’une ribambelle d’étoiles, mais ce film fut écrit pendant la présidence Trump d’avant le Covid, en pleine période de polarisation américaine, de fake news et de « complotisme » rampant.

Le script fut ensuite remanié afin de prendre en compte certains éléments de la période Covid, qui compliqua évidemment le tournage, mais nous sommes clairement dans la période Trump où la Présidente, incarnée par Meryl Streep en une sorte de mix entre Donald Trump et Sarah Palin, ne voit le problème de la destruction de la planète que comme un élément de campagne électorale, puis de profit du fait de son association avec le richissime Peter Isherwell, une espèce de mix entre Steve Jobs et Jeff Bezos, qui veut utiliser la comète pour en extraire ses précieux minerais.

Un mélange de film catastrophe et de critique sociale.

Le script est, en soi, assez banal: un astronome souffrant d’hyper-anxiété (le Dr Randall Mindy, joué par Léonardo de Caprio) et son élève doctorante Kate Dibiasky (jouée par Jennifer Lawrence) découvrent qu’une comète va fracasser la Terre dans six mois. Il préviennent la NASA, s’allient avec le patron du département de la protection spatiale Teddy Oglethorpe (joué par Rob Morgan), et sont reçus par la Présidente US pour lui expliquer l’affaire.

Ca part évidemment en couilles, et l’on plonge dans l’enfer de l’incompétence et de l’hypocrisie politicienne US qui mène à la catastrophe finale. Entre-temps, nos deux héros se perdent de vue, l’une rejoignant les marges de la société tandis que l’autre reste sous les feux de la rampe pour tenter, malgré tout, de faire entendre raison aux puissants débiles de la Maison Blanche (encore plus) pervertis par Isherwell. Ils se retrouvent ensuite, une fois la comète enfin visible dans le ciel, pour le .

Le pitch du film est évidemment une critique d’une société moderne clivée entre les gens « raisonnables » d’un côté, ceux qui croient en la et voudraient sauver la planète mais n’en ont pas les moyens, et les « trumpistes » de l’autre, qui ne croient qu’en leurs propres délires débiles et refusent de regarder en l’air (où la comète est visible), un clin d’œil appuyé aux adhérents de la thèse de la Terre plate qui refusent de voir que la Terre est ronde, qu’elle qu’en soit l’évidence.

Une allusion, également, à cette partie de la population accusée de déni face au Covid, et s’opposant systématiquement aux masques, confinements et autres vaccinations obligatoires alors que les gens « raisonnables », eux, se soumettent à tout au nom d’un supposé « bien commun » qui se traduit, en réalité, par l’enrichissement massif de quelques uns, la mise en œuvre d’un système autoritaire et ségrégationniste, et la destruction de la crédibilité scientifique du fait des abus des gens qui s’en réclament (1).

Du déni au délit.

C’est ce parti pris qui me fait modifier le titre du film dans le titre de cet article, passant de « déni cosmique » à « délit cosmique » afin d’illustrer que ce manichéisme, certes à considérer dans le cadre d’une œuvre de fiction, ne fonctionne pas: la caricature d’une population trumpiste, conspirationniste, quasi-illettrée et dont les leaders seraient à la merci de la corruption par les puissances de l’argent, relève de la même désinformation partisane que ce que l’on entend à travers le narratif covidien (2).

Si l’on en revient à la période Trump, le fait est qu’il est bien moins ami du complexe militaro-industriel que ses prédécesseurs et successeur, bien moins proche de l’Etat profond que ne le sont par exemple Clinton ou Biden, et que tout le chantage autour de la collaboration russe et du licenciement du patron du FBI (3) sont le fait de vraies forces conspirationnistes qui voyaient Trump avec effroi car susceptible de venir mettre le bazar dans leurs petites affaires. Le slogan « Drain the swamp! » les visaient spécifiquement, et tout le monde l’avait bien compris.

Ceci ne dédouane en rien Trump de son incompétence générale, ni ses admirateurs de leur crédulité face à des manipulations genre QAnon ou assaut sur le Capitole, mais dans la vraie vie il y a énormément de raclures parmi les gens qui se présentent comme « raisonnables »: on en voit tous les jours sur les plateaux télé, et ils sont largement majoritaires au sein du cercle de pouvoir, qu’elle qu’en soit l’étiquette.

Il y a donc, à mon avis, un délit cosmique à considérer une partie de la population comme débile, et soi-même comme relevant du camp des justes, a fortiori lorsque l’on appartient, comme Adam McKay et toute la bande des stars, à la classe supérieure d’où sont issus l’immense majorité des dirigeants politiques et économiques, et où se déroule l’immense majorité des opérations de corruption.

De la au réel d’ici et maintenant.

Que se passerait-il, en vrai, si l’on annonçait demain qu’une comète tueuse se dirigeait vers la Terre? Certains diront que, si l’on en juge par la réaction face au changement climatique, on fera beaucoup de réunions très onéreuses mais pas grand chose d’autre. Au pire les riches achèteront des fusées à Elon Musk pour s’échapper, les autres feront avec.

D’autres diront, au contraire, que l’on en fera beaucoup trop, comme on en fait beaucoup trop face au Covid, mais que ce « beaucoup trop » servira en fait des intérêts qui ne sont pas ceux des populations qui, au bout du compte, devront payer pour les politiques ineptes qu’on leur aura imposées. Certes, dans le cas d’une comète, je ne vois pas comment on pourrait en faire beaucoup trop, et même si c’est le cas, tant pis…

Avons-nous les moyens de nous défendre? Il existe une thèse sérieuse selon laquelle il serait possible de faire dévier une comète ou un astéroïde en faisant exploser des bombes nucléaires sur son passage, ou en l’impactant avec un objet lourd et rapide. Il y a une bonne page Wikipédia sur le sujet (4) selon laquelle, en gros, oui il serait possible, avec la technologie actuelle, de faire dévier un tel objet céleste pour peu que nous ayons quelques mois d’avance.

Pas plus tard qu’en novembre 2021, une mission d’essai était lancée par la NASA sous le nom de DART (5), visant à faire dévier de sa course l’astéroïde Dimorphos, un caillou de 180m de large qu’il touchera en octobre 2022. Ce n’est donc plus tout à fait de la SF, et la première question qui se pose me semble être: en cas de détection de vraie menace, les régimes au fait de la chose le diraient-ils publiquement, ou agiraient-ils en secret afin d’éviter tout mouvement de panique? Un tel secret peut-il être gardé, et comment décider de l’éthique d’une telle décision?

Cela dit, j’ai bien aimé le film.

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2021/12/24/le-joyeux-noel-des-guerriers-scientistes/

(2) https://zerhubarbeblog.net/2021/12/26/debunker-le-narratif-covidien/

(3) https://zerhubarbeblog.net/2017/06/09/comeydie-au-senat-americain/

(4) https://en.wikipedia.org/wiki/Asteroid_impact_avoidance

(5) https://en.wikipedia.org/wiki/Double_Asteroid_Redirection_Test

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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